Guerre Iran-Israël : Négociations secrètes et analyse stratégique d'un ex-renseignement
Guerre Iran-Israël : Négociations secrètes et analyse stratégique

Guerre Iran-Israël : Entre négociations secrètes et escalade militaire

Plus de trois semaines après le début des hostilités entre les États-Unis, Israël et l'Iran, la situation demeure extrêmement confuse et tendue. Alors que le président américain Donald Trump affirme depuis le Bureau ovale que des négociations pour une cessation des hostilités sont en cours avec Téhéran, la République islamique dément catégoriquement toute discussion directe avec le « Grand Satan ».

Des pourparlers dans l'ombre et des démentis publics

Selon des informations du New York Times, Washington aurait transmis à l'Iran, via l'intermédiaire du Pakistan, un plan de paix en quinze points. Ce plan proposerait un cessez-le-feu d'un mois pour permettre aux autorités iraniennes d'étudier les demandes américaines. La diplomatie iranienne reconnaît seulement avoir reçu, par l'entremise de « pays amis », des messages transmettant une demande américaine de négociations, tout en niant fermement tout dialogue officiel.

Pendant ce temps, la région continue de s'embraser. La presse américaine évoque le déploiement de 1 000 à 3 000 soldats parachutistes américains en renfort au Moyen-Orient. Les combats font toujours rage : Israël poursuit ses bombardements sur l'Iran et le Liban, tandis que Téhéran envoie des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et l'État hébreu.

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L'analyse sans concession de Shahar Koifman, ancien chef du bureau Iran du renseignement israélien

Face à ce semblant de réchauffement américano-iranien, la position d'Israël, dont les objectifs de guerre incluent la fin du régime, interroge. Shahar Koifman, ancien responsable du renseignement militaire israélien (Aman) et aujourd'hui expert en géopolitique du Proche et du Moyen-Orient, livre une analyse détaillée de la situation.

Le Point : Comment jugez-vous les résultats de la guerre menée par Israël en Iran jusqu'à présent ?

Shahar Koifman : Le tableau est contrasté, mais plutôt positif. Je précise que je ne suis plus un responsable israélien, donc j'ignore si le changement de régime était un objectif officiel. Mais à mon sens, cela n'aurait pas dû l'être. Affaiblir la République islamique est une chose, provoquer son renversement depuis les airs en est une autre, impossible à réaliser. Seule une opération terrestre de grande ampleur, comme en Irak en 2003, pourrait y parvenir, option que personne ne souhaite.

Le nucléaire iranien : des dommages, mais pas une fin

Le Point : L'annihilation de la menace nucléaire n'est-elle pas le premier objectif d'Israël ?

Shahar Koifman : Des dommages considérables ont été infligés à l'infrastructure nucléaire iranienne : installations physiques touchées, scientifiques tués, capacités de production atteintes. Cependant, ce n'est pas la fin du programme. Ces éléments peuvent être reconstruits. Les Iraniens ont désormais toutes les raisons de refuser de coopérer avec l'AIEA et pourraient se précipiter vers la bombe, ce qui est très dangereux.

Le stock de 440 kilogrammes d'uranium hautement enrichi demeure une préoccupation majeure pour Israël, les États-Unis, la France et le monde entier, car il permet un accès rapide à l'arme nucléaire. Cette question n'a pas été résolue par les frappes aériennes.

Missiles, drones et influence régionale

Le Point : Qu'en est-il des capacités de missiles balistiques et du soutien aux groupes paramilitaires ?

Shahar Koifman : Israël a attaqué de nombreuses installations de fabrication de missiles et de drones, un changement stratégique important. Si l'Iran ne peut reconstruire, les quantités resteront faibles. Mais rappelons que ces missiles menacent le monde entier, comme l'a montré l'attaque sur la base de Diego Garcia.

Concernant le soutien aux groupes comme le Hezbollah ou les Houthis, Israël a ciblé des responsables de la Force Al-Qods. Cependant, une victoire aérienne ne suffit pas. La communauté internationale doit aider le gouvernement libanais à désarmer le Hezbollah, ce qui nécessite un soutien mondial pour éviter une guerre civile.

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Le régime iranien : affaibli, mais pas à terre

Le Point : Les renseignements occidentaux estiment le régime affaibli, mais pas sur le point de tomber. Êtes-vous d'accord ?

Shahar Koifman : Oui. À court terme, les Iraniens ne sortiront pas dans la rue, par peur d'une répression brutale. Après la guerre, si l'économie continue de se détériorer, des manifestations pourraient survenir. Mais un changement de régime n'est pas garanti. Comme l'a dit Trump, face à des hommes armés, la réaction populaire n'est pas rationnelle.

Aujourd'hui, le pouvoir en Iran est entre les mains du Corps des gardiens de la révolution islamique, avec des figures comme Mohammad Bagher Qalibaf ou Ahmad Vahidi. L'élimination de responsables comme Ali Larijani, bien que légitime militairement, ne facilite pas nécessairement une solution, car il faut parfois des personnes expérimentées pour négocier.

Perspectives et dilemmes

Le Point : Un accord global avec Trump est-il encore possible ?

Shahar Koifman : Si un accord permet de retirer l'uranium à l'Iran, combiné aux dommages militaires infligés, cela pourrait en valoir la peine. Mais le régime actuel, plus radical, avec Mojtaba Khamenei potentiellement aux commandes, a-t-il la capacité de prendre des décisions difficiles pour arrêter la guerre ? C'est l'inconnue.

Israël est confronté à un dilemme : cibler le régime sans nuire à l'État iranien, tout en maintenant un discours de distinction entre le peuple et ses dirigeants. Les frappes sur des infrastructures civiles, comme le champ gazier de South Pars, visent à influencer la prise de décision à Téhéran, mais compliquent ce message.

En conclusion, Koifman rappelle qu'Israël n'a aucun problème avec le peuple iranien, espérant un retour à un régime modéré qui permettrait des relations normales, comme avant 1979. Pour l'instant, la guerre s'enlise, entre négociations secrètes, escalade militaire et incertitudes stratégiques.