Nouvelle menace de guerre dans la Corne de l'Afrique
Trois années seulement après la fin d'un conflit dévastateur qui a provoqué près de 600 000 victimes dans la région du Tigré, au nord de l'Éthiopie, les tensions guerrières renaissent de manière inquiétante. Le gouvernement fédéral éthiopien d'Addis-Abeba, la région rebelle du Tigré et l'Érythrée voisine se retrouvent une nouvelle fois au bord d'un affrontement armé majeur, dans un contexte géopolitique extrêmement volatile.
Escalade militaire et mesures coercitives
Début janvier, l'armée fédérale éthiopienne a lancé des frappes de drones contre des positions tenues par les forces tigréennes, marquant une escalade significative des hostilités. En réponse à cette aggravation de la situation, Addis-Abeba a procédé à une mobilisation massive de troupes et d'artillerie lourde aux abords immédiats de la province du Tigré, créant une pression militaire tangible.
Les autorités éthiopiennes ont également pris des mesures restrictives concernant l'accès à la région. Les liaisons aériennes commerciales vers le Tigré ont été temporairement suspendues en début d'année, isolant davantage cette zone déjà fragilisée. Plusieurs journalistes représentant des médias internationaux de premier plan ont été arrêtés et systématiquement empêchés de se rendre sur place pour couvrir les événements, limitant ainsi la transparence et le contrôle international de la situation.
Revirement d'alliances spectaculaire
La dynamique régionale a connu un bouleversement majeur avec le spectaculaire revirement de position de l'Érythrée. Début février, le gouvernement éthiopien a formellement sommé Asmara de « retirer immédiatement ses troupes du territoire éthiopien et de cesser toute forme de collaboration avec les groupes rebelles ». Cette injonction ferme révèle un changement d'alliance profondément significatif.
En effet, pendant la guerre du Tigré qui a ensanglanté la région de 2020 à 2022, l'Érythrée combattait aux côtés de l'armée fédérale éthiopienne contre les forces tigréennes. Aujourd'hui, Asmara s'est considérablement rapprochée des insurgés tigréens, créant une configuration géopolitique radicalement nouvelle et instable. Ce renversement d'alliance complique considérablement les perspectives de résolution pacifique du conflit.
Une rivalité historique profondément enracinée
Les tensions actuelles s'inscrivent dans une rivalité historique longue et complexe entre l'Éthiopie et l'Érythrée, qui n'a cessé d'osciller depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale entre des périodes de rivalité froide et des épisodes de guerre ouverte. La relation conflictuelle entre les deux nations trouve ses racines dans des décennies d'histoire mouvementée.
En 1960, après la période de colonisation italienne, l'Érythrée a été annexée par l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier, initiant une mainmise éthiopienne sur le territoire érythréen. Cette domination s'est considérablement durcie sous le pouvoir autoritaire du Derg, la junte militaire éthiopienne dirigée par Mengistu Hailé Mariam, surnommé le « Négus rouge », qui a renversé le souverain en 1974. Ces tensions historiques se cristallisent aujourd'hui de manière particulièrement aiguë autour de la question du Tigré, créant un terrain propice à une nouvelle explosion de violence.
La situation actuelle dans la Corne de l'Afrique reste extrêmement préoccupante, avec des risques concrets de voir se reproduire les tragédies humaines des conflits précédents. La communauté internationale observe avec inquiétude cette escalade dangereuse qui menace la stabilité régionale et la sécurité des populations civiles déjà durement éprouvées.



