Dans un contexte de tensions persistantes autour du conflit ukrainien, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (Otan) connaît une réorganisation significative de ses structures de commandement. Cette évolution intervient alors que les frappes russes continuent de faire des victimes civiles en Ukraine, avec un bilan qui s'alourdit à au moins quatre morts ce lundi.
Une redistribution des commandements au sein de l'Otan
Selon des sources diplomatiques révélées lundi, les États-Unis vont abandonner deux commandements opérationnels au sein de l'Otan, mais en récupérer un autre. Cette redistribution s'inscrit dans un contexte où l'ancien président américain Donald Trump appelle régulièrement l'Europe à assumer davantage la responsabilité de sa propre sécurité.
Les changements spécifiques
Les forces américaines vont céder à l'Italie le commandement allié des forces interarmées (Allied Joint Force Command, JFC) basé à Naples, dans le sud de l'Italie. Ce commandement est centré sur les opérations dans la zone sud de la région euro-atlantique.
Parallèlement, les États-Unis renonceront également au commandement du JFC situé à Norfolk, sur la côte est américaine, au profit de la Grande-Bretagne. Ce commandement est responsable des opérations dans la zone nord de l'Alliance.
En contrepartie de ces deux abandons, les forces américaines vont récupérer le commandement maritime allié (Marcom), basé à Northwood en Grande-Bretagne. Ces changements, initialement rapportés par le média français La Lettre, ne devraient pas être mis en œuvre avant plusieurs mois, selon deux diplomates de l'Otan ayant requis l'anonymat.
La position stratégique américaine préservée
Malgré ces ajustements, les États-Unis maintiendront leur influence prépondérante au sein de l'Alliance. Ils exerceront désormais le commandement central des trois armes de l'Otan : les forces terrestres (Landcom), maritimes (Marcom) et aériennes (Aircom).
Plus significativement, les Américains conservent le commandement suprême des forces alliées en Europe (Saceur), un poste stratégique occupé sans interruption depuis la création de l'Alliance par un officier américain. Le poste plus politique de secrétaire général reste traditionnellement attribué à un Européen.
L'escalade des violences en Ukraine
Alors que se dessinent ces évolutions structurelles au sein de l'Otan, la guerre sur le terrain en Ukraine connaît une nouvelle escalade meurtrière. Les frappes russes de la nuit de dimanche à lundi ont fait au moins quatre victimes civiles dans les régions de Kharkiv et d'Odessa.
Un bilan tragique qui s'alourdit
Parmi les victimes figurent une mère et son fils de 10 ans, tués près de Kharkiv, selon les autorités locales ukrainiennes. À Odessa, dans le sud du pays, une attaque de drones russes de fabrication iranienne Shahed a fait au moins un mort et endommagé plusieurs habitations.
Le chef de l'administration militaire d'Odessa, Serguiï Lyssak, a rapporté ces faits sur Telegram sans préciser l'heure exacte des attaques. Ces frappes s'inscrivent dans une stratégie russe de pression sur les infrastructures civiles ukrainiennes, provoquant depuis des mois des coupures d'électricité, d'eau et de chauffage d'ampleur dans un pays confronté à un hiver particulièrement rigoureux.
Développements diplomatiques et sécuritaires
Une production d'armes franco-ukrainienne
Sur le front de la coopération militaire, le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a annoncé la signature d'une lettre d'intention entre l'Ukraine et la France pour développer une production conjointe d'armement. Cette annonce fait suite à la visite à Kiev de la ministre française Catherine Vautrin.
« Nous passons des simples livraisons à la production conjointe et à des solutions à long terme qui renforcent systématiquement notre défense », a déclaré Fedorov sur Telegram. Cette collaboration concernerait également « l'accélération des livraisons d'avions et la poursuite de la production en volumes records de bombes aériennes propulsées AASM Hammer ».
Kiev souhaite par ailleurs recevoir de nouvelles livraisons de systèmes de défense aérienne SAMP-T, ainsi que de missiles sol-air Mistral et Crotale. La France avait annoncé en 2025 le déblocage d'une aide de deux milliards d'euros pour renforcer les défenses ukrainiennes.
L'affaire de la tentative d'assassinat à Moscou
Dans un développement séparé, le service de sécurité russe (FSB) a affirmé lundi que l'auteur présumé de la tentative d'assassinat du général Vladimir Alekseïev à Moscou avait avoué avoir été recruté par les services de sécurité ukrainiens.
Le général Alekseïev, haut responsable militaire russe, avait été visé vendredi par plusieurs coups de feu dans un immeuble résidentiel de Moscou et hospitalisé. Cette attaque s'inscrit dans une série d'assassinats ciblant des figures de l'armée russe, des responsables politiques locaux et des soutiens idéologiques du conflit en Ukraine, certains ayant été revendiqués par Kiev.
Selon le FSB, Lioubomir Korba, né en 1960 et arrêté à Dubaï, ainsi que son complice Viktor Vassine, né en 1959 et arrêté à Moscou, ont tous deux reconnu leur culpabilité. Korba serait « l'exécutant direct » de cette tentative d'assassinat.
Les perspectives de négociations de paix
Sur le front diplomatique, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que les États-Unis souhaitaient voir la guerre en Ukraine se terminer « d'ici le début de l'été, en juin ». Selon des propos diffusés samedi, Washington aurait invité les délégations russe et ukrainienne à se rendre aux États-Unis pour de nouvelles discussions.
Ces dernières semaines, Russes, Ukrainiens et Américains ont déjà tenu deux cycles de négociations à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, portant sur une éventuelle cessation des hostilités. Ces pourparlers se déroulent dans un contexte où l'armée russe intensifie ses frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes, créant une situation humanitaire critique alors que le pays affronte un hiver particulièrement froid.