Iran : la menace terroriste après la mort de Khamenei analysée par Bernard Rougier
Iran : menace terroriste après Khamenei selon Bernard Rougier

Iran : la menace terroriste après la mort de Khamenei analysée par Bernard Rougier

Alors que les tensions géopolitiques s'intensifient autour de l'Iran depuis le décès de l'ayatollah Khamenei, la question d'une possible recrudescence du terrorisme plane sur la scène internationale. Bernard Rougier, politologue français spécialiste du Moyen-Orient et de sociologie politique, décrypte pour Le Point les dynamiques internes du régime iranien et les risques potentiels.

Une menace terroriste d'abord interne

Interrogé sur la possibilité d'une vague d'attentats islamistes chiites en Europe ou en France, Bernard Rougier répond avec prudence. « Pour l'heure, pas vraiment », affirme-t-il. Selon l'expert, le premier terrorisme est interne à l'Iran, perpétré par les Pasdarans, le corps paramilitaire des Gardiens de la révolution, lors des révoltes populaires depuis 1999.

La milice islamiste chercherait aujourd'hui à éliminer toute personne ou groupe pouvant présenter une alternative au régime. Les frappes américaines et israéliennes contre les institutions des Gardiens de la révolution pourraient laisser une ouverture à l'armée régulière, cherchant peut-être à faire émerger un interlocuteur militaire contre les Pasdarans.

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Les Gardiens de la révolution semblent avoir compris cette menace, comme en témoigne la nomination d'un Pasdaran, Abdolrahim Mousavi, à la tête de l'armée comme chef d'état-major, afin de mieux encadrer l'institution militaire.

Le coût élevé du terrorisme international

Bernard Rougier souligne que tout acte de terrorisme attribuable à l'Iran serait immédiatement payé au prix fort par de nouveaux bombardements, le pays ayant perdu son système de dissuasion régional avec l'affaiblissement du Hamas et du Hezbollah.

« Si l'Iran se permet de recourir au terrorisme à l'avenir, avec un régime déjà très affaibli, il prend le risque considérable de nouvelles frappes », explique le politologue. Il rappelle que le terrorisme des années 1980 avait des objectifs précis, comme faire cesser l'aide française à l'Irak et obtenir le remboursement de la dette Eurodif.

Le régime, s'il survit aux opérations actuelles, n'aurait pas intérêt à déclencher une vague de terrorisme. Cependant, dans une fuite en avant avec exacerbation de la violence, il pourrait mobiliser tous ses moyens contre des objectifs israéliens ou américains, voire des symboles juifs.

Le peuple iranien, première victime

Le peuple iranien est aujourd'hui celui qui a le plus à craindre de la réponse du régime. Mais Bernard Rougier doute qu'il puisse être la clé pour mettre fin au pouvoir des Gardiens de la révolution.

Les mouvements de contestation, comme les protestations étudiantes de 1999, le mouvement vert de 2009 ou la mort de Mahsa Amini en 2022, s'attachent à des victimes spécifiques mais ne dégagent pas de structures, de syndicats, de partis ou de programmes capables d'incarner une alternative.

« Le régime perd sa légitimité à cause de la répression, sans aucun doute, mais il n'y a pas de relève ni d'alternatives possibles dans le court terme », constate le spécialiste. Paradoxalement, il y avait plus de société civile et de candidats au gouvernement à la fin des années 1970 qu'aujourd'hui.

Un régime affaibli mais résilient

Bernard Rougier note que les Gardiens de la révolution se sont tellement embourgeoisés et ont pris une part si grande dans l'économie qu'ils ont perdu le contact avec les secteurs populaires sur lesquels ils s'appuyaient traditionnellement.

Le régime est très affaibli et a perdu ses figures charismatiques, mais tant qu'il n'y a pas de connexion entre les bombardements extérieurs et une alternative interne, il reste difficile à déloger définitivement.

Le politologue souligne également la capacité du régime à mobiliser la mythologie de la martyrologie, figure clé du chiisme iranien, pour conserver son influence. « Cet imaginaire de la vérité religieuse contre le mal extérieur, c'est la légitimation du régime depuis 47 ans », rappelle-t-il.

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En conclusion, Bernard Rougier estime que si le régime entre dans une phase finale de son existence avec exacerbation de la violence, il pourrait recourir à des opérations terroristes sur le mode du martyre ou de la vengeance. Mais cela signifierait que le régime est déjà fini, et le coût de telles opérations serait bien plus élevé aujourd'hui qu'à l'époque de la guerre froide.