La guerre en Ukraine transforme radicalement les chiens domestiques
Le conflit ukrainien ne touche pas seulement les populations humaines, mais affecte également profondément les animaux de compagnie. Une étude publiée le 5 décembre dans la revue scientifique Evolutionary Applications et relayée par le New York Times démontre comment la guerre a métamorphosé les chiens ayant survécu sur la ligne de front.
Une sélection naturelle accélérée par les combats
Les chercheurs ont analysé 763 chiens provenant de neuf régions différentes à travers l'Ukraine. Leurs observations révèlent un phénomène similaire à une « sélection naturelle » extrêmement rapide, directement induite par les conditions de guerre.
« La guerre agit comme un puissant filtre, favorisant les traits qui améliorent la survie dans des conditions extrêmes », explique Małgorzata Witek, autrice principale de l'étude et doctorante à l'université de Gdansk en Pologne.
Des transformations physiques et comportementales marquées
Les chiens étudiés près des zones de combat présentent désormais des caractéristiques beaucoup plus proches des espèces sauvages comme le loup ou le coyote. Pourtant, la majorité de ces animaux étaient initialement des chiens de compagnie abandonnés en raison du conflit.
Les transformations observées incluent :
- Une réduction significative des museaux courts
- Une perte de poids et une taille plus petite
- Des oreilles plus fréquemment pointues
- Une queue droite et un pelage moins blanc
- Un comportement plus agressif avec des attitudes de chasseurs
Selon The New Voice of Ukraine, ces changements s'accompagnent également d'une diminution notable des chiens âgés, malades, blessés ou solitaires dans les zones de conflit. Cependant, jusqu'à 12% des animaux examinés présentaient des blessures ou maladies visibles.
Adaptation sans évolution génétique
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, il n'y a aucune évolution génétique en jeu. Les modifications constatées résultent simplement du fait que les conditions de guerre favorisent la survie des chiens possédant certaines caractéristiques avantageuses.
« Dans un paysage marqué par l'artillerie et les frappes répétées de bombes guidées, l'acuité sensorielle et l'endurance sont devenues plus importantes que l'apparence », souligne The New Voice of Ukraine.
Devenus plus sauvages, ces animaux restent néanmoins dépendants des humains pour se nourrir. Ils se sustentaient parfois de cadavres de soldats ou étaient adoptés par les troupes militaires.
Un signal d'alarme environnemental
Cette étude met en lumière les dommages environnementaux étendus causés par la guerre. Les chercheurs soulignent que l'impact sur les chiens devrait servir d'avertissement pour d'autres espèces animales.
« Savoir que les chiens sont fortement affectés par les horreurs de la guerre devrait servir d'alerte pour d'autres espèces beaucoup moins mobiles et plus limitées dans leurs besoins alimentaires et leur habitat », commente Euan Ritchie, écologiste à l'université Deakin en Australie.
Cette recherche ouvre la voie à des études similaires sur d'autres espèces animales affectées par les conflits armés, révélant ainsi l'étendue souvent négligée des conséquences environnementales de la guerre.



