Liban : un million de déplacés fuient les frappes israéliennes, la peur de Gaza s'installe
Les bombardements israéliens, qui se multiplient dangereusement au Liban, ont déjà provoqué la mort de centaines de personnes. Ils ont également contraint près d'un million d'individus à abandonner leurs foyers, tandis que l'étau militaire se resserre inexorablement et que l'occupation du territoire s'étend progressivement.
Une église en deuil, symbole de la tragédie
Ce matin du 10 mars 2026, l'église Saint-Antoine-le-Grand à Beyrouth déborde de monde. Le tintement des cloches se mêle au bourdonnement métallique des drones israéliens qui, de nuit comme de jour, survolent sans relâche la capitale libanaise. Les visages endeuillés affluent pour rendre un dernier hommage à Sami Youssef al-Ghafri, tué le 8 mars par une frappe israélienne dans le village chrétien d'Alma el-Chaab, situé à quelques kilomètres seulement de la frontière.
La peine circule à voix basse parmi l'assistance. « Il ne faisait qu'arroser ses plantes », répète avec émotion Milat, un ami proche du défunt. Durant la guerre de l'automne 2024, opposant Israël au Hezbollah, tous deux avaient refusé de quitter leur village malgré la proximité croissante des bombes. « Nous étions les derniers à partir et les premiers de retour pour rebâtir nos maisons détruites par l'armée israélienne », confie-t-il, la voix tremblante.
L'évacuation forcée des derniers habitants
Parmi la foule qui emplit l'église se trouvent les derniers habitants d'Alma el-Chaab, évacués récemment sous escorte des blindés de la Finul, la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Certains s'étaient retranchés pendant plus d'une semaine dans le sous-sol de leur église, jurant de ne jamais quitter leur village ancestral. Aujourd'hui, contraints à l'exil, ils portent le poids d'une décision qu'ils n'auraient jamais voulu prendre.
Le maire d'Alma el-Chaab avance lentement entre les rangées de silhouettes drapées de noir, lui aussi arrivé du sud escorté par les casques bleus. Ses traits tirés trahissent l'angoisse et la résignation. À tous ceux qui viennent lui serrer la main, il martèle inlassablement le même message : « Ils vont faire ici comme à Gaza », une phrase qui résume la crainte grandissante d'une répétition du scénario catastrophique de la bande de Gaza.
Une situation humanitaire critique
Les frappes israéliennes sur la ville de Nabatieh, à une cinquantaine de kilomètres de Beyrouth, illustrent l'intensification des hostilités. Les bombardements ne cessent de s'amplifier, transformant des régions entières en zones de conflit actif. Les déplacements massifs de population créent une crise humanitaire majeure, avec des familles entières cherchant désespérément un refuge sûr.
Les témoignages se multiplient, décrivant des scènes de panique et de destruction. Les infrastructures civiles sont régulièrement touchées, aggravant encore les conditions de vie déjà précaires. La communauté internationale observe avec inquiétude cette escalade, mais les actions concrètes restent limitées face à l'avancée militaire israélienne.
Alors que le bourdonnement des drones devient le fond sonore permanent de Beyrouth, la population libanaise vit dans la peur constante des prochaines frappes. L'exode forcé de près d'un million de personnes marque un tournant dramatique dans ce conflit, laissant présager des jours encore plus sombres à venir.



