Israël après le 7-Octobre : entre reconstruction et mémoire des 1 200 victimes
Israël après le 7-Octobre : reconstruction et mémoire des victimes

Israël face au défi de la reconstruction après l'attaque du 7-Octobre

Plus de deux années se sont écoulées depuis l'attaque meurtrière du Hamas le 7-Octobre, un événement qui a profondément marqué la société israélienne avec la perte de 1 200 vies. Alors que le dernier otage a été rapatrié récemment, le pays tente péniblement de tourner la page, mais la reconstruction reste indissociable du souvenir des victimes et des traumatismes persistants.

Le kibboutz Nir Oz : un lieu figé dans l'horreur

Au kibboutz Nir Oz, situé à la lisière de la bande de Gaza, la nature a lentement repris ses droits sur les gravats et les traces du drame. Les cactées ont repoussé, masquant partiellement les odeurs de sang, de mort et de feu qui imprégnaient les lieux. Un quart des habitants de cette communauté a péri lors de l'assaut, un chiffre qui illustre l'ampleur de la tragédie.

Juste de l'autre côté des barbelés frontaliers, les ruines encore fumantes de Gaza sont visibles à l'œil nu, rappel constant du conflit. Selon les estimations de l'ONU, au moins 70 000 Palestiniens auraient été tués dans la riposte israélienne, bien que l'accès à la zone reste restreint pour les journalistes, rendant difficile toute évaluation précise.

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Le dilemme de la mémoire : reconstruire ou conserver ?

Le kibboutz Nir Oz est aujourd'hui confronté à un choix déchirant : faut-il détruire et reconstruire les bâtiments, ou les laisser en l'état pour documenter l'histoire ? Pour l'instant, la quasi-totalité du site reste figée dans l'horreur. Derrière les vitres criblées de balles, les portraits des otages et des défunts s'affichent dès le hall d'entrée, y compris celui d'un bébé de quelques mois.

Dans la salle d'activités des enfants, des dessins inachevés jonchent le sol, les pots de peinture sont restés ouverts, créant l'illusion douloureuse que les bambins pourraient revenir à tout moment. Ils ne reviendront pas. Les pavillons résidentiels, intacts, sont envahis par les lambeaux de vie abandonnés : jouets d'enfants, escarpins de femme, vélos.

La réponse semble s'esquisser à mi-chemin entre destruction et conservation. Certaines maisons sont en cours de démolition par des pelleteuses, tandis que dans d'autres, comme ce pavillon où un père de famille a été tué, la veuve a décidé de ne rien toucher, transformant le lieu en offrande contre le négationnisme.

Le poids du traumatisme collectif

Le retour de la dépouille du dernier otage, Ran Gvili, un policier de 24 ans, le 26 janvier, a marqué une étape symbolique. "Pour les Israéliens, il était impossible de s'autoriser à vivre avant le retour de tous les otages", explique la psychiatre responsable du programme Back to life à l'hôpital Sheba de Jérusalem, un protocole de prise en charge du stress post-traumatique.

Le traumatisme du 7-Octobre a réveillé des blessures profondes, notamment celle de la Shoah. "Chez les rescapés ou les orphelins, tout est revenu en mémoire : la peur, les cauchemars, les techniques de cache", témoigne Valérie Spira, présidente de l'Association des fils et filles des déportés juifs de France.

Ce traumatisme est exacerbé par un sentiment d'abandon international, Israël étant pointé du doigt pour sa riposte meurtrière à Gaza. Corollaire inquiétant : l'antisémitisme a monté en flèche, jusqu'en France où, selon la ministre déléguée Aurore Bergé, "un jeune sur vingt considère que la Shoah serait une 'invention'".

Les défis politiques et sécuritaires persistants

Malgré le cessez-le-feu négocié le 10 octobre 2025 contre le retour des otages, la trêve reste fragile. Les échos des bombardements résonnent encore dans le désert, rappelant que la paix est précaire. Le gardien du kibboutz Nir Oz, qui devient livide au bruit d'un drone, en est convaincu : "L'avenir ne peut exister que dans la coexistence de deux États".

Comme d'autres, il appelle au départ des responsables politiques israéliens en poste le 7-Octobre, ou au moins à l'examen de leurs responsabilités. Si la Knesset a validé le principe d'une commission d'enquête sur les défaillances politiques et militaires, sa composition fait débat : les familles de victimes exigent une délégation indépendante, tandis que Benjamin Netanyahou imagine une commission d'État.

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Les périls restent multiples :

  • La reconstruction de Gaza bute sur le désarmement du Hamas
  • La Cisjordanie continue d'être convoitée par le gouvernement israélien
  • Les tensions avec l'Iran persistent, avec des forces américaines déjà déployées en Méditerranée

Un enfant israélien de 11 ans, croisé sur le vol Tel-Aviv-Paris, résume cette anxiété : "Je ne sais même pas si je pourrai rentrer chez moi au retour des vacances chez mes grands-parents. Avec l'Iran, ça va encore péter". Ses yeux trahissent une peur qui dépasse son jeune âge, symbole d'un pays encore hanté par ses démons et incertain de son avenir.