Mort de Khamenei en Iran : scènes de joie et tournant historique analysé par Abbas Milani
Mort de Khamenei : tournant historique en Iran analysé

Mort de Khamenei en Iran : des scènes de joie et un tournant historique

Des scènes de joie rarement vues en Iran ont éclaté après la confirmation de la mort de l'ayatollah Khamenei, guide suprême au pouvoir depuis trente-six ans, le 1er mars. Malgré la mise en place rapide d'un triumvirat pour assurer la transition, cet événement marque un tournant historique majeur pour le pays.

Une population en liesse malgré la répression

Des milliers de personnes sont descendues dans les rues à travers l'Iran pour célébrer cette annonce. Sur les réseaux sociaux iraniens, beaucoup ont remercié le président américain pour cette action, bien que ses objectifs stratégiques restent flous. Le régime a rapidement envoyé ses hommes à moto pour disperser les manifestants et organiser des rassemblements artificiels de deuil, tentant désespérément de masquer la joie populaire.

La fin d'une ère autoritaire selon Abbas Milani

Pour Abbas Milani, directeur du programme d'études iraniennes à l'université de Stanford, cette mort marque la fin de "l'une des périodes les plus dramatiques, les plus autoritaires et les plus destructrices de l'histoire contemporaine de l'Iran". Ses trente-sept années au pouvoir ont renforcé un régime clérical de manière inédite, faisant de lui le principal obstacle à tout changement réel dans le pays.

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Khamenei a été à l'origine d'orientations stratégiques profondément néfastes pour l'Iran : le programme nucléaire, le déploiement de forces alliées dans la région, l'inscription de la destruction d'Israël parmi les objectifs à long terme, et le refus de dialoguer directement avec les États-Unis. Il a également maintenu une ligne dure sur les questions sociétales, s'opposant fermement aux droits des femmes.

Une concentration du pouvoir sans précédent

Khamenei a profondément transformé la fonction de guide suprême. Sous Khomeini, le bureau du guide comptait quelques dizaines d'employés ; sous Khamenei, cette structure est devenue un vaste réseau avec des milliers de personnes, contrôlant des fonds importants et développant des entreprises dans des secteurs variés comme la santé, le pétrole et le gaz.

Contrairement à Khomeini qui adoptait une posture distante, Khamenei a concentré l'essentiel des pouvoirs entre ses mains, s'impliquant dans des domaines très précis, parfois techniques, qui relevaient habituellement d'autres instances. Cette tendance a traduit une vision beaucoup plus centralisée et personnalisée du pouvoir.

De la théocratie à la théocratie militarisée

La Constitution a été modifiée pour permettre la désignation de Khamenei, qui ne remplissait pas initialement les conditions requises. Cette révision a renforcé la fonction, passant du velayat-e faqih (gouvernement du juriste-théologien) au velayat-e motlaqeh-ye faqih (autorité absolue du juriste-théologien).

N'ayant pas l'autorité religieuse reconnue de son prédécesseur, Khamenei s'est appuyé davantage sur l'appareil militaire, renforçant le rôle des Gardiens de la révolution dans les domaines économique et politique. Cette institution est devenue un acteur central du système politique et économique, transformant le régime en une théocratie militarisée.

Un bouleversement pour le monde chiite

La théorie du velayat-e faqih n'a jamais été largement acceptée dans le monde chiite. La majorité des grands ayatollahs de Najaf en Irak la rejetaient complètement, estimant qu'elle n'avait aucun fondement dans le chiisme. Aujourd'hui encore, des figures influentes comme Ali al-Sistani ne soutiennent pas cette notion. Présenter cette idée comme la vision chiite dominante est donc erroné : il s'agit d'une opinion minoritaire.

L'intervention militaire et la démocratie

Abbas Milani rejoint l'historien américain Robert Pape sur le fait que les bombardements n'entraînent jamais de changement de régime positif. En Iran, la population lutte pour la démocratie depuis presque un siècle et contre ce régime depuis environ quarante-quatre ans. Une étude récente montre qu'entre 2009 et 2024, environ 3 200 manifestations crédibles contre le régime ont eu lieu à Téhéran, soit une manifestation tous les trois jours en moyenne.

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L'Iran ne peut être comparé à l'Irak ou à l'Afghanistan, où des systèmes démocratiques ont été imposés de l'extérieur. L'idée qu'une intervention militaire pourrait instaurer immédiatement la démocratie en Iran ne correspond ni aux données empiriques ni à la réalité sur le terrain.

Le crépuscule des mollahs et la sécularisation

Selon Milani, nous assistons à la disparition définitive du chiisme politique en Iran. Khamenei a profondément endommagé le chiisme et son héritage historique, transformant la relation fondamentale entre la société iranienne et les religieux. Autrefois dépendants du soutien des citoyens, les clercs sont devenus des agents rémunérés du régime, accumulant des fortunes et corrompant l'institution.

Historiquement, les clercs dénonçaient les violences du régime ; aujourd'hui, après des milliers de morts, aucun grand religieux ne s'est élevé contre ces exactions. Khamenei a ainsi contribué à séculariser l'Iran, rapprochant le pays de la laïcité à un niveau que peu de pays musulmans ont jamais atteint.

Le risque d'un "IRGCistan" et les défis économiques

Le danger d'un État sous le contrôle des militaires existe à court terme, comme le montre la nomination d'Ahmad Vahidi, commandant sanguinaire des Gardiens de la révolution. Cependant, cette stratégie est vouée à l'échec à long terme. La société civile iranienne est active et les besoins économiques du pays sont considérables.

Même si les Gardiens de la révolution prenaient le contrôle complet, ils ne pourraient résoudre les problèmes économiques structurels et profonds de l'Iran. Un véritable changement de régime serait nécessaire, incluant une redéfinition des rapports entre le pouvoir et le peuple, ainsi que le rôle des Gardiens de la révolution.

L'absence de successeur et les divisions internes

Abbas Milani estime que personne ne pourra succéder à Khamenei. La société iranienne ne le permettra pas et les divisions internes au sein du régime rendent toute succession impossible pour le moment. Khamenei a consolidé un pouvoir quasi absolu au cours de ses trente-sept années au pouvoir, éliminant progressivement tous ses rivaux, y compris Rafsandjani.

L'agenda de Donald Trump et le soutien international

L'agenda de Donald Trump dans la région reste flou, bien que sa priorité semble être d'éviter une guerre longue et interminable. Concernant le soutien à la population iranienne, Milani note que jamais autant de personnes, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Iran, n'ont affirmé avoir besoin d'un soutien international pour renverser le régime.

Les opinions divergent sur l'ampleur de cette aide : certains demandent une intervention directe, d'autres se limitent à viser les commandants supérieurs. Milani estime que la communauté internationale devrait plutôt équilibrer les forces et permettre aux Iraniens de lutter plus efficacement, par exemple en les aidant à contourner la technologie de reconnaissance faciale fournie par la Chine.

Un nouveau Moyen-Orient et le rôle de Netanyahou

Le Moyen-Orient a déjà changé, et la disparition de Khamenei va accélérer ce processus. Le nouveau Moyen-Orient ressemble davantage à celui envisagé par les accords d'Abraham qu'au Moyen-Orient de Khamenei, marqué par l'opposition farouche à la solution à deux États. Avec Khamenei absent, la principale résistance à cette perspective a disparu.

Netanyahou apparaît comme le grand vainqueur à court terme de cette séquence. Il a attendu le moment opportun, frappant lorsque l'Iran était à son point le plus faible, avec ses alliés affaiblis. Il tente désormais de tirer parti de cette période de vulnérabilité pour renforcer la position d'Israël et consolider sa propre position politique.