Souvenir d'un mousse rochelais tué par un sous-marin allemand en 1917
Mousse rochelais tué par un sous-marin allemand en 1917

Le drame du mousse Maurice Le Moyec en 1917

Le 29 mars 1917, un événement tragique a marqué les côtes françaises pendant la Première Guerre mondiale. Un sous-marin allemand a torpillé sans raison apparente le bateau de pêche rochelais "Irma" dans le secteur de Cordouan. À bord, un jeune mousse de 14 ans, Maurice Le Moyec, a perdu la vie, laissant une empreinte durable dans la mémoire collective de la région.

Une tombe toujours honorée à La Rochelle

Au cimetière Saint-Éloi de La Rochelle, la tombe de Maurice Le Moyec est régulièrement fleurie pour la Toussaint, que ce soit par des descendants ou des admirateurs anonymes. Cette année encore, un bouquet jaune illumine le caveau familial, symbole d'un souvenir qui perdure. Christophe Bertaud, adjoint à la Ville de La Rochelle et président du port de pêche, s'est penché sur cette histoire et se réjouit de voir que cet enfant, élevé au rang de héros, n'est pas tombé dans l'oubli.

Maurice Le Moyec était le cadet d'une famille bretonne de huit enfants, dont le père était marin-pêcheur. Il servait comme mousse sur le voilier de pêche "Irma" à La Rochelle durant la Grande Guerre. Le 29 mars 1917, l'équipage de cinq marins prend la mer, avec Maurice comme plus jeune membre. Vers 8 heures, alors que le bateau navigue près de Cordouan, un navire apparaît soudain, arborant deux voiles et ressemblant à une chaloupe. Il s'agissait en réalité d'un sous-marin allemand.

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Une attaque brutale et délibérée

Selon le rapport d'enquête, le sous-marin a ouvert le feu à une distance de 100 mètres, sans aucun avertissement. Il a tiré sept obus au total, et à partir du quatrième, il s'est approché à seulement 50 mètres. Maurice Le Moyec a été tué lors du sixième tir, qui a explosé l'annexe où il se trouvait. Les autres membres de l'équipage ont été blessés, grièvement pour le patron.

Les trois plus jeunes survivants, âgés de 15 à 18 ans, ont réussi à établir une voilure de fortune et à ramener "Irma" jusqu'à Royan. Le rapport d'enquête a qualifié cette action de "lâche assassinat", et Christophe Bertaud confirme que ces victimes collatérales ont profondément ému la population locale. Le préfet maritime de La Rochelle, le capitaine de vaisseau Guilhon, a déclaré que le sous-marin s'était "attaché à tuer ou blesser le personnel et à rendre inutilisable l'embarcation et la voilure pour qu'il ne puisse se sauver". La courte distance de tir suggère un acte réfléchi, visant à détruire les hommes et à semer la terreur parmi les pêcheurs. Le sous-marin n'a jamais été identifié.

Hommages et commémorations posthumes

L'émotion fut si forte que des obsèques solennelles, en présence des autorités civiles et militaires, ont été organisées à Royan pour Maurice Le Moyec. Son corps a ensuite été ramené à La Rochelle, où vivait sa famille, et inhumé au cimetière Saint-Éloi, où il repose aux côtés de ses parents.

Les quatre rescapés ont reçu des citations militaires, et Maurice Le Moyec a été cité à l'Ordre de l'Armée à titre posthume. Une plaque commémorative a été érigée dans l'église Saint-Sauveur de La Rochelle. Les hommages ne se sont pas arrêtés là : en 1923, un cargo construit à l'Arsenal de Lorient a été baptisé "Mousse Le Moyec". Ironie du sort, en septembre 1934, ce cargo a percuté une barque de pêche dans la Manche à cause de la brume et a coulé, avec seulement deux survivants sur les cinq membres d'équipage.

Cette histoire, tirée des archives, rappelle les sacrifices des civils durant les conflits et l'importance de préserver la mémoire collective pour les générations futures.

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