Mort de Quentin Deranque : l'extrême droite italienne en fait un martyr et dénonce une internationale antifasciste
Mort de Quentin Deranque : l'extrême droite italienne en fait un martyr

Un drame français qui résonne en Italie

La mort de Quentin Deranque, jeune militant nationaliste de 23 ans décédé des suites d'un traumatisme crânien après avoir été passé à tabac à Lyon le week-end dernier, provoque des secousses politiques bien au-delà des frontières françaises. En Italie, l'extrême droite transalpine s'est rapidement emparée de cette affaire, transformant le Français en symbole et en martyr.

Hommage et instrumentalisation politique

Dès le début de la semaine, à Bolzano, une banderole des « fascistes du 3ème millénaire » de Casapound réclamait « Justice pour Quentin ». À Florence, les identitaires de Casaggi saluaient la mémoire d'un « camarade », « fidèle au devoir jusqu'au dernier instant », déclenchant sur leurs réseaux sociaux une avalanche d'hommages aux accents nostalgiques assumés.

Dans la Péninsule, Quentin Deranque est hissé au rang de martyr, comparé à Sergio Ramelli, militant néofasciste tué par un groupe d'extrême gauche pendant les Années de plomb. Plusieurs voix de la droite parlementaire italienne ont également présenté leurs condoléances aux proches du jeune rhodanien.

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Un climat de tension dénoncé

Andrea De Priamo, sénateur des Frères d'Italie (FDI), a tiré la sonnette d'alarme : « La mort de Quentin Deranque est le fruit d'un climat de haine qui ne cesse de s'aggraver et qui est alimenté par des déclarations délirantes en faveur d'actions contre la droite. » L'élu du parti de Giorgia Meloni établit un parallèle avec la situation italienne, où la tension a monté d'un cran fin janvier après des affrontements à Turin entre forces de l'ordre et militants antifascistes radicaux.

« Ce qui s'est passé en France ne peut et ne doit pas nous laisser indifférents, et doit également servir d'avertissement en Italie où, par exemple, les forces de l'ordre sont constamment la cible d'attaques de la part d'extrémistes de gauche », estime Andrea De Priamo.

Révélations sur les liens transalpins

L'affaire a pris un tournant italien après les révélations du quotidien conservateur Il Giornale, qui a retracé les multiples apparitions de Raphaël Arnault, ancien porte-parole de la Jeune Garde, aux côtés de la gauche radicale transalpine. Le parlementaire LFI était encore à Rome en janvier dernier, comme l'atteste une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux.

« Nous sommes rassemblés en soutien avec les antifascistes italiens locaux. On est à quelques centaines de mètres du rassemblement des néofascistes. Ça fait des années que ça dure. Et ils ont connu une recrudescence depuis l'arrivée au pouvoir de Meloni », explique Raphaël Arnault dans cette séquence.

Une commémoration controversée

Non loin de lui, comme chaque 7 janvier, une commémoration était organisée Via Acca Larenzia, en mémoire de deux membres des jeunesses du MSI, assassinés en 1978 sans qu'aucun commanditaire ne soit jamais condamné. Dans cette ruelle de l'est romain frappée d'une croix celtique visible depuis le ciel, les dépôts de gerbes officiels du matin font invariablement place aux saluts romains par centaines dès la nuit tombée.

Mais ce n'est pas tant la participation de Raphaël Arnault à cette contre-manifestation qui intéresse aujourd'hui la droite radicale italienne que l'agression dont ont été victimes la veille plusieurs membres de la Gioventu Nazionale, la branche jeunesse des FDI, violemment pris à partie pendant un collage d'affiches dans l'est de Rome.

L'hypothèse d'une violence internationalisée

Fabio Rampelli, vice-Président de l'Assemblée et premier mentor de Giorgia Meloni, a appelé le ministre de l'Intérieur à faire la lumière sur d'éventuels « liens » entre la présence de l'élu français « fiché S » à Rome et l'attaque contre les jeunes militants. « Pendant ces attaques, les jeunes gens agressés ont rapporté avoir entendu des cris et des menaces dans une langue étrangère mais européenne », a-t-il soutenu devant ses collègues parlementaires.

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Une instrumentalisation politique dénoncée

À l'Assemblée, passée la minute de silence des parlementaires, la droite n'a pas manqué l'occasion d'attaquer la gauche modérée. Les députés de la majorité ont rappelé qu'en 2024, Raphaël Arnault et son assistant parlementaire, Jacques-Elie Favrot (interpellé après la mort de Quentin Deranque), avaient reçu une plaque commémorative des mains du président de la 8e municipalité de Rome et élu de l'Alliance des Verts et de la Gauche (AVS).

« La gauche est toujours du côté des violents », assurent plusieurs membres de la majorité dans un raccourci inquiétant. Une attaque vivement contestée par la direction d'AVS, qui s'est dite prête à engager les actions nécessaires face à ceux qui cherchent à associer l'intégrité et l'image du parti avec les événements de Lyon.

Nicola Fratoianni, patron de l'Alliance, a dénoncé une « tentative d'instrumentalisation de cette affaire à des fins politiques ».

L'alarme d'une « internationale de la violence antifasciste »

Bien décidée à ne pas en rester là, la droite mélonienne est venue jusque sur les antennes de la télévision française s'alarmer face à l'essor de ce qu'elle appelle désormais une « internationale de la violence antifasciste ». Chez CNews, l'ex-eurodéputé FDI Vincenzo Sofo en veut pour preuve les violences de Lyon, Turin et Rome mais également les vagues d'attaques contre le système ferroviaire italien.

L'objectif, à en croire le compagnon de Marion Maréchal, pourrait être « d'accroître le niveau de conflit politique et de chaos social dans deux nations qui organiseront des élections simultanément en 2027 et où la droite est nettement en tête dans les sondages ». Vincenzo Sofo prévient : « Il s'agirait d'une affaire très grave qui doit être stoppée immédiatement et conjointement ».

Un contexte sécuritaire tendu

Ces violences avaient motivé le déploiement accéléré par l'exécutif de Giorgia Meloni d'un nouveau paquet de mesures sécuritaires dont plusieurs ont suscité doutes et inquiétudes, notamment quant à leur caractère anticonstitutionnel, dans les rangs de l'opposition. Des mesures pourtant jugées nécessaires, pour empêcher « le retour des Brigades Rouges », avait tenté de justifier le ministre de la Justice, Carlo Nordio, soulevant de nombreuses critiques.

La mort de Quentin Deranque dépasse ainsi le cadre d'un simple fait divers pour devenir un enjeu politique transnational, cristallisant les tensions entre extrêmes et alimentant les discours sécuritaires des droites au pouvoir en Italie.