Cuba : Un pétrolier russe défie l'embargo américain pour approvisionner l'île en crise énergétique
Pétrolier russe à Cuba : Défi à l'embargo américain

Un pétrolier russe brise l'isolement énergétique de Cuba

L'Anatoly Kolodkin, un pétrolier russe transportant 730 000 barils de brut, a accosté au port de Matanzas, dans le nord-ouest de Cuba, lundi 30 mars. Cet événement marque un défi direct au blocus imposé par les États-Unis sur l'approvisionnement en carburant de l'île communiste, confrontée à de sévères pénuries d'énergie depuis plusieurs mois.

Le Kremlin se félicite de l'arrivée du pétrolier

Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a déclaré lors de son briefing quotidien : « Nous nous réjouissons que cette cargaison de produits pétroliers arrive sur l'île, ou plutôt, qu'elle soit déjà arrivée. » Il a ajouté que la Russie considérait comme son devoir d'apporter une aide nécessaire à Cuba, qualifiant le blocus américain de « sévère » et privant l'île du carburant indispensable à son fonctionnement.

Peskov a également indiqué que cette question avait été évoquée préalablement avec Washington lors de contacts avec les homologues américains, bien qu'aucun détail supplémentaire n'ait été fourni. Cette livraison intervient dans un contexte où Cuba, peuplée de près de 10 millions d'habitants, n'a plus importé de pétrole depuis le 9 janvier, date de la dernière livraison par le Mexique.

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La réponse américaine et le contexte des sanctions

Le président américain Donald Trump avait déclaré dimanche : « Si un pays souhaite envoyer du pétrole à Cuba dès maintenant, cela ne me pose aucun problème, qu'il s'agisse de la Russie ou non. Ça n'aura aucun impact. Cuba est finie […], qu'ils reçoivent ou non une cargaison de pétrole, ça n'aura aucune importance. »

Pourtant, le 19 mars, le gouvernement américain avait précisé que les hydrocarbures russes, bien que soumis à des sanctions assouplies, ne pouvaient toujours pas être livrés à Cuba ni à la Corée du Nord. Le New York Times avait précédemment rapporté que les garde-côtes américains autorisaient le pétrolier à rejoindre l'île, citant un responsable américain anonyme.

Une crise énergétique profonde à Cuba

Cuba subit actuellement une crise énergétique majeure, avec des conséquences dramatiques pour sa population et son économie :

  • Des coupures d'électricité régulières pouvant durer plus de 20 heures
  • Au moins sept coupures nationales depuis le début de 2024, dont deux en mars 2026
  • Une flambée des prix des carburants
  • Une réduction drastique des transports publics
  • La suspension de certains vols aériens à destination de l'île

Le président cubain Miguel Diaz-Canel a imposé diverses mesures pour économiser le carburant, dont un strict rationnement. Cette situation critique s'est aggravée en janvier lorsque les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro, privant Cuba de son principal allié régional et fournisseur de pétrole des 25 dernières années.

Les défis logistiques et le besoin urgent de gazole

Jorge Piñón, expert du secteur énergétique cubain à l'université d'Austin au Texas, estime qu'une fois la cargaison arrivée, il faudra entre 15 et 20 jours pour traiter le pétrole, puis encore 5 à 10 jours pour distribuer ses produits raffinés. « Le besoin urgent aujourd'hui à Cuba, c'est le gazole », a déclaré cet ancien cadre du secteur pétrolier.

La cargaison russe pourrait être transformée en 250 000 barils de gazole, une quantité suffisante pour couvrir la demande du pays pendant environ 12 jours et demi. Le gouvernement cubain devra ensuite décider s'il destine ce carburant aux groupes électrogènes de secours ou aux autobus, tracteurs et trains nécessaires pour maintenir l'économie en marche pendant deux semaines.

Le renforcement des liens russo-cubains

Moscou et La Havane, qui collaborent étroitement depuis la période soviétique, ont renforcé leurs liens depuis que la Russie a lancé son offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022. Le 20 mars, le Kremlin avait affirmé discuter avec Cuba des moyens d'aider l'île, se refusant alors à commenter des informations sur une livraison secrète de gazole d'origine russe.

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L'Anatoly Kolodkin, qui fait l'objet de sanctions américaines, avait chargé du pétrole dans le port russe de Primorsk le 8 mars. Il avait été escorté par un navire de la marine russe à travers la Manche avant que les deux bateaux ne se séparent une fois le pétrolier entré dans l'océan Atlantique, selon la marine britannique.

Parallèlement, le Sea Horse, un pétrolier battant pavillon hongkongais qui avait précédemment été signalé comme transportant du gazole russe vers Cuba, a pénétré dans les eaux vénézuéliennes, selon les données de la société Kpler.