L'Île de Kharg, cible stratégique dans l'escalade américano-israélienne contre l'Iran
Ce dimanche 8 mars, Téhéran s'est réveillé sous une épaisse fumée noire après des frappes israéliennes sur des dépôts de pétrole de la capitale iranienne. Cette première attaque sur des sites énergétiques pourrait laisser augurer d'une autre, bien plus stratégique, sur l'Île de Kharg. Cet îlot de 25 km², soit un quart de la surface de Paris, constitue en effet le cœur de l'économie pétrolière de l'Iran.
Le cœur battant du pétrole iranien
Surnommée « l'île au pétrole », Kharg abrite le principal terminal gérant plus de 90 % des exportations de pétrole iraniennes. Reliée via des pipelines à différents sites d'extraction, notamment les champs pétrolifères de Khouzestan et des réservoirs sous-marins du Golfe, l'île dispose de cuves de rétention pouvant accueillir l'équivalent de sept millions de barils de pétrole par jour et de quais adaptés au chargement des pétroliers.
Selon Jean-Pierre Favennec, conseiller et spécialiste en énergie, l'Iran, avant le début de la guerre, produisait entre 3 et 4 millions de barils par jour. Cette production représente une manne financière colossale pour le régime.
Une source de revenus vitale pour les Gardiens de la révolution
L'importance stratégique de l'Île de Kharg réside surtout dans son rôle de principale source de revenus des Gardiens de la révolution. Cette milice perçoit environ 50 % des exportations de pétrole du pays, ce qui lui permet de financer les fonctionnaires, les forces armées, les milices régionales et tout l'appareil sécuritaire du régime.
Privés de cette ressource, les Gardiens de la révolution se trouveraient en très grande difficulté dans la guerre qu'ils mènent pour leur survie. Une note de la CIA, rédigée en 1984 et déclassifiée en 2010, soulignait déjà que « les installations pétrolières de l'île de Kharg sont vitales pour le système pétrolier iranien et leur fonctionnement continu est essentiel à la prospérité économique de l'Iran ».
Les intentions américaines : un scénario à la vénézuélienne ?
Si Chris Wright, le ministre de l'Énergie américain, a assuré sur CNN que les États-Unis ne « prévoient pas de viser l'industrie pétrolière iranienne », des sources citées par Axios indiquent que la Maison Blanche aurait étudié ces derniers jours la possibilité de prendre le contrôle de l'Île de Kharg. Une manœuvre qui rappellerait la stratégie employée au Venezuela, où Donald Trump avait pris possession du pétrole après l'enlèvement de Nicolas Maduro.
Le président américain clame depuis des jours qu'il aura son mot à dire dans la désignation du successeur d'Ali Khamenei, tué par des frappes américaines le 28 février dernier. Selon l'historien Guy Laron, avant le déclenchement de l'opération Epic Fury, l'Iran a augmenté ses exportations de 1,5 million à 4 millions de barils par jour, signe que les Iraniens « ne croient pas qu'il cherche à instaurer un changement de régime [...] Il ne vise qu'à s'emparer du pétrole ».
La Chine, un frein potentiel à l'intervention américaine
Un « but de guerre » plus délicat à mener qu'en Amérique latine, notamment à cause de la présence de la Chine dans l'équation. En effet, près de 90 % du pétrole iranien est destiné à l'Empire du Milieu, qui ne verrait sans doute pas d'un bon œil une intervention américaine après avoir déjà perdu le Venezuela.
Cela obligerait Pékin à se tourner davantage vers la Russie et Vladimir Poutine, créant ainsi des tensions supplémentaires avec les États-Unis. Des tensions que Donald Trump préférerait sans doute éviter, même s'il n'a pas exclu, ces derniers jours, une intervention militaire terrestre en Iran.
Selon Bloomberg, si le détroit est paralysé depuis plusieurs jours, des opérations de chargement et de transit ont encore eu lieu récemment sur l'île. La situation reste donc volatile, et l'Île de Kharg pourrait bien devenir l'épicentre d'une nouvelle escalade dans la région.



