Les rebelles yéménites entrent en guerre contre Israël
La République islamique d'Iran a reçu un soutien inattendu samedi 28 mars. Exactement un mois après le début des bombardements américains et israéliens sur son territoire, les rebelles houthis du Yémen, au pouvoir à Sanaa depuis septembre 2024, ont revendiqué leurs premières attaques de missiles contre l'État hébreu.
Des déclarations officielles et des opérations militaires
Le général de brigade Yahya Saree a annoncé dans un communiqué diffusé sur X : « Les forces armées yéménites, avec le soutien de Dieu, ont mené leur première opération militaire en tirant un barrage de missiles balistiques visant des positions militaires sensibles de l'ennemi israélien. » Quelques heures plus tard, une seconde attaque contre Israël était confirmée.
Cette entrée en guerre des Houthis, membres de l'« axe de la résistance » façonné par l'Iran depuis quarante ans, surprend par son timing. Le groupe était resté relativement discret depuis le début du conflit régional, malgré son alliance avec Téhéran.
Un pouvoir de nuisance stratégique
Les attaques actuelles rappellent celles menées pendant deux ans par les rebelles yéménites contre Israël en réponse à la guerre à Gaza. Cependant, leur efficacité militaire directe reste limitée :
- La majorité des missiles et drones sont interceptés par la défense antiaérienne israélienne
- La distance géographique entre le Yémen et Israël réduit l'impact des frappes
Maged al-Madhaji, président cofondateur du Sanaa Center for Strategic Studies, explique : « Leur rôle est important à d'autres égards. Ils contribuent à saturer les systèmes de défense israéliens, créant des ouvertures pour l'Iran et le Hezbollah. Ils accroissent aussi la pression économique en ciblant le port d'Eilat. »
La véritable menace : le trafic maritime mondial
Le réel pouvoir de nuisance des Houthis se mesure à leur capacité de perturber le commerce international en mer Rouge. D'octobre 2023 à octobre 2025, leurs attaques contre les navires commerciaux ont entraîné :
- Une chute de 90% du volume de conteneurs transitant par la mer Rouge
- Une explosion des coûts d'assurance maritime
- Le détournement des armateurs vers le cap de Bonne-Espérance
Le détroit de Bab el-Mandeb : point névralgique vulnérable
Cette étroite voie maritime de 100 kilomètres sur 30 concentre près de 12% des échanges maritimes mondiaux. Séparant le Yémen de Djibouti, elle constitue un passage crucial entre l'Asie et l'Europe.
Fabian Hinz, chercheur à l'IISS de Londres, précise : « Le blocus maritime de 2015 a amené les Houthis à développer une capacité remarquable d'armes antinavires, avec douze types de missiles fournis par l'Iran. Toute leur flotte de drones est également de technologie iranienne. »
Des conséquences économiques mondiales
Avec le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, l'importance de Bab el-Mandeb s'est encore accrue. Près de 7 millions de barils de brut transitent quotidiennement par l'oléoduc Est-Ouest vers le port saoudien de Yanbu, en mer Rouge.
Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques, alerte : « La fermeture de Bab el-Mandeb, après celle d'Ormuz, empêcherait les pétroliers de gagner l'Asie. L'Europe pourrait toujours être alimentée via le canal de Suez, mais l'Asie paierait le prix le plus fort. »
Risques et perspectives pour les Houthis
Si les rebelles yéménites mettaient leurs menaces à exécution, ils pourraient :
- Offrir à l'Iran une nouvelle carte de pression contre les États-Unis
- Se mettre à dos l'ensemble de la communauté internationale, y compris la Chine
- Provoquer une nouvelle intervention militaire au Yémen
- Entraîner un renforcement des missions internationales de protection maritime
Pierre Razoux conclut : « Les Houthis gagnent plus à afficher un caractère dissuasif qu'à passer à l'action et risquer des représailles. Ce mouvement islamiste chiite zaydite ne possède pas d'idéologie aussi structurée que l'Iran. »
La menace d'une fermeture du détroit de Bab el-Mandeb est désormais une réalité tangible, avec des conséquences potentielles majeures pour l'économie mondiale et la stabilité du Moyen-Orient.



