Le journal de guerre de deux sœurs ukrainiennes : quatre ans d'épuisement et de résilience
Depuis le début de l'invasion russe le 24 février 2022, Olga et Sasha Kurovska, deux sœurs ukrainiennes âgées de 36 et 38 ans, documentent leurs vies ordinaires prises dans la tourmente de la guerre. L'une réside à Kiev, l'autre à Paris, où elle s'est installée en 2016. Leurs témoignages, recueillis dans M le mag, révèlent l'épuisement profond causé par un conflit dont elles n'entrevoient pas l'issue.
Une routine marquée par l'angoisse permanente
Olga, rencontrée dans un bistrot parisien près du métro Bastille, décrit une réalité quotidienne hantée par la guerre. « Quand le moment de me coucher arrive, je commence à entendre les bruits de petits tambours dans ma tête, ce sont les percussions de la peur », confie-t-elle. Malgré les 2 000 kilomètres qui la séparent des combats, son cœur reste ancré en Ukraine, où vivent ses proches.
« C'est bête, mais quand je me réveille le matin, je me rends compte que la guerre est toujours là. J'ai l'impression qu'on est coincés dans cette période sans espoir », ajoute-t-elle doucement. Cette anxiété constante transforme chaque journée en un combat mental, rendu plus difficile par le sentiment d'incompréhension de ceux qui ne vivent pas la guerre.
Un journal intime au-delà de l'actualité guerrière
Leur projet initial, lancé aux premiers jours de l'invasion, n'était pas destiné à durer mille cinq cents jours. Pourtant, leurs écrits ont évolué pour englober bien plus que les événements militaires. Elles y abordent :
- La langue ukrainienne et la poésie
- Leurs souvenirs d'enfance et l'histoire familiale
- Leurs relations amoureuses
- La naissance de leurs fils, Zakary et Marian
Ces sujets offrent des respirations précieuses face aux réalités brutales de la guerre : alertes aériennes, drones meurtriers, négociations fantoches, amis partant au front, et pénuries chroniques de chauffage et d'électricité.
La transformation personnelle face à l'épreuve
Le temps a laissé des traces visibles sur Olga. Dans ce même bistrot où elle est venue tant de fois ces quatre dernières années, parfois accompagnée de son fils de bientôt 2 ans, son apparence a changé. Ses cheveux, autrefois courts, sont maintenant relevés en une longue queue-de-cheval méchée d'argent. Le décor du café est resté identique, mais la femme qui s'y assoit a été transformée par l'épreuve.
Ces milliers de lignes écrites constituent un témoignage unique de résilience. Elles capturent comment l'anormal devient familier, comment la vie continue malgré tout, et comment deux sœurs tentent de préserver leur humanité dans un contexte de violence permanente. Leur histoire rappelle que derrière les chiffres et les stratégies militaires, il y a des vies individuelles brisées et reconstruites jour après jour.



