Au Liban, la guerre comme normalité : trois familles témoignent d'un conflit sans fin
Liban : trois familles témoignent de la guerre comme normalité

Au Liban, la guerre comme normalité : trois familles témoignent d'un conflit sans fin

Dans un pays marqué par une longue histoire conflictuelle, les habitants de Beyrouth voient leur nation s'embraser à nouveau. Les lignes de démarcation, bien qu'invisibles, persistent dans les esprits, divisant toujours les communautés chrétienne, chiite et palestinienne. Pour trois familles libanaises, la guerre est devenue leur quotidien, une normalité douloureuse qu'elles décrivent avec une lucidité poignante.

Refugiés dans l'ouest de Beyrouth : l'exode d'une famille chiite

Une famille de musulmans chiites a trouvé refuge dans un appartement du sud-ouest de Beyrouth après avoir été chassée du sud du Liban. Hoda, la mère de famille, observe depuis son nouveau logement un paysage transformé par la violence. « Notre normalité, c'est la guerre », confie-t-elle, résumant le sentiment partagé par de nombreux Libanais. Du balcon, si les arbres ne masquaient pas la vue, on apercevrait la fumée s'élevant de Dahiyeh, la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée sans relâche. L'apocalypse semble toujours proche, mais la vie continue malgré tout.

Dans un quartier chrétien préservé : l'angoisse des bombardements

L'écrivain Charif Majdalani, qui raconte son enfance dans la guerre dans « Le Nom des rois » (Stock, 2025), et son épouse Nayla, psychothérapeute, habitent dans un quartier à majorité chrétienne relativement épargné par les frappes directes. Mais ils entendent tout. « Il n'y a pas de système d'alerte au Liban, seulement des avis d'évacuation d'Israël », explique Charif. Souvent, les miliciens tirent en l'air pour prévenir les habitants, créant une alerte improvisée et terrifiante. Quand le bruit des coups de feu parvient à leurs oreilles, ils savent que les bombes vont bientôt tomber.

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Cet appartement est celui où Charif vivait enfant, et sur le mur, des impacts de balles datant de la guerre civile sont encore visibles. « On était pile sur la ligne de démarcation », se souvient-il. Un jour, un obus était tombé juste en face. Les francs-tireurs échangeaient des coups de feu, et leur maison se trouvait sur la trajectrice, un souvenir qui hante toujours les lieux.

Les divisions persistantes et l'absence de sécurité

Les témoignages de ces familles révèlent plusieurs réalités crues du conflit libanais :

  • L'absence d'infrastructures de sécurité : aucun système d'alerte national n'existe, laissant les habitants dépendre d'avis étrangers ou de signaux improvisés.
  • La persistance des divisions communautaires : même si les lignes physiques ont disparu, les frontières mentales entre chrétiens, chiites et palestiniens restent bien présentes.
  • La normalisation de la violence : pour beaucoup, la guerre est devenue un état permanent, intégré dans le quotidien malgré son horreur.
  • La mémoire des conflits passés : les traces de la guerre civile, comme les impacts de balles, rappellent que l'histoire se répète tragiquement.

Alors que Beyrouth continue de vivre au rythme des bombardements et des alertes précaires, ces trois familles incarnent la résilience d'un peuple confronté à un conflit sans fin. Leur récit souligne combien, au Liban, la guerre n'est plus un événement exceptionnel, mais une réalité quotidienne qui façonne les existences et les mémoires.

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