En marge du documentaire « Toutes mes sœurs », présenté mardi 19 mai à Périgueux, Bernard Hourcade animera une conférence sur la guerre en Iran, « subie par les Iraniens et qui bloque toute protestation politique ».
Une ciné-conférence d'actualité
« Guerre en Iran, que peut-on comprendre ? » C’est le thème, on ne peut plus d’actualité, de la ciné-conférence organisée par le festival Ôrizons avec l’association d’art et d’essai Ciné Cinéma, mardi 19 mai à 19 h 45, au CGR de Périgueux. Elle intervient avant la projection, en avant-première, du documentaire « Toutes mes sœurs » de Massoud Bakshi, diffusé à 21 heures. Le réalisateur a suivi, de 2007 à 2025, au sein d’une famille aimante, la vie de trois sœurs à Téhéran, de leur prime enfance à leur quotidien de jeunes femmes en quête de liberté.
Un pays de paradoxes
Pour éclairer le public sur la situation de ce pays à l’identité forte, le festival a choisi Bernard Hourcade, spécialiste de l’Iran, directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et auteur de nombreuses études cartographiques et livres dont « Iran, paradoxes d’une nation » (2021). Son credo : livrer une « analyse critique et nuancée », au-delà de la question militaire, « pour essayer de voir l’Iran vu par les Iraniens ».
L’ancien directeur de l’Institut français de recherche en Iran (1978-1993) prévient : « J’essaie de comprendre et de ne pas me limiter à dire que les mollahs et les gardiens de la révolution sont méchants. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas la question. La question est de savoir comment on s’en sort. Mon analyse est qu’en bombardant l’Iran, on obtiendra une dictature encore plus forte, même si le régime islamique est fragilisé. »
Dégâts colossaux
« L’Iran est une société qui subit la guerre », laquelle « bloque toute protestation politique », insiste Bernard Hourcade. Avec « des dégâts annexes colossaux » et une « économie ravagée » : centrales électriques, usines automobiles, aciéries, raffineries de pétrole bombardées, maisons détruites à Téhéran (8 000), avions partis en fumée (il n’en reste plus que 40). « Pour les Iraniens, même contestataires, pour l’instant le pire des dangers, ce n’est pas la République islamique, c’est Israël et les États-Unis qui bombardent et qui tuent », rappelle-t-il. Le peuple est « pris entre deux feux, les bombes et le système politique qui l’efface ».
La répression contre les femmes et celles et ceux qui défendent leurs droits s’est durcie. « Depuis 1979, elles ont été les premières victimes du système islamique. On les a obligées à porter un vêtement, mais le vêtement c’est encore le moins mauvais. Le pire, c’est leur marginalisation dans la vie sociale », appuie Bernard Hourcade.
« Plus d’ingénieurs que la France »
« Elles sont le symbole le plus vivant et le plus concret de l’échec de l’Islam politique en Iran », pointe l’auteur. « Une réalité spectaculaire qui ne doit pas cacher le reste », souligne le spécialiste. « C’est qu’il y a aussi, dans les milieux populaires, un chômage très important, une inflation gigantesque. Les tarifs des produits alimentaires, par exemple, ont doublé depuis le début de la guerre, et la viande est hors de prix […] Pour qu’il y ait un changement profond, il faut qu’il y ait consensus. »
Ce pays, aussi, où l’instruction a bondi, « produit plus d’ingénieurs que la France ». Avec 83 millions d’habitants, il compte plus de 4 millions d’étudiants dans 430 établissements universitaires. « Tout le monde va à la fac » et l’alphabétisation des filles est passée de 4,3 % en 1966 à 72,8 % en 2016 (88 % en zone urbaine). Les Iraniennes figurent parmi les femmes les plus éduquées et actives du monde musulman.
Tarifs : plein, 11,10 € ; 6,20 € pour les adhérents à Ciné Cinéma.



