La guerre Iran-Irak : comment l'agression de Saddam Hussein a sauvé la République islamique
Guerre Iran-Irak : comment l'agression a sauvé le régime

La guerre Iran-Irak : un conflit aux conséquences paradoxales

En septembre 1980, la République islamique d'Iran, établie un an et demi plus tôt par l'ayatollah Khomeyni après le renversement du Shah, se trouve dans une situation précaire. Le régime est contesté de toutes parts et affaibli par des luttes de faction internes, semblant à bout de souffle.

L'invasion irakienne et la mobilisation iranienne

Saddam Hussein, maître absolu de l'Irak voisin, croit alors le moment propice pour porter le coup de grâce à l'éternel rival de Bagdad. Cependant, l'invasion irakienne de l'Iran produit un effet contraire à celui escompté. Loin d'affaiblir le régime des ayatollahs, elle suscite une vaste mobilisation patriotique au sein de la population iranienne, y compris parmi la minorité arabe du pays.

Cette agression extérieure a ainsi paradoxalement sauvé la République islamique naissante, consolidant son pouvoir et permettant aux Gardiens de la révolution de devenir son bras armé principal. De manière surprenante, Israël apporte un soutien discret mais déterminant au régime des ayatollahs, motivé par une hostilité partagée envers l'armée irakienne, alors considérée comme la plus puissante du monde arabe.

Le renversement du cours de la guerre

En juillet 1982, les troupes iraniennes parviennent à renverser le cours du conflit en envahissant à leur tour le territoire irakien. Cette contre-offensive provoque un sursaut de solidarité nationale au sein de la population irakienne, pourtant majoritairement chiite et donc potentiellement plus proche de l'Iran sur le plan religieux.

La guerre s'achève finalement en août 1988 sur le rétablissement du statu quo ante bellum, malgré un effroyable bilan humain : environ un demi-million de morts en Iran et un quart de million en Irak. La frontière historique tracée en 1639 entre les empires ottoman et perse est ainsi restaurée, confirmant l'absence de gains territoriaux significatifs pour les deux belligérants après huit années de combats acharnés.

Les conséquences durables et le basculement de 2003

Le conflit a des répercussions profondes et durables sur la région. En août 1990, l'invasion puis l'annexion du Koweït par l'Irak entraînent la formation d'une coalition internationale sous l'égide des États-Unis. Cette coalition libère l'émirat six mois plus tard lors d'une offensive éclair, mais prend une décision lourde de conséquences.

L'armée américaine, qui avait pourtant encouragé la population irakienne à se soulever contre Saddam Hussein, préfère finalement maintenir le dictateur en place au nom de la restauration du statu quo régional. Cette décision permet à la dictature irakienne de réprimer dans le sang les insurrections, entraînant le massacre de dizaines de milliers d'insurgés, majoritairement chiites, en toute impunité.

Ce bain de sang affaiblit durablement l'opposition intérieure irakienne, laissant le champ libre aux partis politiques pro-iraniens. Ces derniers développent progressivement leurs réseaux en Irak, profitant notamment de l'invasion américaine de mars 2003 et du renversement définitif de Saddam Hussein. Cette évolution modifie durablement les équilibres géopolitiques au Moyen-Orient, renforçant l'influence iranienne dans la région post-2003.