Le témoignage poignant de Naoto Kan sur la catastrophe de 2011
Dans un entretien exclusif, l'ancien Premier ministre japonais Naoto Kan revient en détail sur les conditions extrêmes dans lesquelles il a été informé et a dû gérer les événements tragiques du 11 mars 2011. Ce jour-là, le Japon a été frappé par un séisme d'une violence inouïe, suivi d'un tsunami dévastateur et de l'accident nucléaire de Fukushima.
Les premières minutes du chaos
Naoto Kan se trouvait à la chambre haute de la Diète, où il participait à une réunion de la commission des Comptes. Il répondait aux questions de l'opposition lorsque, précisément à 14h46, le séisme a commencé. « Tout a commencé à trembler violemment », se souvient-il. Son attention a été immédiatement captée par un lourd chandelier qui menaçait de tomber, tandis que des personnes se glissaient sous les bureaux pour se protéger.
Le président de la séance a dû suspendre la session. Dès que les secousses se sont arrêtées, Kan et son équipe ont regagné en hâte le kantei, le bureau du Premier ministre. Il a immédiatement activé la cellule de crise, installée dans la salle prévue à cet effet au sous-sol du bâtiment. Cependant, des problèmes de communication par téléphone portable ont rapidement contraint l'équipe à déménager. Ils se sont finalement installés dans le bureau de Kan et dans la pièce voisine, d'où les premières décisions cruciales ont été prises.
Une semaine sans quitter le centre de crise
Interrogé sur son vécu personnel durant ces premiers jours, Naoto Kan révèle des détails poignants. « Au début, j'ai passé l'essentiel de mon temps à cet étage », confie-t-il. Il n'en sortait que pour se rendre dans les zones dévastées par le tsunami. Pourtant, la résidence du Premier ministre, où il logeait à l'époque, n'était qu'à 110 pas du kantei. Pendant une semaine entière, il n'est pas rentré chez lui.
Son rythme de vie était extrême : il dormait par épisodes de seulement une demi-heure, et n'a quasiment pas quitté sa tenue de crise. Son épouse, Nobuko, lui apportait régulièrement des fruits, notamment des mikan (sortes de mandarines), pour lui et son équipe. Elle l'a également aidé à retrouver d'anciens camarades d'université travaillant dans le secteur nucléaire, une aide précieuse dans le contexte de la crise.
Après une semaine, Kan a réalisé qu'aucun membre de son équipe n'avait quitté le centre de crise. « Ils n'osaient pas rentrer chez eux, car je restais là », explique-t-il. Pour les libérer un peu, il a finalement passé une courte nuit à la résidence, marquant une première pause depuis le début de la catastrophe.
Le défi nucléaire de Fukushima
Outre le séisme et le tsunami, la crise de la centrale nucléaire de Fukushima a présenté un défi particulièrement complexe. Juste après le séisme, les barres de contrôle des réacteurs se sont automatiquement mises en place, conformément aux procédures d'urgence. Mais le tsunami a provoqué la perte de l'alimentation électrique du site, puis de tout moyen de refroidissement.
Kan savait immédiatement ce que cela signifiait : un risque de fusion du cœur. Il a alors formé une cellule de crise spéciale, réunissant des représentants de la Compagnie d'électricité de Tokyo (Tepco), du ministère de l'Industrie, des agences de sûreté nucléaire et le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano. « Nous avions besoin d'un maximum d'informations. On ne comprenait pas bien ce qui se passait », admet-il.
Face à l'urgence, Tepco a demandé des camions équipés de groupes électrogènes. Pour gagner du temps, Kan a envisagé de les envoyer par hélicoptère, mais on lui a signalé que c'était impossible en raison du poids des équipements. Cette anecdote illustre les difficultés logistiques et les dilemmes auxquels le gouvernement a dû faire face dans des conditions de stress extrême.



