Mexique en état d'alerte après l'élimination d'un baron de la drogue
Le Mexique a été secoué dimanche par une vague de violences d'une ampleur inquiétante, plongeant plusieurs régions dans le chaos. Cette flambée de troubles fait suite à la mort de Nemesio Oseguera, plus connu sous le pseudonyme d'El Mencho, le chef redouté du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG). L'opération militaire qui a conduit à son élimination a été menée avec le soutien crucial des services de renseignement américains, confirmant la coopération transfrontalière dans la lutte contre le narcotrafic.
La fin d'un parrain mythique
Tué à l'âge de 59 ans lors d'une intervention dans la localité de Tapalpa, dans l'État de Jalisco, El Mencho était considéré comme le dernier des grands parrains encore en liberté. Sa disparition marque un tournant dans le paysage criminel mexicain, alors que les fondateurs historiques du cartel de Sinaloa, El Chapo et Mayo Zambada, sont déjà incarcérés aux États-Unis. À la tête du puissant CJNG, Nemesio Oseguera figurait parmi les barons de la drogue les plus recherchés, avec une prime de 15 millions de dollars offerte pour sa capture par les gouvernements mexicain et américain.
Une réaction violente et coordonnée
En réaction à cette opération, des membres présumés du cartel ont déclenché des actions de représailles dans pas moins de 20 États du pays. Les scènes de violence ont été particulièrement marquées dans l'État de Jalisco, où des individus armés ont bloqué plusieurs routes avec des véhicules incendiés, créant des barricades de feu et de métal tordu. À Guadalajara, la capitale de l'État, des commerces ont été attaqués et incendiés, semant la panique parmi la population.
Maria Medina, employée d'un magasin de proximité touché par ces violences, témoigne de la terreur vécue : « Des individus armés sont arrivés, j'ai vu le pistolet et ils nous ont dit de sortir. J'ai pensé qu'ils allaient nous kidnapper, j'ai couru vers un stand de tacos pour m'y réfugier. » La ville, qui doit pourtant accueillir quatre matchs de la Coupe du monde de football 2026, s'est retrouvée paralysée, ses rues désertées par des habitants terrés chez eux.
Mesures d'urgence et appels au calme
Face à cette situation explosive, les autorités ont pris des mesures exceptionnelles. Au moins huit des trente-deux États mexicains ont suspendu les cours en présentiel dès lundi, tandis que le pouvoir judiciaire a autorisé les juges à maintenir les tribunaux fermés lorsqu'ils l'estiment nécessaire. La présidente Claudia Sheinbaum a multiplié les appels au calme sur les réseaux sociaux, enjoignant la population à rester « informée et calme » malgré la gravité des événements.
Les conséquences de cette crise dépassent largement les frontières mexicaines. Les États-Unis ont émis des alertes de sécurité pour leurs citoyens présents dans plusieurs zones du Mexique, incluant des destinations touristiques majeures comme Cancún, Guadalajara et Oaxaca, leur recommandant de « se mettre à l'abri jusqu'à nouvel ordre ». Des compagnies aériennes nord-américaines ont annulé des dizaines de vols vers plusieurs villes mexicaines, perturbant gravement les liaisons aériennes.
Un contexte géopolitique tendu
Cette opération s'inscrit dans un contexte géopolitique complexe. Donald Trump, qui a érigé la lutte contre le narcotrafic en priorité absolue, avait à plusieurs reprises exhorté la présidente Sheinbaum à autoriser l'envoi de forces américaines sur le sol mexicain pour combattre les cartels – une proposition systématiquement rejetée par Mexico. La porte-parole de Trump, Karoline Leavitt, a confirmé le rôle des renseignements américains dans l'opération ayant conduit à la mort d'El Mencho, soulignant la coopération bilatérale malgré les tensions politiques.
Au Guatemala voisin, les autorités ont placé leurs forces de sécurité en alerte maximale et renforcé la surveillance de leur frontière avec le Mexique, une zone régulièrement le théâtre d'incursions de gangs criminels. Cette réaction illustre les répercussions régionales de l'instabilité mexicaine et la crainte d'une contagion de la violence.
Bilan et perspectives incertaines
Le bilan de l'opération militaire est lourd : outre la mort d'El Mencho, sept criminels ont été tués et trois soldats blessés. Les forces de sécurité ont procédé à l'arrestation de deux membres du CJNG et ont saisi un arsenal impressionnant, incluant des lance-roquettes capables d'abattre des avions et de détruire des véhicules blindés – une démonstration de la puissance de feu détenue par ces organisations criminelles.
Alors que le Mexique tente de contenir cette vague de violence, les questions sur l'avenir se multiplient. La disparition d'El Mencho crée un vide de pouvoir au sein du CJNG qui pourrait entraîner des luttes intestines et une fragmentation du cartel, avec le risque d'une escalade encore plus brutale des violences. Les autorités devront naviguer entre la nécessité de maintenir l'ordre et la crainte de représailles accrues, dans un pays où le narcotrafic reste un défi sécuritaire majeur.



