Pakistan-Afghanistan : l'escalade militaire s'intensifie avec le soutien américain
Pakistan-Afghanistan : escalade militaire et soutien américain

Pakistan-Afghanistan : une guerre ouverte qui s'intensifie

Le Pakistan, puissance nucléaire, a lancé vendredi des bombardements sur plusieurs grandes villes afghanes, dont la capitale Kaboul, marquant une escalade significative dans le conflit qui l'oppose aux autorités talibanes d'Afghanistan. Cette offensive fait suite à une attaque afghane sur leur frontière commune la veille, plongeant les deux pays dans une confrontation militaire ouverte.

Le soutien américain et la détermination pakistanaise

Samedi 28 février, le Pakistan a réaffirmé sa volonté de se défendre « en toutes circonstances », selon les déclarations du ministre de l'Information Attaullah Tarar sur X. Peu avant, Washington avait exprimé son soutien au droit d'Islamabad « à se défendre » contre les autorités talibanes. Allison Hooker, numéro trois du Département d'État américain, a confirmé cet appui après s'être entretenue avec le ministre pakistanais des Affaires étrangères.

« Nous continuons à suivre de près la situation et avons exprimé notre soutien au droit du Pakistan à se défendre contre les attaques des talibans », a-t-elle écrit sur X, officialisant la position américaine dans ce conflit régional.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un avion abattu et un pilote capturé

L'escalade a pris une tournure dramatique samedi avec l'annonce par les autorités afghanes qu'un avion militaire pakistanais s'était écrasé près de Jalalabad, dans l'est de l'Afghanistan. Tayeb Hammad, porte-parole de la police, a précisé que « l'avion de chasse pakistanais a été abattu dans le sixième district de Jalalabad et son pilote a été capturé vivant ».

Wahidullah Mohammadi, porte-parole de l'armée dans la région est, a confirmé ces informations, ajoutant que l'appareil avait été abattu par les forces afghanes. Des témoins ont rapporté avoir vu le pilote descendre en parachute avant d'être appréhendé par les troupes talibanes.

Bombardements nocturnes et déclaration de guerre

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le Pakistan a frappé Kaboul, Kandahar et la province frontalière de Paktia. Mohsin Naqvi, ministre pakistanais de l'Intérieur, a qualifié ces frappes de « réponse appropriée » à l'attaque afghane de la veille. Plus significativement, le ministre de la Défense Khawaja Asif a déclaré sur X : « Notre patience a atteint ses limites. C'est désormais la guerre ouverte entre nous et vous ».

En réponse, Zabihullah Mujahid, porte-parole des autorités talibanes, a affirmé que son gouvernement souhaitait résoudre le conflit par le « dialogue », tout en annonçant de nouvelles frappes « à grande échelle contre des positions » pakistanaises.

Victimes civiles et tensions frontalières

Les combats ont causé d'importantes pertes civiles. Gander Khan, un rapatrié afghan de 65 ans, a témoigné : « J'ai vu du sang, (des tirs) ont blessé deux ou trois enfants et deux ou trois femmes ». Des journalistes de l'AFP ont rapporté avoir entendu coups de feu et tirs d'artillerie près du poste-frontière stratégique de Torkham, l'un des rares points de passage encore ouverts entre les deux pays.

Le Pakistan accuse les autorités afghanes d'abriter des activistes armés qui lancent des attaques sur son territoire, une accusation systématiquement démentie par Kaboul. La plupart de ces hostilités sont revendiquées par les talibans pakistanais (TTP), groupe armé partageant la même idéologie que les talibans afghans.

Bilans contradictoires et médiations internationales

Les bilans des pertes annoncés par les deux parties divergent considérablement. Un porte-parole du Premier ministre pakistanais a affirmé que 297 talibans et militants afghans avaient été tués et que 29 sites en Afghanistan avaient été ciblés. Le ministère afghan de la Défense a pour sa part indiqué que huit de ses soldats avaient péri lors de l'offensive terrestre de jeudi.

La mission de l'ONU en Afghanistan rapporte que les bombardements du week-end dernier ont tué au moins 13 civils, tandis que le gouvernement taliban évoque au moins 18 victimes. Il reste difficile de vérifier indépendamment ces chiffres.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Face à cette escalade, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé à une « cessation immédiate des hostilités », exprimant son inquiétude pour « la population civile ». L'Iran a exhorté les deux parties à « s'abstenir » de toute action aggravant le conflit, tandis que la présidente du CICR Mirjana Spoljaric a plaidé pour la « désescalade ».

Analyses et perspectives

Michael Kugelman, spécialiste de l'Asie du Sud, observe sur X que « le Pakistan semble avoir étendu ses frappes, qui ne visent plus seulement le TTP mais désormais aussi le régime taliban », notant une « escalade significative et dangereuse ».

L'Arabie saoudite et le Qatar multiplient les contacts diplomatiques pour mettre fin aux combats, selon une source proche des négociations. Une brève trêve entérinée le 19 octobre avait été jugée caduque neuf jours plus tard par Islamabad, qui accusait l'Afghanistan d'orchestrer des attentats menés par les TTP.

Les relations entre les deux pays, autrefois proches, se sont considérablement dégradées depuis que les talibans ont repris le contrôle de Kaboul en août 2021. Les affrontements sporadiques se sont transformés en un conflit ouvert qui menace la stabilité régionale et fait peser un lourd tribut sur les populations civiles des deux côtés de la frontière.