Le conflit en Iran, une bouffée d'oxygène pour Moscou
Igor Delanoë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe et chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), qualifie le conflit en Iran « d'aubaine inespérée » pour la Russie. Cette analyse intervient alors que les prix des hydrocarbures russes connaissent une hausse spectaculaire, offrant un répit bienvenu à l'économie du pays.
Une flambée des prix du pétrole bénéfique
Le baril de brut de l'Oural, référence du pétrole russe, était coté à 59 dollars le 27 février. Depuis, il a atteint les 100 dollars avant de se stabiliser autour de 85 dollars mardi dernier. « C'est un retour en grâce pour cette ressource essentielle pour Moscou », souligne Igor Delanoë. Il précise : « C'est une aubaine assez inespérée, puisque le budget fédéral russe était mis à mal par les prix trop bas des hydrocarbures. C'est une bouffée d'air frais, la question étant de savoir combien de temps ça va durer. »
Cette embellie concerne également le gaz russe, dont la demande devrait augmenter, particulièrement en Asie. De plus, l'Inde, qui avait réduit ses achats de pétrole russe sous la pression de l'administration Trump, va de nouveau en importer après une autorisation des États-Unis. « Les Russes se frottent effectivement les mains, surtout que leur pétrole était vendu avec des rabais qui pouvaient aller jusqu'à 15 dollars le baril, voire plus. Là, ils vont pouvoir faire un rabais moindre. Donc ils vont rentrer plus de sous, avec en plus un blanc-seing accordé par le Trésor américain », explique l'expert.
Des défis structurels persistants
Malgré cette conjoncture favorable, Igor Delanoë met en garde contre un effet trompe-l'œil. L'économie russe, centrée sur les dépenses militaires et dépendante des ventes d'hydrocarbures, reste confrontée à des difficultés profondes. « Le budget fédéral russe dépendait bien moins des ventes d'hydrocarbures en 2025 qu'il y a quelques années. Plus d'argent va rentrer grâce au pétrole mais c'est d'ordre conjoncturel, et l'économie russe fait plutôt face à des défis d'ordre structurels… Ce n'est pas ce qui va faire que d'un coup, tous les voyants vont passer au vert », avertit-il.
Les répercussions géopolitiques
Le conflit en Iran a également des conséquences sur d'autres acteurs, comme l'Ukraine. Kiev dépend notamment des systèmes de défense américains, désormais très sollicités dans le Golfe. « Cette histoire de missiles intercepteurs est probablement une meilleure nouvelle pour la Russie que le prix du pétrole. L'Ukraine risque en effet d'avoir de plus grandes difficultés à les voir arriver chez elle, car la priorité des États-Unis sera donnée à Israël, à ses partenaires dans le Golfe et à la protection de ses bases. Ça, c'est une très mauvaise nouvelle pour les Ukrainiens et à mon avis, les Russes vont très rapidement mettre à profit cette situation », analyse Igor Delanoë.
Enfin, concernant les accusations américaines selon lesquelles Moscou fournirait du renseignement à Téhéran, l'expert estime que cela ne devrait pas provoquer de représailles immédiates. « Pour l'instant, Donald Trump ne semble pas mal le prendre puisqu'il a minimisé cette information. D'autre part, les Russes font à peu près pareil avec les Iraniens que les Américains avec les Ukrainiens. » Il ajoute que cette aide reste discrète pour éviter un retournement de Washington sur le dossier ukrainien.



