La théorie de la guerre juste appliquée au conflit de Trump en Iran
Guerre juste : l'analyse du conflit de Trump en Iran

La théorie de la guerre juste : un cadre pour analyser le conflit iranien

Combien de fois devra-t-on le rappeler ? Il existe bel et bien des guerres justes. Depuis saint Augustin jusqu'à saint Thomas d'Aquin, en passant par Hugo Grotius et, plus récemment, Martin Walser, une théorie de la guerre juste s'est développée à travers les siècles. Cette doctrine, formulée en termes contemporains, établit des critères précis pour déterminer la légitimité d'un conflit armé.

Les quatre critères fondamentaux de la guerre juste

Premièrement, il doit exister une menace imminente. Dans le contexte actuel, ce n'est pas Donald Trump lui-même, mais le secrétaire d'État de Joe Biden, Tony Blinken, qui déclarait le 19 juillet 2024 que l'Iran se trouvait à un cheveu - « une ou deux semaines » - de franchir le seuil nucléaire. Cette évaluation officielle américaine établit clairement le caractère urgent de la menace.

Deuxièmement, un désastre annoncé doit être identifié. Le régime des mollahs en Iran répète depuis quarante-sept ans, avec une insistance particulière ces dernières années, que son arsenal de missiles et, à terme, ses ogives nucléaires sont destinés à rayer de la carte au moins un pays : Israël. Ces déclarations répétées constituent une menace existentielle clairement exprimée.

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Troisièmement, tous les autres recours, notamment diplomatiques, doivent avoir été épuisés. L'administration américaine a multiplié les efforts diplomatiques tout au long des semaines précédant les frappes du samedi. Pourtant, les mollahs ont réaffirmé, encore dimanche dernier, que la négociation ne constituait pas une option pour eux, fermant ainsi la porte à toute résolution pacifique.

Quatrièmement, une guerre est juste lorsque le mal qu'elle provoque - en langage militaire, ses dégâts collatéraux - reste inférieur au mal qu'elle prévient. Dans ce cas précis, il s'agit d'empêcher la destruction programmée d'un pays, les attaques dévastatrices contre les nations voisines et, bien sûr, les massacres de civils iraniens déjà perpétrés et prêts à se répéter.

L'application au conflit actuel

Selon l'ensemble de ces critères rigoureux, la guerre menée par Trump contre l'Iran peut être considérée comme juste. On peut par ailleurs, et c'est mon cas personnel, estimer que le président américain cause par ailleurs un tort considérable à la démocratie américaine. Mais il convient de se réjouir de cette ruse de la raison qui fait apparemment de lui l'instrument d'un possible changement de régime en Iran.

La question cruciale, bien entendu, reste de savoir s'il ira jusqu'au bout et si un véritable changement de régime interviendra effectivement. Ses déclarations sur ce point apparaissent contradictoires et fluctuantes selon les médias auxquels il s'adresse.

Les contradictions de la position américaine

D'un côté, Trump parle parfois de renversement du régime iranien. Il exprime son intention - que saint Thomas et Grotius auraient qualifiée d'« intention droite » - de venir en aide aux femmes et hommes insurgés qui, en janvier dernier, défiaient les balles des mollahs. Il s'exprime alors comme un wilsonien ouvrant la porte de la démocratie à un peuple qui, contrairement à l'Irak de 2003, ne demande qu'à s'y engouffrer. Il promeut une révolution portant un coup fatal, non plus au nazisme comme Roosevelt, ou au communisme comme Reagan, mais à ce troisième fascisme qu'est l'islamisme.

De l'autre côté, il se déclare parfois prêt au compromis avec les éléments dits modérés du régime en train de s'effondrer. Il parle alors non plus en wilsonien, mais en jacksonien - cette autre version de la politique étrangère américaine dont le principe fondamental pourrait se résumer à : « je frappe et je m'en vais ». Il appliquerait ainsi à nouveau la variante de cette doctrine qu'il a inventée au Venezuela et qui risquerait de briser l'élan démocratique en cours. Il rassure ainsi sa base Maga, peu concernée par la défense des libertés au pays de Cyrus le Grand. Ce serait alors, pour tous ceux à qui il a promis que l'aide était « en route » et qui aujourd'hui le remercient, une atroce déconvenue.

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Les conséquences historiques

Cette guerre, s'il la mène à son terme, sera probablement longue et coûteuse en vies américaines. Mais l'Histoire lui en rendra justice. Dans le cas contraire, elle ne lui pardonnera pas son reniement et sa faiblesse face à un régime oppressif.

La question complexe du droit international

Le droit est souvent brandi par ceux que le massacre de sang-froid, en quarante-huit heures, de 30 000 Iraniens désarmés a laissés indifférents, mais qui s'émeuvent soudain de voir le droit, aux États-Unis et à l'ONU, « foulé aux pieds ».

Le cadre juridique américain

Concernant les États-Unis, ces critiques se trompent de cible. La règle constitutionnelle américaine est claire : le président est fondé à engager des hostilités. Il n'a que l'obligation d'en informer le Congrès dans les deux jours et, si celui-ci l'exige, de rapatrier les troupes au bout de quatre-vingt-dix jours - délai dont on est encore très éloigné dans le cas présent.

Le droit international coutumier

Le droit international présente évidemment une complexité plus grande. Il est clair que la Maison-Blanche aurait dû, en bonne logique, s'autoriser d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais l'a-t-on fait, en 1999, au Kosovo ? En Syrie, en 2018, lors des frappes conjointes franco-britanniques ? En Afghanistan, en 2001 ? Au Mali, en 2013, sous la présidence de François Hollande ?

Chacun savait qu'un veto s'y serait, chaque fois, opposé. Et chacun sait, aujourd'hui, qu'il fallut chaque fois s'appuyer sur ces autres principes que sont :

  • La « menace imminente »
  • La « riposte collective entre alliés »
  • La « responsabilité de protéger » entrée, depuis 2005, dans le droit international

Ces trois principes forment une sorte de droit coutumier international né de l'expérience douloureuse, des massacres que la mécanique glacée onusienne a couverts et des génocides que la communauté internationale n'a pas su empêcher.

L'urgence de l'action

Ces principes auront un jour vocation, si les nations en ont le courage politique nécessaire, à réparer une organisation internationale qui a fâcheusement tendance à protéger les bourreaux et à laisser les peuples sans recours effectif. Mais, pour l'heure, il y a urgence humanitaire et stratégique. C'est sur leur légitimité supérieure qu'il convient de s'appuyer pour sauver le peuple iranien d'un régime oppressif. On n'oppose pas un droit failli et inefficace à des vies humaines directement menacées d'extermination.