Mort d'Ali Khamenei : le processus de transition s'engage en Iran après les frappes américano-israéliennes
Mort de Khamenei : la transition s'engage en Iran

La mort d'Ali Khamenei et le début d'une transition historique en Iran

D'abord présentée comme une simple rumeur, l'annonce de la mort d'Ali Khamenei a été confirmée successivement par Donald Trump puis par la télévision d'État iranienne, déclenchant une onde de choc médiatique internationale. Le guide suprême de la République islamique d'Iran, qui dirigeait le pays depuis la mort de Ruhollah Khomeini en 1989, a péri lors des frappes conjointes menées ce samedi 28 février par les États-Unis et Israël sur plusieurs cibles stratégiques en territoire iranien.

Un triumvirat pour assurer l'intérim du pouvoir

La question cruciale qui se pose désormais concerne la succession du guide suprême, près de quarante ans après son accession au pouvoir. Les autorités iraniennes, par l'intermédiaire d'Ali Larijani – chef du Conseil suprême de sécurité nationale et ancien conseiller d'Ali Khamenei – ont annoncé que le processus de transition débuterait ce dimanche. Cette transition sera assurée par un triumvirat composé du président iranien Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï, ainsi que d'un membre du Conseil des gardiens de la Constitution.

Parallèlement, l'ayatollah Alireza Arafi a été nommé membre juriste du conseil de direction chargé d'assumer temporairement les fonctions du guide suprême jusqu'à la désignation d'un successeur définitif. Frédéric Encel, docteur en géopolitique et professeur à Sciences Po Paris, analyse les conditions et les conséquences de cette transition pour le régime des mollahs.

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Le processus de succession selon la constitution iranienne

Frédéric Encel explique : « Depuis la mort, dans des conditions similaires, du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, les autorités iraniennes se sont préparées à la mort d'Ali Khamenei et à organiser sa succession. C'est l'Assemblée des experts, composée de 88 religieux, qui va désigner le prochain guide suprême, conformément au droit iranien. Khamenei avait déjà désigné plusieurs de ses successeurs, dont l'un a été nommé à titre intérimaire. Il s'agit de l'ayatollah Alireza Arafi, une personnalité peu connue et de second plan. »

Le spécialiste ajoute que les autres hommes nommés au sein du conseil de direction provisoire présentent davantage des profils de techniciens – ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils ne sont pas fanatiques. « Nous avons bien affaire à des caciques du régime, tout comme l'était l'ayatollah Khamenei », précise-t-il.

Deux scénarios pour l'avenir du régime iranien

Concernant l'avenir du régime après la mort de Khamenei, Frédéric Encel envisage deux possibilités principales. « La première, c'est que le régime chute totalement et qu'il soit remplacé par un régime philosophiquement et constitutionnellement différent. À court terme, je ne crois malheureusement pas à cette idée », affirme le géopolitologue, rappelant son scepticisme déjà exprimé lors du mouvement « Femmes, Vie, Liberté » et des récentes répressions.

« Pour que le renversement de régime soit effectif, il faut des facteurs constitutifs de ce renversement, notamment militaires et sécuritaires. Tant qu'une partie de l'armée régulière – les pasdarans ou les bassidjis – n'aura pas rejoint les manifestants s'opposant au régime, je resterai circonspect à l'idée d'une chute du régime des mollahs », développe-t-il.

La seconde possibilité, selon lui la plus probable à court terme, serait que le régime se maintienne et que la répression de la population continue voire s'accroisse. « En revanche, et même si le régime n'est pas renversé, il ne disposera plus des capacités de nuisance militaire qu'il détenait jusqu'à présent », estime Frédéric Encel.

Les conséquences géopolitiques de l'offensive

Le géopolitologue explique cette perte de capacité par l'ampleur et la nature de l'offensive israélo-américaine. « Sur le plan politique, cette opération ne laissera pas à ce régime les capacités de continuer à créer ou à renforcer un axe pro-iranien. De la même manière, les autorités ne pourront plus menacer sérieusement Israël ni les États arabes alentours, et encore moins poursuivre leurs avancées sur la bombe nucléaire. »

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Il précise que cette limitation des capacités de nuisance constituait d'ailleurs toute la philosophie de la campagne militaire, « bien que Donald Trump affirme que l'objectif était la libération du peuple iranien. Le président américain n'intervient jamais pour des raisons morales, éthiques ou démocratiques », souligne Frédéric Encel.

Des menaces de riposte jugées peu crédibles

Alors que le président iranien a affirmé ce dimanche que « venger la mort de Khamenei » était « un droit et un devoir légitime », le spécialiste relativise la portée de ces déclarations. « En réalité, le régime iranien entretient un discours de plus en plus creux au fil de la dégradation des rapports de force. Depuis l'attaque du Hamas en Israël, nous avons affaire à un gap immense entre les menaces des autorités et leurs capacités réelles à projeter de la force à l'extérieur. »

Frédéric Encel reconnaît qu'on « peut imaginer des attentats terroristes en Occident, mais ce type d'action constitue l'arme du pauvre. Cela ne remettrait pas en cause la détermination et la capacité des puissances occidentales, ni celles des puissances arabes, à endiguer la République islamique. D'ailleurs, les Émirats arabes unis et le Maroc ont jugé très sévèrement les attaques iraniennes sur des terres arabes. Aujourd'hui, l'Iran est seul. »

Une opération attendue aux motivations complexes

Interrogé sur le caractère surprenant de l'attaque, le géopolitologue répond que « l'opération était attendue. Ces dernières semaines, Donald Trump multipliait les menaces. Sauf à perdre sa crédibilité, il était contraint de lancer une initiative. Par ailleurs, la coopération manifeste avec Benyamin Netanyahou a atteint, depuis plusieurs mois, un niveau exceptionnel. »

Il souligne que « les deux dirigeants se sont rencontrés une dizaine de fois ! Aucun autre chef d'État ou de gouvernement ne fonctionne de cette manière-là avec un président américain. »

Frédéric Encel analyse les motivations distinctes des deux alliés : « Pour Israël, il s'agit même d'un problème existentiel : si l'Iran se dotait de la bombe nucléaire, l'État hébreu serait directement menacé. Du côté des Américains, l'objectif est davantage mercantiliste. Les prises de décision de Donald Trump ne sont jamais politiques, mais toujours économiques. Il s'agit de créer un nouveau Moyen-Orient plus stable, et par conséquent, à terme, davantage pourvoyeur de richesses. »

Le spécialiste conclut en soulignant le caractère inédit de cette opération : « C'est la première fois dans l'histoire que les États-Unis et Israël sont militairement alliés dans un cadre totalement offensif. Jusqu'à présent, les deux pays se cantonnaient à l'envoi de matériel de protection américaine, parfois même de navires de guerre en faveur d'Israël. Cette offensive, elle, est une attaque commune, organisée et massive. »