Iran : après la mort du guide suprême, le régime peut-il survivre sans lui ?
Iran : le régime peut-il survivre sans son guide suprême ?

Iran : après la mort du guide suprême, le régime peut-il survivre sans lui ?

Fatima Moussaoui, docteure en sécurité internationale et spécialiste de la projection de puissance iranienne, enseigne à Sciences Po. Dans une interview exclusive, elle livre son analyse sur l'avenir du régime des mollahs après la disparition de son guide suprême.

Un coup dur pour le régime imamite

Le décès du guide suprême représente un coup sévère pour le régime imamite, tant sur le plan de l'influence que de la vision stratégique. Ce protagoniste central avait pris les commandes de la République islamique après la mort de l'Ayatollah Khomeini en 1989. Sa tactique consistait à forger des alliances de haut rang avec les Gardiens de la révolution islamique, une institution qu'il a lui-même façonnée en élargissant son rôle militaire pour s'assurer une présence dans tous les secteurs de la société civile.

Ce régime abrite en son sein des figures missionnaires, les Gardiens de la révolution, profondément enracinés dans la société. Le système est soutenu par une base populaire qui, bien que toujours présente, diminue année après année. Les nouvelles générations, influencées par l'Occident, existent mais ne sont pas encore suffisamment développées pour incarner une nouvelle génération politique.

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L'État islamique d'Iran n'est pas uniquement fondé sur une seule personne, mais sur des institutions gouvernementales solides. Ainsi, il est possible pour le régime de perdurer en s'adaptant à sa nouvelle réalité, malgré la perte de son leader charismatique.

Une opportunité démocratique pour les Iraniens ?

Compte tenu de l'histoire, de la foi et des ambitions du peuple iranien, la jeunesse, profondément nationaliste, a le potentiel de créer son propre modèle, qu'il soit démocratique ou non. Néanmoins, l'action militaire ne constitue pas un atout pour les aider à accomplir cette tâche, mais tend plutôt à immobiliser les réformateurs et à radicaliser la classe missionnaire.

Fatima Moussaoui souligne que les frappes ciblant des chefs militaires, comme celles qui ont confirmé la mort de principaux dirigeants, ne mettront pas fin aux stratégies mises en œuvre. Depuis 1979, l'Iran se prépare à une confrontation avec les États-Unis. La stratégie militaire iranienne de défense a évolué, passant d'une approche de patience stratégique à une méthode de combat en mosaïque dans ce contexte de conflit frontal.

Une société iranienne fracturée

Les images qui nous parviennent d'Iran montrent à la fois des scènes de soutien au régime et des scènes de liesse chez les opposants. La division de la société est indéniable. Cela ne signifie pas nécessairement que cette scission engendrera une révolte contre le régime. Les Iraniens sont éduqués et participent activement à la vie politique, où les institutions jouent un rôle central.

L'exemple des nations qui ont connu un « regime change » et continuent de faire face à une instabilité politique, sécuritaire et économique ne suscite aucun désir chez les Iraniens de se transformer en réfugiés. Si les États-Unis s'engagent à intensifier les divisions ethniques en interne, soit en déplaçant des pions pour son propre avantage tout en consolidant des frappes, cela pourrait conduire à une guerre civile.

En conclusion, Fatima Moussaoui estime que le régime iranien possède une résilience institutionnelle qui lui permet de survivre à la perte de son guide suprême. Cependant, les actions militaires externes risquent de figer les réformateurs et d'exacerber les tensions internes, sans pour autant garantir une transition démocratique.

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