Un mystérieux signal radio diffuse des messages codés depuis le début du conflit au Moyen-Orient
C'est un scénario digne d'un film d'espionnage qui se déroule en temps réel. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, un message codé en persan est diffusé sur une fréquence radio accessible partout dans le monde avec du matériel amateur. Cette utilisation d'un système de communication bien connu des services de renseignement n'a rien d'anodin, alors que le conflit contre l'Iran fait rage.
L'apparition et les caractéristiques du signal
Le signal radio a fait sa première apparition crépitante le 28 février, douze heures après le début des bombardements par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Depuis, deux fois par jour, à l'aube et en début de soirée, une voix d'homme égrenant des suites de chiffres en persan s'élève d'une fréquence ondes courtes grésillante. Chaque séquence est entrecoupée du mot tavajjoh — signifiant attention — répété trois fois.
Ce phénomène, bien connu des passionnés d'espionnage, porte un nom : une station de nombres. Vestige de la Guerre froide, ces émissions utilisées durant des décennies par la CIA et le KGB permettent aux services de renseignement de communiquer avec leurs agents clandestins. Leur secret réside dans le masque jetable, une grille de décodage à usage unique utilisée par l'agent infiltré pour décoder l'énigmatique message. Si n'importe qui peut donc capter le signal, seuls ceux possédant la clé de déchiffrement correspondante peuvent briser ce code réputé inviolable.
Les spéculations sur l'origine et les objectifs
L'origine de ce signal a fait l'objet de nombreuses spéculations depuis son apparition. Des amateurs de radio, par triangulation, ont situé l'émetteur dans une vaste zone couvrant le nord de l'Italie, la Suisse, l'ouest de l'Allemagne, l'est de la France et le Benelux, selon l'organisation américaine Radio Free Europe/Radio Liberty. Une localisation qui suggère, pour beaucoup, que la source du signal pourrait être américaine et destinée à des agents opérant en Iran.
Cette théorie semble s'être confirmée le 4 mars, lorsqu'un brouillage électronique massif a commencé à couvrir la transmission originale. Sauf que ce type de brouilleur, appelé bubble jammer, est historiquement utilisé par Téhéran contre les médias occidentaux. Autrement dit, Téhéran semble savoir que cette radio travaille pour l'autre camp.
Il est probable que ce soit un moyen de communication de secours pour nos sources en Iran. Ce sont des personnes avec lesquelles on ne peut pas se permettre de perdre le contact. En cas de guerre, c'est une solution de repli idéale, a confirmé John Sipher, ancien officier de la CIA à Moscou, au Financial Times, jeudi 12 mars.
Hypothèses de guerre psychologique et alertes gouvernementales
Reste l'hypothèse d'une opération de guerre psychologique. En diffusant ces messages sur une fréquence accessible à tous, l'émetteur pourrait chercher à saturer les services de contre-espionnage iraniens en leur faisant croire à une présence massive d'agents sur leur sol. Pour brouiller encore davantage les pistes ou par réelle inquiétude, le gouvernement américain a envoyé une alerte aux forces de l'ordre concernant des communications cryptées interceptées, faisait savoir ABC News le 9 mars.
Le média américain ne précise toutefois pas si cette alerte concerne directement cet étrange signal. Bien que le contenu exact de ces transmissions ne puisse être déterminé pour l'instant, l'apparition soudaine d'une nouvelle station présentant les caractéristiques d'une rediffusion internationale justifie une vigilance accrue, a rapporté ABC, citant le texte de l'alerte.
Qu'il s'agisse d'ordres réels ou de diversion, ces voix mécaniques rappellent que, malgré l'ère du tout-numérique, la vieille technologie radio reste une arme redoutable dans la guerre de l'information. Ce signal mystérieux continue de captiver les observateurs, soulignant les tensions persistantes dans cette région en proie au conflit.



