Pakistan-Afghanistan : l'escalade militaire s'intensifie sur une frontière sous tension
Pakistan-Afghanistan : l'escalade militaire s'intensifie (04.03.2026)

Pakistan-Afghanistan : l'escalade militaire s'intensifie sur une frontière sous tension

Le calme apparent des collines verdoyantes entourant Islamabad dissimule une réalité explosive. À plusieurs centaines de kilomètres de la capitale pakistanaise, la frontière de 2 600 kilomètres avec l'Afghanistan est le théâtre d'une escalade militaire sans précédent depuis six jours. Les deux pays s'enfoncent dans un cycle de représailles dont l'issue semble incertaine, avec des affrontements continus causant de nombreuses victimes militaires et civiles. Islamabad évoque désormais ouvertement une « guerre ouverte ».

Une intensification des frappes aériennes

L'armée pakistanaise a mené des dizaines de frappes contre des cibles militaires afghanes, pénétrant directement à l'intérieur du territoire afghan, y compris près de Kaboul, au-delà des zones frontalières traditionnelles. Le 1er mars, l'aviation pakistanaise a visé la base aérienne de Bagram, une ancienne installation militaire américaine située au nord de la capitale afghane. Cette attaque représente une escalade significative, ciblant un site stratégique pour l'administration talibane. En réponse, les autorités afghanes affirment avoir riposté en lançant des attaques de drones contre des camps militaires pakistanais.

Le sentiment de trahison au Pakistan

Pour Muhammad, homme d'affaires de 46 ans résidant dans un quartier huppé d'Islamabad, le Pakistan n'a pas d'autre choix que de riposter. Il craint une multiplication des attaques de groupes armés si aucune action n'est entreprise. Dans sa voix transparaît un profond sentiment de trahison envers l'Afghanistan, dont les citoyens ont été accueillis pendant des décennies au Pakistan. « J'ai le sentiment que les Afghans se montrent ingrats envers nous. Nous les avons aidés pendant des années, au prix de lourds sacrifices. Aujourd'hui, lorsque nous leur demandons de neutraliser les groupes terroristes, ils font au contraire le choix de les protéger et de les soutenir », déplore-t-il.

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Depuis le retour au pouvoir des Talibans en 2021, le nombre d'attentats terroristes a considérablement augmenté au Pakistan. L'année 2025 a été la plus meurtrière depuis une décennie, avec 1 720 attaques recensées. Islamabad accuse Kaboul de servir de sanctuaire à ces groupes armés qui planifient leurs attaques depuis le territoire afghan, malgré les discussions engagées entre les deux nations. De son côté, Kaboul nie toute implication et affirme qu'il s'agit d'un problème interne au Pakistan.

Un changement de stratégie militaire

Le sénateur Mushahid Hussain, ancien ministre de l'Information et de la Culture, explique : « L'armée pakistanaise et la direction politique se sentent déçues, lésées, et pensent que 'ça suffit'. Le Pakistan a essayé différentes méthodes — diplomatie, dialogue, médiation, cessez-le-feu, négociations — mais le problème fondamental demeure : le territoire afghan continue d'être utilisé pour fomenter le terrorisme au Pakistan, avec la connivence et la complicité du régime de Kaboul ».

Sur le plan militaire conventionnel, l'Afghanistan ne fait pas le poids face à l'armée pakistanaise, une force structurée et technologiquement équipée. Cependant, une autre guerre, plus discrète mais potentiellement plus dangereuse pour Islamabad, se joue en parallèle. Le 27 février, Noor Wali Mehsood, chef des Talibans pakistanais (Tehrik-e-Taliban Pakistan, TTP) — un groupe armé distinct mais idéologiquement proche des Talibans afghans comptant environ 6 000 combattants — a annoncé son soutien à ces derniers et appelé ses militants à intensifier les attaques contre les représentants de l'État pakistanais.

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La recherche de garants internationaux

Ce cycle de représailles pourrait se révéler contre-productif pour Islamabad. « Le pays est un bourbier, et le Pakistan ne devrait pas s'y enliser à nouveau, car il a plus à perdre que l'Afghanistan », poursuit l'ancien ministre. Une piste pour sortir de l'impasse serait la mise en place de garants internationaux chargés d'assurer que la frontière, fermée depuis octobre 2025, ne laisse plus passer de groupes armés. « La Chine, la Turquie, le Qatar ou encore l'Arabie saoudite pourraient jouer ce rôle efficacement, en conditionnant leur aide au comportement du régime de Kaboul », suggère-t-il.

Pour l'heure, les tentatives de médiations internationales ont échoué et les responsables pakistanais maintiennent une ligne dure : aucune discussion avec Kaboul n'est prévue et l'opération se poursuivra jusqu'à ce que le Pakistan atteigne ses objectifs. Derrière l'escalade des derniers jours se dessine un nouveau modus operandi : il ne s'agit plus seulement de viser les groupes armés, mais aussi de faire pression directement sur les Talibans afghans en ciblant leurs installations militaires pour les pousser à agir contre les groupes anti-pakistanais. Cette logique se traduit par une approche de « coup pour coup », chaque vague d'attaques terroristes étant suivie de bombardements en Afghanistan.

L'inquiétude grandissante des populations civiles

Iftikhar Firdous, chercheur et fondateur du média indépendant The Khorasan Diary, tempère : « La réponse actuelle d'Islamabad ne constitue pas une rupture totale. Mais l'approche reflète désormais une position politique plus explicite. Le Pakistan semble déterminé à faire en sorte que chaque action et réaction soient officiellement consignées, ce qui témoigne d'une volonté accrue d'affirmation face aux menaces sécuritaires transfrontalières ».

Dans ce contexte de tensions croissantes, les habitants craignent une guerre non conventionnelle et un retour des attentats dans les grandes villes. Muhammad confie : « Aujourd'hui, à la mosquée avec mes enfants, je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'une explosion pouvait se produire à tout moment. Mais notre nation a déjà traversé tant d'épreuves que, même face au risque d'attentats, nous avons appris à tenir bon ».