Guerre Iran-USA : la désinformation comme arme stratégique décryptée par un expert
Guerre Iran-USA : la désinformation comme arme stratégique

Guerre Iran-USA : le mensonge comme stratégie militaire historique

Le détroit d'Ormuz est actuellement bloqué, les missiles pleuvent sans relâche, et sur nos écrans, les versions contradictoires s'affrontent violemment. Des vidéos de propagande tournent en boucle sur les réseaux sociaux, tandis que les discours officiels évoluent d'une heure à l'autre, créant une confusion généralisée. Dans le conflit qui oppose farouchement Washington à Téhéran, il devient extrêmement difficile de discerner qui tire véritablement les ficelles de la réalité.

L'organisation NewsGuard a identifié pas moins de cinquante fausses informations depuis le début des hostilités, le 28 février dernier. Ces mensonges, souvent propagés par les protagonistes mêmes du conflit, ont cumulé des centaines de millions de vues inquiétantes. Mais cette avalanche de désinformation représente-t-elle un phénomène véritablement nouveau, ou assistons-nous plutôt au franchissement d'un cap dangereux dans la manipulation de l'information avec la guerre en Iran ?

Le mensonge : une constante historique dans l'art militaire

Pour décrypter les coulisses obscures de cette guerre du mensonge, 20 Minutes s'est entretenu avec Yves Boyer, membre éminent du think tank international TAG et spécialiste reconnu des questions de défense et de doctrine militaire. Selon l'expert, le mensonge a toujours constitué une composante intégrante de l'art militaire, servant à tromper l'adversaire, masquer ses intentions stratégiques ou habiller une réalité dramatique.

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« Rien de nouveau sous le soleil », affirme Yves Boyer. « Parfois, mentir devient même une nécessité stratégique absolue. Prenons l'exemple historique du bombardement de la ville anglaise de Coventry pendant la Seconde Guerre mondiale. Les services secrets britanniques avaient parfaitement connaissance de l'approche imminente d'un bombardement massif allemand. Pourtant, ils ont délibérément laissé faire pour préserver le secret de leurs avancées stratégiques, notamment concernant le décryptage du code Enigma. C'était un mensonge terrible, mais destiné à conserver un avantage capital pour la suite des opérations militaires. »

Les réseaux sociaux : amplificateurs du brouillard informationnel

Les plateformes numériques sont-elles devenues les nouveaux complices actifs de cette guerre des mensonges ? « Sur les réseaux sociaux, on trouve absolument de tout », analyse l'expert. « Trop d'information finit par tuer l'information véritable. Nous l'avons observé en Ukraine, et nous le constatons aujourd'hui dramatiquement avec l'Iran : les réseaux regorgent de sources diverses, du sérieux au plus farfelu, et chacune contribue à nous plonger dans un brouillard informationnel absolu. »

Avec l'instantanéité des réseaux sociaux, nous suivons le conflit minute par minute, et donc ses contre-vérités se propagent à une vitesse vertigineuse. « Parfois, le mensonge n'est même pas organisé de manière concertée : c'est simplement la rapidité effrénée des actions qui finit par masquer complètement la réalité. Prenez l'exemple tragique de l'école de petites filles frappée par une bombe, qui a fait le tour du monde. Dans le chaos indescriptible du combat, il s'agissait d'une bavure involontaire des forces américaines. Mais pour masquer cette réalité dramatique, on va 'habiller' la vérité. Le mensonge sert alors directement à occulter la réalité. »

Donald Trump : l'amplification politique du mensonge stratégique

L'ancien président américain Donald Trump semble avoir poussé cette pratique dangereuse à son paroxysme. S'agit-il d'une stratégie réfléchie et mûrement raisonnée ? « Avec Donald Trump, le phénomène a considérablement empiré car il dit blanc, puis noir sans cohérence apparente », explique Yves Boyer. « On peut légitimement en douter car cette approche est souvent contredite par les faits établis. Quand il affirme péremptoirement que 'l'Iran menaçait directement le sol américain', c'est objectivement faux. C'est un mensonge de nature politico-stratégique qui sert uniquement à justifier des attaques militaires. »

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De même, lorsque l'ancien président promet des « frappes très ciblées » alors que la réalité sur le terrain montre des dégâts collatéraux bien plus larges et dévastateurs, il ment sciemment et délibérément. « Nous entrons ici dans la dimension purement politique du conflit où le mensonge sert à bâtir un récit favorable, indépendamment de la vérité des faits. »

Le mensonge par méconnaissance : le cas spécifique de l'Iran

On entend fréquemment que le régime iranien serait à bout de souffle, affirmation régulièrement reprise par Donald Trump lui-même. S'agit-il également d'un mensonge calculé ? « C'est sans doute le mensonge le plus grave et le plus dangereux », estime l'expert. « On pense que l'adversaire est 'comme ceci', donc on affirme qu'il est 'comme ceci', on ment par erreur de diagnostic fondamental mais on ne ment pas toujours sciemment. La même erreur catastrophique a été commise en Afghanistan, où l'incapacité à définir correctement l'adversaire a mené directement au fiasco que nous connaissons. »

Concernant spécifiquement l'Iran, les analystes ont systématiquement sous-estimé la profondeur historique et culturelle de cette civilisation millénaire. « Derrière l'image réductrice des mollahs, il y a la Perse, un pays extrêmement sophistiqué et complexe. Ils n'ont pas voulu voir sa résilience exceptionnelle. Certains prédisaient que tout allait s'effondrer rapidement, mais nous observons exactement l'inverse sur le terrain. C'est avant tout un problème de différence culturelle profonde : se battre contre l'Iran, ce n'est absolument pas pareil que se battre contre l'Allemagne nazie. Ne pas connaître son adversaire et sa force de résistance, c'est finalement se mentir à soi-même. »