Pérou : victoire de Keiko Fujimori, crainte d'une crise politique
Pérou : Fujimori gagne, crainte d'une crise politique

La candidate de la droite autoritaire, Keiko Fujimori, a remporté l'élection présidentielle au Pérou, selon les résultats officiels publiés ce mercredi 24 juin. Avec 50,3 % des voix contre 49,7 % pour son adversaire de gauche, Pedro Castillo, cette victoire annoncée plonge le pays dans l'incertitude politique. Les observateurs redoutent une exacerbation des tensions sociales et une remise en cause des institutions démocratiques.

Une victoire serrée et contestée

Le dépouillement des bulletins de vote a duré plusieurs jours, reflétant la polarisation extrême de la société péruvienne. Keiko Fujimori, fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), aujourd'hui emprisonné pour crimes contre l'humanité, a promis de restaurer l'ordre et de stimuler l'économie. Pedro Castillo, syndicaliste enseignant, a dénoncé des fraudes électorales et appelé ses partisans à manifester pacifiquement. Selon l'Institut national des statistiques et d'informatique (INEI), la participation a atteint 78 %, un record historique.

Les risques d'une dérive autoritaire

Keiko Fujimori, déjà candidate malheureuse en 2011 et 2016, est entachée par des accusations de corruption. Elle a été placée en détention provisoire en 2018 pour ses liens présumés avec le scandale Odebrecht, avant d'être libérée. Sa victoire pourrait raviver les craintes d'un retour aux pratiques autoritaires de son père, notamment en matière de droits humains et de liberté de la presse. L'analyste politique Carlos Meléndez, de l'Université pontificale catholique du Pérou, estime que « le pays est à un tournant : soit il consolide sa démocratie, soit il bascule dans un régime autoritaire ». Selon un sondage de l'institut Ipsos, 62 % des Péruviens pensent que la démocratie est menacée.

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Réactions internationales et perspectives économiques

La communauté internationale a réagi avec prudence. Les États-Unis ont appelé au respect du processus électoral, tandis que l'Union européenne a souligné l'importance de la transparence. Sur le plan économique, la Bourse de Lima a bondi de 4 % après l'annonce des résultats, les investisseurs saluant les promesses de Fujimori de réduire les impôts et de privatiser certaines entreprises publiques. Cependant, les analystes préviennent que l'instabilité politique pourrait freiner les investissements étrangers. Le Pérou, premier producteur mondial de cocaïne, est également confronté à une recrudescence de la violence liée au narcotrafic.

Un pays fracturé

Le vote a mis en lumière les profondes divisions entre Lima, la capitale prospère, et les régions rurales andines, où Castillo a obtenu la majorité des suffrages. Dans les régions de Cusco et d'Ayacucho, le soutien à Castillo a dépassé 70 %. « Nous ne reconnaissons pas ce résultat volé », a déclaré un dirigeant syndical à Cusco. Les manifestations ont déjà commencé dans plusieurs villes, avec des affrontements sporadiques entre partisans des deux camps. La police a annoncé avoir déployé 20 000 agents pour maintenir l'ordre. La nouvelle présidente devra faire face à un Congrès fragmenté, où son parti, Force populaire, ne détient que 24 sièges sur 130, ce qui compliquera la mise en œuvre de son programme.

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