La hiérarchie sociale de la peur en Israël : des abris privés aux parkings publics
Hiérarchie sociale de la peur en Israël : abris privés vs parkings

La hiérarchie sociale de la peur en Israël : des abris privés aux parkings publics

Si l'on voulait en rire – car il le faut bien pour traverser la guerre –, on noterait l'émergence d'une nouvelle hiérarchie sociale en Israël. Cette stratification inédite se base non plus sur la richesse ou le statut, mais sur l'accès à la sécurité face aux missiles.

Les trois échelons de la survie quotidienne

Au sommet de l'échelle se trouvent les « privilégiés ». Ceux qui disposent d'une pièce sécurisée au cœur de leur appartement, idéalement la chambre des enfants. Ces Israéliens s'épargnent les réveils nocturnes au son des sirènes annonçant les missiles balistiques iraniens. Ils peuvent dormir, presque normalement.

Un cran en dessous, il y a ceux qui se ruent vers l'abri de l'immeuble à chaque alerte. Un exercice épuisant qui consiste à :

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  • Enfiler des baskets sur son pyjama – pour éviter les débris de verre en cas d'impact
  • Saisir le sac d'urgence contenant papiers d'identité et rechanges
  • Descendre plusieurs étages dans l'obscurité parfois totale

Enfin, au bas de l'échelle, ceux dont la seule option est l'abri public, parfois situé à plusieurs centaines de mètres. Pour éviter la course folle avec des enfants arrachés au sommeil, certains ont choisi d'y camper définitivement.

Les campements de fortune dans Tel-Aviv

Dans les parkings souterrains du Dizengoff Center ou les stations du tramway de Tel-Aviv, des familles de la classe moyenne et des travailleurs étrangers ont monté des tentes. Chaque soir, ils s'y retrouvent pour tenter de passer la nuit dans des conditions précaires mais sécurisées. Ces espaces publics transformés en dortoirs d'urgence symbolisent les inégalités exacerbées par le conflit.

Depuis le 28 février, date du déclenchement par Israël et les États-Unis de cette nouvelle guerre contre l'Iran, le quotidien est un véritable hachoir émotionnel. Des heures de tension interrompues par les alertes stridentes, le fracas des interceptions et la chute des débris, parfois assourdissants.

L'économie israélienne à l'arrêt complet

Dès la deuxième semaine de conflit, le gouvernement prônait la reprise de l'activité économique. Mais la réalité est beaucoup plus sombre que les déclarations officielles. Selon le journal économique Calcalist, le ministère du Travail estime que 490 000 travailleurs – soit environ 11 % de la population active – sont absents de leur poste.

Ces absences se répartissent entre :

  1. Les mobilisés comme réservistes
  2. Les mis au chômage technique
  3. Les en congés sans solde

Ce chiffre officiel occulte cependant la détresse profonde des indépendants et des petites entreprises, déjà exsangues après des années d'instabilité politique et sécuritaire.

Le défi quotidien du travail

Pour de nombreux Israéliens, travailler devient un défi insurmontable. Si les vacances de la Pâque juive ont débuté, les écoles, elles, sont closes depuis un mois déjà. De nombreux parents refusent catégoriquement de laisser leurs enfants seuls à la maison ; d'autres sont tout simplement incapables de prendre la route vers leur lieu de travail.

Comme Nitzan, 36 ans, prothésiste dentaire. Cette jeune femme craint de parcourir les 30 kilomètres qui la séparent de son laboratoire. « J'ai trop peur d'être surprise par une alerte et de devoir m'allonger au sol, les mains sur la tête, sur le bas-côté de la route », confie-t-elle avec une voix tremblante.

Les traumatismes psychiques qui resurgissent

Pour Nitzan, comme pour beaucoup d'Israéliens, la guerre actuelle est avant tout une épreuve psychique dévastatrice. « Je tremble à chaque alerte. Je dors sur le fauteuil du salon pour ne pas rater la sirène. Ce n'est pas rationnel, mais je suis complètement épuisée », avoue-t-elle.

Originaire du Nord, près de Saint-Jean-d'Acre, elle voit resurgir des fantômes qu'elle croyait disparus depuis longtemps. « Tout cela me renvoie directement à 2006, pendant la deuxième guerre du Liban. J'étais adolescente, les tirs du Hezbollah étaient incessants. Je n'avais pas réalisé à quel point ce traumatisme était encore ancré en moi ».

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La menace du Hezbollah au Nord

Si les missiles iraniens laissent six à dix minutes de répit pour se mettre à l'abri, les tirs du Hezbollah – qui ont repris le 2 mars en soutien au régime des mollahs – ne permettent aucune pré-alerte. L'impact est quasi immédiat, laissant les populations dans une terreur constante.

À Maalot-Tarshiha, à moins de 15 kilomètres de la frontière libanaise, les habitants n'ont que 15 à 30 secondes pour se protéger. Un jeune homme de 16 ans raconte porter sa grand-mère impotente sur quatre étages, plusieurs fois par nuit, pour atteindre la cave sécurisée. « Elle m'emmenait à l'école main dans la main quand j'étais petit. Maintenant, c'est à mon tour de m'occuper d'elle », glisse-t-il aux caméras de la chaîne publique Kan 11.

L'absence de l'État pour les plus vulnérables

Contrairement à l'après-7 octobre 2023, le gouvernement de Benyamin Netanyahou refuse cette fois d'évacuer la région frontalière. Un départ massif serait perçu comme un échec stratégique majeur. Lors d'une visioconférence avec les élus locaux, le Premier ministre a prôné la « patience », promettant de changer la situation au Nord « de fond en comble ».

Nitzan, pourtant opposante déclarée à Netanyahou, veut croire à cette promesse. Pour elle, il faut absolument « finir le travail » : « Vivre avec le Hezbollah à nos frontières n'est plus possible. L'idée que la guerre se termine avec ce régime iranien en place et son uranium enrichi me terrorise complètement ».

Un soutien populaire qui commence à s'effriter

Selon un sondage de l'IDI publié ce lundi 30 mars, 68 % des Israéliens soutiennent encore l'opération « Rugissement du Lion ». Mais l'unanimisme apparent des premières semaines commence sérieusement à s'effriter. L'opposition à la guerre est passée de 4 % à 11,5 % au sein de la population juive, une augmentation significative en seulement un mois.

Concernant spécifiquement le front libanais, le pays apparaît profondément divisé :

  • 39 % des sondés soutiennent l'établissement d'une zone tampon au Sud Liban
  • Ce chiffre grimpe à 61 % chez les partisans du gouvernement actuel
  • Seulement 41 % des Israéliens croient qu'un calme durable sortira de ce conflit

Depuis le début des hostilités, le bilan humain s'alourdit quotidiennement : 20 civils et 6 soldats israéliens ont déjà perdu la vie dans cette guerre qui redéfinit les structures sociales du pays.