Émeutes à Tamoun : la colère contre l'Autorité palestinienne éclate en Cisjordanie
Dans une rue de Tamoun, en Cisjordanie, les vestiges d'une barricade érigée après l'attaque de la voiture d'un homme par les forces de sécurité palestiniennes, qui a entraîné la mort de son fils de 15 ans le 24 février 2026, témoignent d'une tension palpable. Sur une centaine de mètres, la chaussée est jonchée de pierres, de gravats, de poubelles calcinées et de marques de pneus brûlés. Les restes de cette barricade obstruent toujours le passage des véhicules, symbolisant le conflit qui secoue cette localité.
Une petite ville en ébullition
Tamoun, une petite ville de 14 000 habitants située dans le nord de la Cisjordanie, au cœur d'une région agricole fertile qui approvisionne une partie significative du territoire, a vécu plusieurs soirées d'émeutes au cours des dix derniers jours. Fait notable, la cible de ces violences n'était pas l'armée israélienne, pourtant très active dans cette zone de la Palestine occupée depuis cinquante-neuf ans, mais bien l'Autorité palestinienne (AP) et ses services de sécurité. Les habitants accusent ces derniers de commettre des actes de violence, un épisode qui met en lumière la situation particulièrement difficile du régime du président Mahmoud Abbas.
Ce dernier est contraint de coopérer avec l'État hébreu, une stratégie qui risque d'éroder davantage ce qui lui reste de légitimité dans l'opinion publique palestinienne. La colère a atteint son paroxysme suite aux événements du 15 février, lorsque les forces de sécurité palestiniennes ont tenté d'arrêter Samer Samara, une figure locale âgée de 44 ans.
Une intervention tragique
Samer Samara, qui avait été emprisonné pendant cinq ans à la suite de la deuxième Intifada en 2005 et était recherché par les autorités israéliennes depuis huit ans, était suspecté d'appartenir à un groupe nationaliste armé. Pour procéder à son interpellation, les policiers ont tiré à de nombreuses reprises sur son véhicule, causant des conséquences dramatiques. Son fils Ali, âgé de 15 ans, a été mortellement touché par deux balles dans le torse, tandis que sa fille Ronza, âgée de 5 ans et qui se trouvait dans les bras de sa mère, a perdu son œil droit.
Cet incident a servi de catalyseur à la colère latente, transformant Tamoun en un symbole des tensions internes qui minent l'Autorité palestinienne. Les émeutes qui ont suivi reflètent un profond mécontentement envers un régime perçu comme trop conciliant avec Israël et trop répressif envers sa propre population.
Les débris et les barricades qui encombrent les rues de Tamoun ne sont pas seulement des traces matérielles de violences passées ; ils incarnent les fractures politiques et sociales qui persistent en Cisjordanie. Alors que Mahmoud Abbas tente de naviguer entre coopération nécessaire et maintien de sa crédibilité, des épisodes comme celui-ci rappellent la fragilité de son autorité et les défis auxquels fait face la gouvernance palestinienne dans un contexte d'occupation prolongée.



