Iran : la mort du guide suprême ouvre une période d'incertitude politique majeure
Iran : incertitude politique après la mort du guide suprême

La mort du guide suprême iranien plonge le pays dans l'incertitude politique

Le décès samedi du guide suprême iranien Ali Khamenei, survenu durant la campagne de bombardements américano-israéliens, constitue un coup extrêmement sévère porté contre le régime actuellement en place à Téhéran. Bien qu'une transition se soit rapidement organisée, personne ne sait avec certitude qui prendra durablement le pouvoir pour succéder à Ali Khamenei. Depuis dimanche, c'est un triumvirat qui assure les commandes du pays, composé du président Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï, et d'un juriste éminent du Conseil des gardiens de la Constitution.

Les déclarations de Donald Trump ajoutent à la confusion

Dans une interview exclusive accordée dimanche au New York Times, l'ancien président américain Donald Trump a affirmé posséder « trois très bons choix » de candidats potentiels pour diriger l'Iran dans cette période critique. « Je ne les dévoilerai pas pour l'instant. Finissons d'abord le travail », a-t-il déclaré de manière énigmatique, sans fournir davantage de précisions. En attendant d'en savoir plus sur ces affirmations, les analystes politiques examinent minutieusement les différents scénarios envisageables pour le futur immédiat du pouvoir iranien.

La possibilité d'une continuité du régime

Si Donald Trump a exhorté la population iranienne à agir pour prendre le pouvoir une fois l'offensive militaire achevée, la situation actuelle semble différente. « Le pays paraît tenu avec fermeté », explique Pierre Razoux, directeur des études de la Fédération méditerranéenne d'études stratégiques. « Toutes les mesures nécessaires ont été prises, incluant la fermeture des universités, le quadrillage systématique des villes et la restriction d'accès à Internet, pour prévenir toute manifestation de grande ampleur. Tant que la population ne sera pas convaincue que l'appareil répressif – comprenant environ 600 000 Bassidjis et 250 000 forces de sécurité intérieures – est neutralisé, il reste improbable qu'elle descende à nouveau massivement dans la rue ».

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Le système politique iranien dispose effectivement de procédures établies pour gérer la succession du guide suprême, et la mort d'Ali Khamenei « ne signifie absolument pas la fin d'un régime polycentré et redondant », précise Pierre Razoux. L'expert mise plutôt sur « la continuité du régime avec de nouvelles règles du jeu, peut-être au détriment du clergé traditionnel, mais avec essentiellement les mêmes personnes aux commandes ». « L'orientation future du régime dépendra principalement du choix du nouveau guide suprême », note pour sa part le chercheur Théo Nencini de Sciences Po Grenoble, soulignant l'importance cruciale de cette désignation.

L'hypothèse d'une prise de pouvoir par les Gardiens de la révolution

« L'alternative la plus plausible, c'est la prise de pouvoir directe par les Pasdaran », avance Pierre Razoux, utilisant le nom persan des Gardiens de la révolution. Même si leur chef Mohammed Pakpour a été tué dans les frappes de samedi, le Corps des Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique, représente une force extrêmement organisée et structurée, contrôlant des pans entiers de l'économie nationale.

« En réalité, le rééquilibrage progressif du pouvoir au profit des Gardiens de la révolution s'est déjà opéré depuis plusieurs années. Le guide suprême leur avait déjà ouvert la voie du pouvoir de manière significative », estime Théo Nencini. « Une transition vers un régime plus militarisé sous leur houlette constitue une possibilité réelle, peut-être vers un régime militaire plus classique dépourvu de la logique religieuse chiite actuelle. Cependant, je les vois mal se passer complètement du vernis religieux qui légitime leur autorité », ajoute le chercheur avec prudence.

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Le rôle potentiel de l'armée régulière

Forte d'environ 350 000 hommes selon la publication spécialisée Military Balance 2026, l'armée régulière iranienne « ne pèse pas politiquement aujourd'hui de manière significative, mais elle pourrait avoir un rôle déterminant à jouer à l'avenir si ses dirigeants décident d'emprunter une direction politique différente de celle des Gardiens », estime Théo Nencini.

Pour Pierre Razoux, « le positionnement de l'armée régulière sera crucial, à la fois vis-à-vis des populations civiles, du pouvoir politique et des Gardiens de la révolution ». L'armée est actuellement « au four et au moulin, entièrement occupée à défendre le territoire national » car dans la perspective d'un éventuel virage politique majeur, les militaires devront impérativement « démontrer qu'ils ont parfaitement tenu leur rôle défensif ».

Une opportunité pour l'opposition et le fils du chah ?

L'opposition interne en Iran reste sévèrement réprimée et emprisonnée, comme en témoigne le cas de la lauréate du prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi. Les mouvements d'opposition en exil sont historiquement désunis et fragmentés. Le fils du chah d'Iran déchu, Reza Pahlavi, « est régulièrement mis en avant par les médias occidentaux » et semble bénéficier d'une popularité croissante dans certains cercles, relève Théo Nencini, mais sa crédibilité réelle aux yeux de la population iranienne demeure largement inconnue et incertaine.