Hongrie : le Kremlin déploie une campagne d'influence pour sauver Viktor Orban
Le Kremlin déploie une campagne pour sauver Orban en Hongrie

Le Kremlin mobilisé pour le maintien de Viktor Orban au pouvoir

En Europe, les dirigeants entretenant des relations chaleureuses avec Vladimir Poutine se font rares. Outre l'allié historique biélorusse Alexandre Loukachenko, le président russe peut compter sur le président serbe Aleksandar Vučić et le Premier ministre slovaque Robert Fico. Mais une figure suscite un intérêt particulier du Kremlin : Viktor Orban. Chef du gouvernement hongrois depuis 2010, ce dernier n'a jamais caché sa proximité avec son homologue à Moscou.

Cette entente persiste malgré la guerre en Ukraine. Le conflit n'a pas empêché le conservateur de se rendre à plusieurs reprises à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine, à qui il a promis en novembre dernier de continuer à se fournir en hydrocarbures russes. Un soutien rare et précieux pour l'ex-espion du KGB, qui compte bien remercier Viktor Orban de sa sympathie.

Des élections cruciales pour l'avenir de la Hongrie

Le 12 avril prochain, les électeurs hongrois seront appelés aux urnes pour un nouveau scrutin législatif. Après des années de domination sans partage du pouvoir, l'actuel Premier ministre fait face à un opposant mieux placé que lui dans les sondages. Peter Magyar, ex-membre du Fidesz, le parti de Viktor Orban, menace sérieusement sa place au pouvoir.

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Les enquêtes d'opinion attribuent à ce candidat pro-européen une avance d'environ 10 points sur son ancien allié. La perspective d'une Hongrie sous l'administration d'un gouvernement plus critique de la Russie est inconcevable pour Vladimir Poutine, dont les services ont approuvé un vaste plan de communication pour promouvoir Viktor Orban.

Une campagne de communication orchestrée depuis Moscou

Cette campagne, révélée vendredi 13 mars par le Financial Times, a été imaginée par la Social Design Agency, une agence de communication proche du pouvoir russe. Le quotidien britannique a pu consulter une note rédigée par ce cabinet à la fin de l'année dernière, proposant plusieurs mesures pour mettre en avant l'action de Viktor Orban.

L'objectif est de présenter Orban comme un "dirigeant fort, bénéficiant d'amis dans le monde entier". Des "amis" tels que Vladimir Poutine, mais aussi le président américain Donald Trump. À l'inverse, le document indique que Peter Magyar doit apparaître comme une "marionnette de Bruxelles, sans soutien extérieur".

Des "attaques informationnelles" sur les réseaux sociaux

En pratique, la Social Design Agency recommande de mener des "attaques informationnelles" sur les réseaux sociaux. Le principe consiste à rédiger des milliers de messages depuis la Russie, puis à les publier en masse sur différentes plateformes pour influencer l'opinion publique hongroise, souvent au moyen de fausses informations.

Par le passé, Moscou a déjà été pointé du doigt pour des ingérences de ce type dans d'autres pays européens :

  • À l'automne dernier, la Moldavie a fait l'objet d'une "campagne de désinformation sans précédent" de la part de la Russie avant l'élection présidentielle
  • En 2024, des soupçons similaires ont contraint la Roumanie à annuler son scrutin pour désigner son nouveau dirigeant

Des agents du renseignement russe à Budapest

En Hongrie, les suspicions envers la Russie sont renforcées après la révélation, la semaine dernière, de l'affectation à l'ambassade russe à Budapest de trois officiers du GRU, le renseignement militaire de Moscou. Selon le média indépendant VSquare, à l'origine de l'information, ces agents seraient directement placés sous l'autorité de Sergueï Kirienko, le chef de cabinet adjoint de Vladimir Poutine.

Cette figure du pouvoir russe est habituée aux manœuvres de déstabilisation informationnelle à l'étranger, selon les sources interrogées dans cette enquête. VSquare affirme que la présence de cette équipe dans la capitale hongroise vise à interférer dans la prochaine élection, ce que Moscou et Budapest démentent formellement.

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La contre-attaque de l'opposition hongroise

Sur le plan politique, Peter Magyar a déclaré mardi 10 mars avoir pris connaissance d'éléments montrant qu'une campagne de désinformation réalisée "avec l'aide des services de renseignement russes" avait été préparée par le Kremlin. Il s'agirait selon lui de "14 vidéos diffamatoires générées par l'IA" destinées à être relayées sur les réseaux sociaux.

Plus tôt dans la campagne, l'opposant à Viktor Orban avait également pris les devants en prévenant de la mise en ligne d'une potentielle sextape le concernant. Cette vidéo, "possiblement truquée", aurait été "enregistrée avec du matériel des services secrets", avait-il expliqué, accusant explicitement le Fidesz d'en être le commanditaire.

"En anticipant ce qui va se passer, nous espérons le neutraliser…", a expliqué Zoltan Tarr, le bras droit du principal adversaire de Viktor Orban, auprès de Politico. "Chaque fois que nous avions des informations, [Peter Magyar] les a rendues publiques immédiatement."

Une campagne électorale marquée par la question ukrainienne

Depuis plusieurs mois, le Fidesz cible particulièrement Peter Magyar sur sa position vis-à-vis de la guerre en Ukraine. Là où Viktor Orban n'a cessé de freiner le vote des différentes séries de sanctions initiées par l'Union européenne, le leader de Tisza pourrait être davantage compatible avec la ligne portée par Bruxelles vis-à-vis de Kiev.

Les médias contrôlés par le pouvoir n'hésitent pas à le qualifier de "marionnette de Kiev et de Bruxelles". L'actuel Premier ministre hongrois, aux relations glaciales avec le gouvernement de Volodymyr Zelensky, alimente dans cette campagne électorale la peur de l'Ukraine pour gagner des voix. Un discours qui, une fois encore, plaît à Vladimir Poutine.