La décision de la justice grecque de clore l'enquête sur l'affaire d'espionnage dite « Predator Files » suscite un vif émoi dans le pays. Le parquet a annoncé le classement sans suite de l'affaire, faute de preuves suffisantes, selon des sources judiciaires. Cette affaire, qui avait éclaté en 2022, impliquait l'utilisation du logiciel espion Predator pour surveiller illégalement des personnalités politiques, des journalistes et des militants.
Une affaire aux multiples ramifications
L'enquête portait sur des écoutes téléphoniques et des piratages ciblant notamment le leader du parti socialiste, Nikos Androulakis, ainsi que plusieurs députés et figures médiatiques. Les « Predator Files » avaient révélé un vaste réseau de surveillance illégale, reliant des acteurs privés à des proches du gouvernement. Le logiciel Predator, développé par la société israélienne Intellexa, permettait d'accéder à distance aux données des téléphones sans consentement.
Les réactions politiques et citoyennes
L'opposition a immédiatement dénoncé une « justice à deux vitesses » et une tentative d'étouffer le scandale. Le parti Syriza a appelé à une enquête parlementaire, tandis que des organisations de défense des droits humains ont exprimé leur inquiétude face à l'impunité. Des manifestations ont eu lieu devant le Parlement à Athènes, où des citoyens ont brandi des pancartes réclamant « Vérité et justice ».
Le gouvernement conservateur, dirigé par Kyriakos Mitsotakis, a nié toute implication, affirmant que la justice avait agi en toute indépendance. Cependant, des fuites dans la presse locale suggèrent que des pressions politiques auraient pu influencer la décision. L'Union européenne a également réagi, appelant la Grèce à garantir la protection des données et à renforcer ses lois contre les logiciels espions.
Les enjeux pour la démocratie grecque
Cette affaire met en lumière les failles du système judiciaire grec face aux technologies de surveillance. Les experts soulignent que l'absence de poursuites pourrait encourager de futures violations. Le scandale Predator s'inscrit dans une série d'affaires similaires en Europe, comme au Royaume-Uni ou en Pologne, où des gouvernements ont été accusés d'utiliser des logiciels espions contre leurs opposants.
Pour les défenseurs des libertés, la clôture de l'enquête est un revers majeur. « C'est un signal dangereux pour la démocratie », a déclaré un porte-parole de Reporters sans frontières. « Les journalistes et les citoyens doivent pouvoir communiquer sans craindre d'être surveillés. » L'affaire Predator continue de hanter la vie politique grecque, alors que des voix s'élèvent pour réclamer une commission d'enquête indépendante.



