Iran : vague d'arrestations contre les réformateurs et nouvelle condamnation pour Narges Mohammadi
Les forces de sécurité iraniennes ont lancé ce lundi 9 février une campagne d’arrestations ciblant des figures du mouvement réformateur, selon un rapport de l’agence de presse AP. Cette opération représente un nouvel élargissement de la répression, intervenant après l’écrasement sanglant des manifestations nationales de janvier, qui ont fait au moins 7 000 morts, avec des estimations allant jusqu’à 20 000 selon le rapporteur spécial de l’ONU, et conduit à l’arrestation de plus de 50 000 personnes.
La militante Narges Mohammadi condamnée à plus de sept ans de prison
Parallèlement, la militante et lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, déjà incarcérée mais ne faisant pas partie du mouvement réformateur, a reçu une nouvelle condamnation de plus de sept ans de prison, selon AP. Cette décision illustre la volonté des autorités de réduire au silence toute voix critique à l’encontre de la répression sanglante menée par la théocratie iranienne. Cette intensification de la répression survient alors que l’Iran se prépare à de nouvelles discussions nucléaires avec les États-Unis dans un climat particulièrement tendu.
Les réformateurs dans le viseur du pouvoir
Au moins quatre membres du mouvement réformateur ont été arrêtés par le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), selon ses responsables. Parmi eux figure Azar Mansouri, la dirigeante du Front des réformateurs iraniens, qui regroupe plusieurs courants politiques et a joué un rôle clé dans l’élection du président Masoud Pezeshkian, toujours en poste malgré son influence limitée face au guide suprême.
Selon le journal Al Jazeera, Javad Emam, porte-parole du Front des réformateurs, a également été arrêté à son domicile, ainsi que Mohsen Aminzadeh, ancien diplomate ayant servi sous le président réformateur Mohammad Khatami. Ebrahim Asgharzadeh, connu pour avoir dirigé les étudiants ayant pris d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, à l’origine de la crise des otages de 444 jours, fait aussi partie des personnes interpellées.
Selon l’agence officielle du régime IRNA, le parquet de Téhéran a confirmé l’arrestation de quatre personnes. Les autorités les accusent d’avoir "organisé et dirigé des activités visant à perturber la situation politique et sociale du pays dans un contexte de menaces militaires de la part des États-Unis et du régime sioniste". Des médias locaux rapportent qu’ils sont accusés d’avoir travaillé "au bénéfice" des États‑Unis et d’Israël en coordonnant notamment la propagande ennemie. Plusieurs autres dirigeants réformistes ont été convoqués.
Contexte des arrestations liées à une déclaration de janvier
En sous-texte, ces arrestations seraient liées à une déclaration publiée en janvier. Dans ce texte, certains réformateurs appelaient publiquement le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 86 ans, à démissionner, et proposaient la mise en place d’un conseil de transition. Néanmoins, selon le journal britannique The Guardian, ce n’était pas le cas de la dirigeante du mouvement Azar Mansouri.
Pour l’analyste de l’International Crisis Group Ali Vaez, qui s’exprime auprès de AP, "après avoir réduit les rues au silence par une cruauté exemplaire, le régime a déplacé son attention vers l’intérieur, fixant désormais son regard sur son opposition loyale". Cette analyse souligne le durcissement du régime face à toute forme de dissidence.
Négociations nucléaires sous pression militaire
Sur le plan international, l’Iran et les États-Unis ont tenu de nouveaux pourparlers nucléaires la semaine dernière à Oman. Mais ce dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a déclaré, lors d’un sommet à Téhéran, que l’Iran maintiendrait sa capacité à enrichir de l’uranium. Cette position reste un point majeur de désaccord avec le président américain Donald Trump, qui a fait bombarder en juin trois sites nucléaires iraniens, durant la guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël.
Ces derniers jours, les États-Unis ont renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient en déployant le porte-avions USS Abraham Lincoln, ainsi que des navires et des avions de combat. Cette démonstration de force vise à augmenter la pression sur l’Iran et à disposer des capacités militaires nécessaires en cas de décision de frappe.
Parallèlement, l’Iran a averti lundi qu’il procéderait à des tirs de "roquettes" de lundi à mardi au-dessus de la province de Semnan, où se situe le port spatial Imam Khomeini. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou doit se rendre à Washington ce 9 février pour convaincre les États-Unis d’inclure dans les négociations avec l’Iran l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, la fin du programme de missiles et la cessation du soutien iranien à ses alliés régionaux.
Cette escalade de la répression interne et des tensions internationales crée un climat d’incertitude, alors que le régime iranien semble déterminé à écraser toute opposition tout en faisant face à des pressions extérieures croissantes.