Une intervention militaire en Iran présenterait des défis bien supérieurs à ceux du Venezuela
Une attaque américaine en Iran pourrait-elle reproduire les effets de l'opération menée au Venezuela contre Nicolas Maduro le mois dernier ? Permettrait-elle aux États-Unis d'évincer le guide suprême iranien, de faire pression sur son successeur et de garantir la suspension du programme nucléaire ? Le New York Times a interrogé plusieurs spécialistes de la région, et leurs réponses convergent unanimement : intervenir en Iran serait considérablement plus complexe, plus long et plus coûteux qu'au Venezuela.
Des pertes humaines potentielles et un coût politique élevé
Une telle opération entraînerait très probablement des pertes humaines du côté américain, ce qui pourrait coûter cher à Donald Trump à l'approche des élections de mi-mandat. "Il n'existe aucune option militaire simple, peu coûteuse et propre dans le cas de l'Iran", résume Ali Vaez de l'International Crisis Group, une ONG spécialisée dans la résolution des conflits. Bien que l'Iran ait été affaibli par les frappes israélo-américaines de juin dernier, le pays conserve d'importantes capacités militaires et un vaste réseau de forces supplétives régionales.
Un arsenal militaire redoutable et diversifié
L'Iran dispose effectivement de l'un des arsenaux de missiles les plus étendus et les plus diversifiés du Moyen-Orient. Cet arsenal comprend :
- Des drones de combat avancés
- Des armes anti-navires sophistiquées
- Des missiles balistiques capables de parcourir près de 2 000 kilomètres
Une contre-attaque iranienne pourrait cibler les grandes villes israéliennes, un pays dont les stocks d'intercepteurs s'amenuisent après plus de deux ans de conflit à Gaza. Les représailles pourraient également viser d'autres États du Golfe, qui abritent plusieurs bases américaines. Certains pays, comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont déjà interdit aux États-Unis d'utiliser leur espace aérien pour des attaques, en guise de mesure préventive.
Un réseau régional de soutiens étendu
L'Iran n'est pas isolé et pourrait compter sur le soutien de son "axe de la résistance" en cas d'attaque américaine. Téhéran a soutenu et armé diverses milices chiites en Irak, au Liban (Hezbollah) et au Yémen (Houthis), étendant ainsi son influence régionale. Ces forces, bien qu'affaiblies, pourraient riposter contre les forces américaines et leurs alliés, ouvrant plusieurs fronts simultanés et amplifiant le conflit bien au-delà des frontières iraniennes.
Un groupe irakien aligné sur l'Iran a déjà assuré Téhéran de son soutien en cas d'attaque américaine, évoquant de possibles "opérations martyr". Les experts estiment également que les Houthis pourraient reprendre le ciblage du trafic maritime commercial en mer Rouge, comme ils l'avaient fait fin 2023 en soutien au Hamas. L'Iran a de son côté menacé de fermer le détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale par laquelle transite 20% du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié. Toute perturbation risquerait de faire flamber les prix de l'énergie mondiaux.
Une structure de pouvoir complexe et enracinée
Contrairement au Venezuela, renverser le gouvernement iranien ne se résume pas à écarter le guide suprême. Le pouvoir réel en Iran repose sur :
- Une idéologie religieuse et politique profondément enracinée
- Des partisans politiques radicaux déterminés
- Une structure de pouvoir complexe façonnée sur près d'un demi-siècle
"Une opération copiée-collée du Venezuela serait plus difficile à réaliser si l'objectif est une décapitation du régime", explique Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient du think tank Chatham House. La peur d'une guerre régionale serait perçue par de nombreux responsables iraniens comme un facteur susceptible de dissuader Donald Trump.
Des défis géographiques et logistiques majeurs
On ignore s'il existerait en Iran une figure équivalente à Delcy Rodríguez — vice-présidente de Nicolas Maduro et dirigeante par intérim du Venezuela — avec laquelle les responsables américains pourraient travailler si le guide suprême était écarté. Par ailleurs, Téhéran se situe à environ 650 kilomètres à l'intérieur des terres depuis le golfe Persique, une disposition géographique qui complexifie considérablement toute potentielle capture de dirigeants iraniens. En comparaison, Caracas, où Maduro et son épouse ont été enlevés par l'armée américaine le mois dernier, n'est situé qu'à environ 16 kilomètres de la mer des Caraïbes. Rien ne garantit donc que les États-Unis puissent dupliquer leur mode opératoire vénézuélien en Iran.



