Mort de Khamenei : l'onde de choc dans la diaspora iranienne du Sud-Ouest français
Khamenei tué : réactions de la diaspora iranienne en France

La mort de Khamenei résonne dans les communautés iraniennes du Sud-Ouest

L'annonce de la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors d'une opération militaire conjointe américano-israélienne contre l'Iran, a créé des secousses émotionnelles jusqu'en France, particulièrement dans le Sud-Ouest où de nombreux Iraniens opposés au régime islamiste ont trouvé refuge depuis la Révolution de 1979.

Des exilés entre espoir et inquiétude

À Pau, Faramarz Enjilela, 68 ans et exilé depuis plus de quarante ans, exprime son angoisse : « Les communications sont coupées. Je n'ai pas de nouvelles des miens, je suis très inquiet. » Cet ancien commerçant, branché sur la télévision depuis samedi, craint une terrible répression contre les manifestants en Iran.

À Bergerac, Masrour Makaremi, réfugié en France après l'assassinat de sa mère en 1986, a eu des nouvelles fragmentaires : « J'ai réussi à joindre un membre de ma famille samedi matin, avant la coupure des réseaux. Il criait 'Liberté !' à la fenêtre. » Né à Chiraz deux ans avant la Révolution, il a fui avec son père et sa sœur après la mort de sa mère, soupçonnée d'opposition au régime.

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Réactions contrastées dans la région

À Mérignac, Panthéa Kian, coordinatrice du collectif Solidarité Iran-Bordeaux, décrit une atmosphère particulière : « La nouvelle de la mort de Khamenei s'est répandue, il y a une joie indescriptible dans les rues de Téhéran. » Mais elle a pu joindre sa sœur juste avant le black-out total des communications.

Hossein Aminian, galeriste exilé à Bordeaux depuis quarante-sept ans, tempère cet enthousiasme : « Ma famille est très inquiète pour la suite. Les magasins commencent à être pillés à Téhéran. Les Gardiens de la Révolution sont armés jusqu'aux dents. Ils ne lâcheront pas le pouvoir facilement. »

Un avenir incertain pour l'Iran

Faramarz Enjilela résume l'état d'esprit ambivalent : « Cette intervention a été décidée entre Netanyahou et Trump. Mais le résultat est là : un tyran a été assassiné. L'avenir s'éclaircit. » Masrour Makaremi ajoute avec émotion : « Les bourreaux de ma famille ont disparu. »

Son père, Hassan Makaremi, exprime des sentiments contradictoires : « Je suis profondément triste, aucune guerre ne peut résoudre le problème des peuples. Mais le guide suprême est responsable de la mort de dizaine de milliers de personnes. Personne ne va pleurer sa mort. »

Sur le bassin d'Arcachon, le chef d'orchestre franco-iranien Pejman Memarzadeh reste prudent : « Une guerre, on sait quand elle commence, jamais quand elle se termine. » Il veut cependant croire à un moment historique : « La tête du régime a été décapitée. Mes pensées vont au peuple iranien, réprimé de façon sanguinaire par ce régime. »

Les enjeux géopolitiques et l'avenir

Masrour Makaremi, orthodontiste à Bergerac, reconnaît les violations du droit international mais souligne : « La grande majorité des Iraniens demandaient l'intervention des forces étrangères depuis des années. »

Panthéa Kian, réfugiée depuis 1980, critique l'absence de réponse occidentale antérieure : « Le peuple a tenté de se soulever, il a été massacré. Dans ses statuts de l'ONU, il y a l'obligation de venir en aide aux peuples opprimés. » Elle reconnaît cependant les intérêts géopolitiques et commerciaux de Trump et Netanyahou.

Qui pour diriger la transition ?

Faramarz Enjilela est catégorique : « Ce régime ne peut pas durer. Il n'a plus de tête et aucune légitimité, surtout depuis la répression des manifestations à l'arme de guerre en janvier. Près de 40 000 morts. Il faut trouver une solution dans le peuple iranien. » Si le nom de Reza Pahlavi, fils du dernier shah, circule, il estime qu'il ne peut prendre seul la direction.

Hassan Makaremi alerte sur les risques : « Sera-t-il protégé s'il revient ? N'oublions pas qu'il y a plusieurs groupes ethniques en Iran, certains sont lourdement armés. Le risque d'implosion du pays est réel. »

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Espoirs pour l'avenir

Pejman Memarzadeh espère que la lauréate du prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi, s'impliquera dans la reconstruction : « J'espère que le peuple iranien va reprendre l'écriture de sa propre histoire. »

Hossein Aminian partage cet optimisme prudent : « L'Iran n'a jamais été aussi proche de la liberté. » Panthéa Kian estime que l'ayatollah intérimaire Alireza Arafi « n'a aucune légitimité » et que « le peuple va prendre en main son destin pour tourner la page de cette oligarchie militaro-religieuse. » Elle ne craint pas le démantèlement du pays, faisant confiance à la conscience politique des Iraniens.