Iran : pourquoi le régime islamique résiste malgré les révoltes populaires
Iran : pourquoi le régime islamique résiste aux révoltes

Iran : l'énigme de la résistance du régime face aux soulèvements populaires

Plus de quinze ans après le Mouvement vert de 2009, les prédictions d'effondrement de la République islamique d'Iran se répètent à chaque vague de protestations. Pourtant, le régime persiste. Saeid Golkar, politologue irano-américain et professeur associé à l'université du Tennessee à Chattanooga, analyse cette résilience déconcertante.

Une architecture en "oignon" mal comprise

"La plupart des commentateurs sous-estiment la structure réelle du pouvoir en Iran", affirme Saeid Golkar. Le régime ne fonctionne pas selon l'ordre constitutionnel apparent mais comme un oignon à quatre couches superposées et imbriquées.

Au centre se trouve l'ayatollah Ali Khamenei et son entourage familial immédiat, véritable cœur décisionnel. La deuxième couche comprend les institutions cléricales qui transforment les choix politiques en impératifs divins. La troisième est l'appareil sécuritaire, dominé par le Corps des Gardiens de la révolution islamique. Enfin, la couche la plus externe est la bureaucratie visible, qui ne possède qu'une autonomie limitée.

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Les erreurs d'analyse répétées

"Confondre cette structure avec un État autoritaire conventionnel conduit à des jugements erronés", explique le politologue. Les observateurs qui pensent qu'affaiblir une couche fera tomber l'ensemble du système commettent une erreur fondamentale.

Golkar rejette plusieurs explications couramment avancées :

  • Les revenus pétroliers ne permettent plus d'acheter la loyauté à grande échelle
  • La religiosité ne constitue plus une source de légitimité dans une société profondément sécularisée
  • Les sanctions internationales affectent davantage la population que les élites au pouvoir

La cohésion des élites, clé de la survie

Le système a cultivé pendant des décennies une interdépendance stratégique entre ses différentes composantes. "Les élites cléricales, militaires et sécuritaires ont compris que leur survie est indissociable de celle du cœur du régime", souligne Golkar.

Cette cohésion n'est pas idéologique mais structurelle : carrières, richesses, immunités et sécurité physique des élites dépendent du maintien du système actuel. Tant que le centre tient, l'unité prévaut même face aux troubles sociaux, à la crise économique ou aux pressions internationales.

Scénarios d'évolution possibles

Selon le politologue, plusieurs facteurs souvent présentés comme vulnérabilités ne menacent pas fondamentalement le régime :

  1. L'âge avancé d'Ali Khamenei (86 ans) : en cas de décès naturel, les institutions géreraient rapidement la succession
  2. Les sanctions économiques : elles renforcent souvent les élites au pouvoir en externalisant la responsabilité
  3. Les interventions militaires symboliques : elles pourraient même intensifier la répression

"Seule une action ciblant directement le cœur du régime - l'ayatollah Khamenei et sa famille - pourrait modifier fondamentalement la dynamique interne", estime Golkar. Une telle situation provoquerait une désunion au sein des élites, rendant possibles négociations ou défections stratégiques.

L'opposition en exil et ses limites

Concernant Reza Pahlavi, fils du Chah déchu, Golkar note une évolution : "Aujourd'hui, il est la seule figure de l'opposition largement reconnue en Iran". Son soutien potentiel relèverait davantage du pragmatisme - recherche d'une alternative à la République islamique - que de la nostalgie monarchique.

Cependant, cette notoriété ne se traduit pas automatiquement en pouvoir politique. Le vide de leadership de l'opposition persiste, tandis que le régime maintient sa capacité à réprimer, surveiller et contrôler les élites comme la population.

La conclusion de Saeid Golkar est sans appel : sans comprendre la nature profonde de la République islamique comme État sécuritaire théocratique, les prédictions d'effondrement répéteront indéfiniment les mêmes erreurs d'analyse. La résilience du régime réside dans son architecture même, conçue pour la survie avant la gouvernance.

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