Exode massif au Liban sous les bombardements israéliens
Un départ précipité, une vie abandonnée en quelques minutes. Jeudi 5 mars, Lina*, mère de cinq enfants, a fui le sud du Liban dans la panique. « Quand les frappes ont commencé, je n'ai eu que quelques minutes pour réveiller mes enfants et fuir », confie-t-elle à l'ONG Care. « Je les ai attrapés et nous avons couru avec seulement les vêtements que nous portions. » Ce jour-là, l'armée israélienne avait émis un ordre d'évacuation d'urgence sur une vaste zone du sud libanais, plongeant des milliers de familles dans la précarité.
Une guerre régionale qui s'intensifie
Depuis le 2 mars, le Liban est entraîné dans la guerre contre l'Iran menée par les États-Unis et Israël, suite à une attaque du Hezbollah contre Israël. Le mouvement pro-iranien entendait « venger » la mort du guide suprême, Ali Khamenei. Les représailles israéliennes sont désormais quasi quotidiennes, créant un climat de terreur permanent.
« Beyrouth est bombardé tous les jours, c'est très compliqué d'être au Liban aujourd'hui sans entendre ou voir un bombardement », décrit Hassan El Sayed, coordinateur de terrain de l'ONG Solidarités International. Déployé en urgence à Saïda, dans le sud du Liban, il témoigne du survol quotidien des drones et de leur bruit caractéristique. « Les gens ont peur, ça peut tomber du ciel à n'importe quel moment. Vous vivez avec cette idée que vous pouvez mourir n'importe quand. »
700 000 déplacés et un pays paralysé
En une semaine seulement, près de 700 000 personnes ont été déplacées à travers le pays selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés. La majorité a fui le sud du pays et le sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Hassan El Sayed décrit « un sentiment de surpopulation lié aux déplacements massifs » à Saïda, pourtant moins bombardée que d'autres villes.
D'immenses embouteillages paralysent la troisième ville du Liban, tandis que « des villes ou villages, bombardés plus régulièrement, sont fantômes. Il n'y a plus rien », insiste l'humanitaire. Les déplacés se réfugient chez des proches, dans des immeubles abandonnés, ou louent des appartements à des prix exorbitants. « Les gens sont obligés de payer jusqu'à 200 dollars la journée pour des appartements qui se louaient 200 dollars par mois », dénonce Hassan El Sayed.
La précarité extrême des abris collectifs
Lina et sa famille ont finalement trouvé refuge à Beyrouth dans un des 500 abris collectifs ouverts par le gouvernement. Près de 110 000 personnes dorment dans ces gymnases ou écoles fermées, dans des conditions particulièrement précaires. Tout manque : eau, nourriture, matelas, couvertures, produits d'hygiène. Certains dorment même à la rue.
« Mes enfants n'arrêtent pas de demander quand nous rentrerons à la maison, et je me sens impuissante car je ne connais pas la réponse », poursuit Lina. « Chaque bruit fort les fait sursauter. J'ai l'impression qu'on m'a arraché le cœur, et tout ce que je peux faire, c'est les serrer dans mes bras et prier pour notre sécurité. »
Une génération traumatisée
Zayn*, adolescent de 16 ans ayant fui le sud pour Beyrouth, souffre également des conditions de vie dans les abris. « La plupart du temps, je reste assis, à fixer le vide, à écouter les informations et les frappes aériennes, avec la sensation que ma vie est en suspens », témoigne-t-il auprès de l'ONG Care.
Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, les violations sont régulières. Israël continue de pilonner les zones frontalières pour anéantir les positions du Hezbollah. Mais depuis dix jours, « les ordres d'évacuation concernent des zones très larges », commente Hassan El Sayed. « C'est extrêmement brutal pour les gens, qui vivent un deuxième cauchemar. »
* Les prénoms ont été modifiés pour protéger l'identité des témoins.



