Iran : l'élection de Mojtaba Khamenei, un défi à Trump et une consolidation de la ligne dure
Iran : Mojtaba Khamenei, nouveau guide suprême, défi à Trump

Iran : l'élection de Mojtaba Khamenei, un défi à Trump et une consolidation de la ligne dure

L'élection de Mojtaba Khamenei, religieux de 56 ans, comme nouveau guide suprême de l'Iran, consolide la ligne dure au sein du pouvoir à Téhéran. Fils de l'ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février dans les premières frappes américano-israéliennes, sa succession par l'Assemblée des experts, l'élite religieuse au pouvoir, représente un choix de confrontation directe avec les États-Unis.

Un message sans équivoque adressé à Washington

Le Hezbollah a prêté allégeance, lundi, au nouveau guide suprême, adoubé par le Russe Vladimir Poutine et soutenu par plusieurs milliers de personnes rassemblées sur la place Enghelab de Téhéran. Ce choix défie ouvertement Donald Trump, qui s'est déclaré "pas content". Pour les observateurs, l'élection de Mojtaba Khamenei, ultraconservateur dont l'épouse et la mère ont aussi péri dans les bombardements, envoie un message sans équivoque.

"C'est une grande humiliation pour les États-Unis", analyse Alex Vatanka, chercheur associé au Middle East Institute. "Mener une opération de cette ampleur, prendre tant de risques pour tuer un vieil homme de 86 ans et le voir remplacé par son fils intransigeant, c'est un échec stratégique majeur."

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Un pouvoir consolidé et des conséquences régionales

Dans le système théocratique iranien, le guide suprême détient l'autorité ultime sur les affaires diplomatiques et le programme nucléaire, tout en influençant les orientations du président et du Parlement. Mojtaba Khamenei, déjà présenté comme un "miniguide suprême" avant la mort de son père, va subir une double pression interne et externe.

À quoi peut-on s'attendre ? Plusieurs experts prévoient :

  • Une influence exacerbée du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), qui dominent déjà l'appareil de sécurité et l'économie
  • Un contrôle renforcé de la population et une répression accrue de toute dissidence
  • Des initiatives pour consolider son pouvoir face à une population éprouvée

"Même si la guerre se termine, il y aura une puissante répression intérieure", prédit un responsable régional proche de Téhéran. "Le monde va regretter l'époque de son père."

Un profil controversé et des qualifications contestées

Né en 1969 à Machhad, Mojtaba Khamenei a effectué des études religieuses aux séminaires de Qom, épicentre de la théologie chiite. Il portait jusqu'ici le titre d'hodjatoleslam, inférieur à celui d'ayatollah, et le turban noir du sayyed, le présentant comme un descendant direct du prophète Mahomet.

Pour ses détracteurs, il n'a pas les qualifications religieuses requises pour devenir guide suprême. Sa nomination va aussi à l'encontre de la volonté des fondateurs de la République islamique de rompre avec la tradition dynastique de la monarchie des shahs.

Une cible de longue date pour Washington

Mojtaba Khamenei était depuis longtemps dans le collimateur de Washington, visé depuis 2019 par des sanctions du département du Trésor américain. Les États-Unis le considéraient comme le représentant officiel du guide suprême, "même s'il n'a jamais été élu ni nommé à un poste gouvernemental", hormis son travail dans le cabinet paternel.

Le Trésor américain affirmait qu'il s'était vu confier certaines prérogatives par son père et entretenait d'étroites relations avec le commandant de la force Al-Qods du CGRI, chargée des opérations extérieures, et les Bassidji, milice religieuse affiliée aux Gardiens, "pour promouvoir les objectifs régionaux de déstabilisation et les objectifs intérieurs d'oppression".

Dès 2007, un câble diplomatique américain citait, selon WikiLeaks, trois sources iraniennes le décrivant comme le meilleur moyen d'atteindre Ali Khamenei. Pour Israël, il est désormais devenu le nouvel homme à abattre.

En 2022, Mojtaba Khamenei était déjà une cible privilégiée des manifestants du mouvement "Femme, vie, liberté", protestant contre la mort en détention de l'étudiante Mahsa Amini. Son élection intervient dans un contexte de guerre régionale qui pourrait s'aggraver, avec des répercussions bien au-delà du seul Moyen-Orient.

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