L'Est de la RDC s'enflamme : combats intenses autour du coltan et paralysie numérique
RDC : combats intenses pour le coltan, paralysie numérique à Rubaya

L'Est de la RDC s'embrase dans une nouvelle escalade militaire

Les lignes de front se sont rallumées à l'aube de ce mercredi dans l'est de la République démocratique du Congo. Les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les milices locales Wazalendo et soutenues par des drones, ont lancé des attaques simultanées sur plusieurs positions du mouvement rebelle AFC/M23. Cette offensive marque une intensification significative du conflit qui ravage la région depuis des décennies.

L'enjeu stratégique du coltan de Rubaya

Les combats les plus intenses se concentrent dans le territoire de Masisi, à proximité immédiate de la cité minière de Rubaya. Ce site stratégique produit entre 15 % et 30 % du coltan mondial, un minerai indispensable à l'industrie électronique moderne. Pour le M23, l'enjeu est donc autant militaire qu'économique, le contrôle de ces ressources minières constituant un élément central du conflit.

Paralysie numérique et crise humanitaire

Sur le terrain, la situation se dégrade rapidement sur le plan civil. Depuis mardi 24 février, la cité minière de Rubaya est totalement coupée des réseaux de télécommunications. Appels téléphoniques, accès à Internet, services de mobile money : tout est suspendu. Dans cette économie largement informelle où les transferts d'argent constituent le principal moyen d'échange, cette paralysie numérique aggrave considérablement la vulnérabilité des habitants.

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Les déplacements de population ont repris avec intensité, compliquant davantage l'acheminement de l'aide humanitaire déjà précaire. Cette situation crée une crise humanitaire supplémentaire dans une région déjà éprouvée par des décennies de violence.

La bataille pour Kasenyi, verrou stratégique

Plus tôt dans la journée, les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports onusiens, avaient été chassés du groupement de Nyamaboko 1 par les milices Wazalendo. Mais la riposte rebelle n'a pas tardé.

Dans l'après-midi, le M23 a lancé une contre-offensive à Kasenyi, localité reprise dimanche par l'armée congolaise après de violents affrontements. Des sources locales évoquent l'arrivée de renforts en hommes et en munitions côté rebelle. L'objectif semble clair : reprendre Kasenyi pour freiner la progression des forces progouvernementales vers Rubaya.

Kasenyi constitue en effet un point de passage clé sur la route menant au site minier stratégique. Sa perte fragilisait considérablement le dispositif du M23 dans le sud du territoire de Masisi, expliquant la férocité des combats pour son contrôle.

Extension régionale du conflit

Les affrontements ne se limitent pas au Nord-Kivu. Sur les hauts plateaux du Sud-Kivu, des combats ont également été signalés mercredi. L'armée congolaise y affronte des milices alliées au M23, confirmant l'extension géographique du conflit.

Des sources locales et militaires évoquent l'appui d'environ 5 000 soldats burundais aux forces gouvernementales, soulignant la dimension régionale croissante de ce conflit qui dépasse désormais les frontières de la RDC.

Guerre des versions et rupture du cessez-le-feu

Sur le réseau social X, Bertrand Bisimwa, président du M23, accuse Kinshasa d'avoir rompu le cessez-le-feu proposé par l'Angola. Il dénonce une « offensive généralisée » et un « choix assumé de l'option militaire » par les autorités congolaises. Le mouvement affirme que des drones armés et de l'artillerie lourde ont été utilisés sur plusieurs axes, citant notamment Rutigita (Minembwe), Kitazungura (territoire de Kalehe) et Rugezi.

Aucune communication officielle n'avait été publiée par le gouvernement congolais mercredi en fin de journée, laissant planer le doute sur la stratégie officielle de Kinshasa.

L'impact de l'élimination de Willy Ngoma

Cette nouvelle flambée de violence intervient au lendemain d'un événement majeur : la mort de Willy Ngoma, porte-parole militaire du M23, tué mardi près de Rubaya lors d'une frappe de drone attribuée aux FARDC.

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Figure médiatique du mouvement, régulièrement mise en avant lors des prises de villes — notamment à Goma en janvier 2025 — il était sous sanctions de l'Union européenne, des États-Unis et des Nations unies pour son rôle au sein du groupe rebelle. Selon l'ONU, il partageait la responsabilité des exactions attribuées au M23, allant des recrutements forcés au commerce illégal de minerais.

Sa disparition ne semble cependant pas avoir désorganisé la chaîne de commandement rebelle. « Cela ne constitue pas un handicap au sein de notre armée mais profite à Kinshasa », confie une source interne au mouvement, suggérant que l'élimination de Ngoma pourrait servir la propagande gouvernementale.

Un cessez-le-feu largement caduc

L'Angola avait proposé un cessez-le-feu à compter du 18 février. Il semble aujourd'hui largement caduc, rattrapé par la reprise des combats et l'intensification des hostilités.

Reçu mercredi à l'Élysée, le président congolais Félix Tshisekedi a trouvé en Emmanuel Macron un soutien appuyé. Le chef de l'État français a insisté sur « la nécessité d'un cessez-le-feu » et d'« une solution politique durable » dans l'est de la RDC. Dans un message publié sur le réseau X, il affirme que « la France soutient pleinement les efforts de médiation pour une solution politique durable dans la région des Grands Lacs, la cessation des hostilités, un cessez-le-feu et le respect de l'autorité de l'État et de l'intégrité territoriale de la RDC ».

Ces déclarations diplomatiques contrastent fortement avec la réalité du terrain. Dans le territoire de Masisi, les combats se poursuivaient encore en fin d'après-midi, témoignant de l'écart entre les discours politiques et la violence persistante sur le terrain.

Une région plongée dans une nouvelle escalade

L'est de la République démocratique du Congo, ravagé par plus de trois décennies de conflits armés, replonge dans une nouvelle séquence d'escalade où s'entremêlent rivalités locales, appétits miniers et tensions régionales. La bataille pour le contrôle des ressources minières, particulièrement du coltan, ajoute une dimension économique cruciale à ce conflit déjà complexe.

La paralysie des télécommunications à Rubaya, combinée aux déplacements massifs de population, crée une situation humanitaire alarmante qui risque de s'aggraver avec la poursuite des combats. La dimension régionale du conflit, avec l'implication présumée du Rwanda et le soutien confirmé du Burundi, souligne la difficulté de trouver une solution durable à cette crise qui dépasse largement les frontières congolaises.