Goma sous administration rebelle : une normalité trompeuse face à la paralysie bancaire
À Goma, capitale du Nord-Kivu en République démocratique du Congo, le drapeau national flotte toujours sur la ville conquise le 28 janvier 2025 par les insurgés de l'Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars. Soutenu par le Rwanda, ce groupe rebelle administre désormais cette zone stratégique, créant un contraste saisissant entre apparences et réalité quotidienne.
Une circulation urbaine étrangement fluide
Passé le poste-frontière séparant la ville rwandaise de Gysenyi et Goma, la circulation semble fonctionner avec une fluidité déconcertante. Les minibus jaunes traditionnels font le plein de passagers le long des artères bondées, tandis que des nuées de taxis-motos filent dans tous les sens, y compris à contresens. Ces conducteurs ignorent souvent les policiers en gilet jaune siglé « AFC/M23 » ou « police révolutionnaire » qui tentent tant bien que mal de réguler le trafic.
« C'est la troisième fois que Goma est sous administration d'une force rebelle, la ville est résiliente », constate une source humanitaire qui requiert l'anonymat par mesure de sécurité. Cette résilience apparente masque cependant une réalité beaucoup plus sombre.
La souffrance cachée derrière les apparences
« Sous l'apparence de normalité, il y a beaucoup de souffrance ici. Beaucoup de ce qui faisait la vie de la cité a disparu », précise un autre travailleur humanitaire, qui refuse lui aussi de donner son nom. Il ajoute avec gravité : « Ici, plus qu'ailleurs, il y a des choses qu'on ne peut pas dire ». Cette autocensure témoigne du climat de tension qui persiste un an après l'entrée des troupes du M23 dans la ville.
Les traumatismes liés aux combats – qu'ils soient passés ou toujours en cours à quelques dizaines de kilomètres de Goma – continuent de hanter les esprits des habitants. Malgré la reprise progressive de certaines activités commerciales, une mesure prise par le gouvernement central continue de paralyser l'économie locale.
La fermeture des banques : un frein majeur à la vie économique
La décision de Kinshasa de fermer toutes les banques après la prise de la ville par les insurgés, étendue depuis à toute la zone administrée par l'AFC/M23, plombe littéralement le quotidien des Gomatraciens. Cette mesure drastique a des conséquences concrètes :
- Impossibilité d'accéder aux comptes bancaires traditionnels
- Difficultés pour les commerçants de gérer leurs transactions
- Paralysie partielle du secteur formel de l'économie
- Développement de solutions alternatives précaires
Dans ce contexte, une boutique proposant des services bancaires en ligne et de paiement mobile a émergé comme une bouée de sauvetage pour certains habitants. Photographiée le 22 janvier 2026 par Arlette Bashizi de Reuters, cette initiative illustre l'adaptation forcée des populations face aux restrictions imposées par le conflit.
Une ville entre résilience et contraintes
Goma vit ainsi une situation paradoxale : une activité urbaine qui semble reprendre son cours normal, mais une économie étranglée par l'absence de services bancaires conventionnels. Les habitants doivent composer avec cette réalité duale où les signes extérieurs de vie normale cachent des difficultés profondes et des traumatismes non résolus.
La persistance des combats à proximité de la ville maintient un climat d'incertitude permanent, tandis que les restrictions financières imposées par le gouvernement central créent des obstacles quotidiens insurmontables pour beaucoup. Cette situation illustre comment les conséquences d'un conflit armé peuvent persister bien au-delà des combats proprement dits, affectant durablement les structures économiques et sociales d'une communauté.



