Cole Thomas Allen, un informaticien et ingénieur en mécanique américain de 31 ans, doit comparaître ce lundi 27 avril devant un tribunal fédéral pour répondre des faits d'« emploi d'une arme à feu lors d'un crime violent » et d'« attaque contre un officier fédéral avec une arme dangereuse ». Rien ne semblait pourtant destiner cet homme à devenir l'auteur des coups de feu qui ont perturbé le dîner des correspondants de presse à Washington, nécessitant l'évacuation de nombreux convives, dont le président Donald Trump, qui en était l'invité d'honneur.
Un parcours académique brillant
Avant de devenir le « tireur isolé » armé d'un fusil à pompe, d'un pistolet et de couteaux, Cole Thomas Allen avait été diplômé en génie mécanique du California Institute of Technology en 2017. Il avait ensuite suivi des études en sciences de l'informatique à la California State University Dominguez Hills. Sur son profil LinkedIn, il se décrit comme un ingénieur passionné par le développement de jeux vidéo. Il était également professeur et avait reçu, en décembre 2024, le titre d'« enseignant du mois » de la part de C2 Education, une académie de préparation aux concours située à Torrance, où il vit.
Un profil inattendu
« Quand on pense à quelqu'un qui essaye d'assassiner le président américain ou ses proches, on a tendance à imaginer un marginal ou une personne en rupture de la société. Mais ce n'est pas toujours le cas », souligne l'historienne et politologue Nicole Bacharan. Elle cite l'exemple de Luigi Mangione, impliqué dans le meurtre du patron d'UnitedHealthcare. « Déjà à l'époque, l'accent avait été mis sur ses brillantes études, sur son parcours sans accroc… », explique-t-elle. La spécialiste des États-Unis note que « ces gens qui n'appartiennent pas à un réseau, qui ne s'expriment pas bruyamment sur les réseaux sociaux, et qui ne sont pas repérés ni repérables avant de passer à l'acte, restent le cauchemar des services de sécurité ».
Le manifeste politique laissé derrière lui
Dans sa chambre au Washington Hilton Hotel, où il a séjourné avant l'attaque, Cole Thomas Allen a laissé un manifeste politique, publié intégralement par le New York Post. L'homme, inscrit sur les listes électorales sans parti, exprime sa rage contre le gouvernement et présente ses excuses à ses proches. « J'ai probablement surpris beaucoup de gens aujourd'hui. Je tiens d'abord à présenter mes excuses à tous ceux dont j'ai trahi la confiance […] Je suis citoyen des États-Unis d'Amérique. Ce que font mes représentants me reflète. Et je ne suis plus disposé à permettre qu'un pédophile, un violeur et un traître salisse mes mains avec ses crimes », écrit-il, faisant probablement référence aux liens entre Donald Trump et le pédocriminel Jeffrey Epstein.
Des cibles classées par ordre de priorité
Dans son manifeste, il classe ses « cibles », « par ordre de priorité, du plus haut gradé au plus bas » : d'abord « les responsables de l'administration (à l'exception [du directeur du FBI, Kash] Patel) », puis « le Secret Service », « uniquement si nécessaire, et à neutraliser de façon non létale si possible ». Selon Donald Trump, qui s'est exprimé auprès de Fox News, « il hait les chrétiens. C'est une chose certaine ».
Une détestation de Trump
Rien ne semble lier Cole Allen à une quelconque mouvance religieuse – il aurait, d'après Trump, été croyant avant de se détourner de sa foi. Rien ne le relie non plus à la politique, si ce n'est un don de 25 dollars à un groupe collectant des fonds pour la campagne de Kamala Harris en 2024. « La seule chose qui se dessine nettement, ce n'est pas une idéologie : c'est la détestation de Trump », glisse Nicole Bacharan. Rien d'étonnant, quand on sait à quel point le milliardaire de 79 ans est clivant, « bien davantage que ses prédécesseurs » : « Une bonne partie de ceux qui ne l'aiment pas ne se contentent pas de ne pas l'aimer : ils le haïssent très violemment. »
Un soubassement de violence dans la société américaine
Le manifeste retient l'attention de l'experte. « On retrouve chez ce tireur le même délire de toute-puissance et la volonté de se faire justice que chez celui qui avait visé Trump lors d'un meeting en 2024 à Butler en Pennsylvanie », relève Nicole Bacharan. Pour elle, il existe dans l'autoproclamée « plus vieille démocratie » un « soubassement de violence » : « C'est une société qui traîne son histoire, qui a eu, parmi ses fondements, l'esclavage, un système d'ultraviolence, et la conquête de l'Ouest avec sa philosophie du “Chacun pour soi”, du “Justicier solitaire”… Un concept qui vient de très loin et qui est encore bien présent dans la société américaine. »



