Frappes conjointes USA-Israël sur l'Iran : une escalade militaire inédite au Moyen-Orient
Frappes USA-Israël sur l'Iran : une escalade inédite

Une escalade militaire inédite au Moyen-Orient

Après plusieurs semaines de tensions et de tergiversations diplomatiques, les armes ont parlé à nouveau au Moyen-Orient dans un contexte totalement inédit. Pour la première fois, les États-Unis et Israël ont mené une initiative conjointe en lançant une série de frappes aériennes coordonnées sur le territoire iranien. La réponse de Téhéran a été immédiate et vigoureuse : l'Iran a répliqué en attaquant à son tour Israël ainsi que les bases américaines situées à proximité dans le Golfe et en Irak.

Les deux types d'opérations militaires

Il existe fondamentalement deux catégories d'opérations militaires dans les conflits modernes. D'un côté, les opérations de « coups », qui reposent sur des frappes à longue portée provenant du ciel, de la mer ou de la terre. De l'autre, les opérations de conquête, de contrôle ou de défense du terrain. Une stratégie militaire efficace combine généralement ces deux modes opératoires pour atteindre ses objectifs avec une probabilité de succès maximale.

Depuis près de quarante ans, les victoires militaires significatives ont presque toujours résulté de cette association entre coups et conquête. On peut citer notamment les renversements de régime des talibans à Kaboul en 2001, en Irak en 2003 ou en Libye en 2011. Bien que ces interventions n'aient pas nécessairement débouché sur une paix durable, elles ont démontré l'efficacité de cette approche combinée sur le plan tactique.

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L'incertitude des concessions ennemies

Sans cette association stratégique, il est probablement vain d'espérer atteindre des objectifs absolus avec des moyens limités. Les frappes aériennes peuvent certes détruire ou affaiblir ce qui est perçu comme une menace concrète et matérielle : programme nucléaire, arsenal balistique, roquettes, bases de groupes terroristes, etc. Elles peuvent également servir à punir un comportement, comme ce fut le cas en avril 2018 contre le régime d'Assad en Syrie après l'emploi d'armes chimiques.

Si, dans ces deux cas de figure, l'ennemi ne réplique pas ou seulement de manière symbolique – comme l'Iran l'a fait à plusieurs reprises par le passé –, on peut alors proclamer une victoire, certes limitée, mais une victoire tout de même. Cependant, obtenir des concessions substantielles de l'ennemi uniquement par des frappes aériennes reste une entreprise plus délicate et incertaine.

On observe souvent des images spectaculaires de bombardements en attendant de voir émerger un résultat tangible. Cette attente peut être longue, et parfois même vaine. L'exemple de la campagne aérienne de l'OTAN au Kosovo en 1999 est particulièrement éloquent : lancée le 24 mars contre les forces serbes dans l'espoir d'obtenir la soumission de Belgrade en quelques jours, elle s'est finalement prolongée pendant 78 jours. Ce n'est qu'avec la pression diplomatique et la menace imminente d'une opération terrestre depuis la Macédoine et l'Albanie que le gouvernement serbe a finalement cédé.

La difficulté de la décapitation

Tant que l'ennemi ne cède pas, il est difficile d'annoncer une victoire définitive. Une stratégie alternative consiste alors à tenter de décapiter le régime adverse, comme lors du raid aérien américain sur Tripoli les 14 et 15 avril 1986 visant à éliminer Kadhafi, ou celui du 19 mars 2003 contre Saddam Hussein. Ces tentatives réussissent rarement et n'augurent souvent rien de bon pour la suite, surtout s'il n'y a plus personne avec qui négocier.

La capture de Nicolas Maduro par les Américains en janvier 2026 et son remplacement par une vice-présidente plus conciliante apparaît comme une exception notable dans l'histoire récente des conflits. En règle générale, dans ce type de guerre asymétrique, on frappe puis on attend de voir émerger un résultat satisfaisant. Cette attente peut être particulièrement longue, comme l'a démontré le conflit au Yémen.

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Ce n'est qu'au bout de 16 mois de campagne aérienne intensive, avec une escalade en mars 2025 et la dépense d'environ 5 milliards de dollars en munitions aériennes, que les Houthis au Yémen ont accepté, en mai 2025, de cesser leurs attaques contre les navires de commerce. Signe de la fragilité de ces accords, après les attaques de ce jour contre l'Iran, ils ont d'ailleurs annoncé la reprise immédiate de ces actions.

Trois scénarios possibles pour le conflit actuel

Les Israéliens et les Américains ont donc commencé aujourd'hui, le 28 février, à frapper sans que l'on sache vraiment quelle direction prendra ce conflit. Trois scénarios principaux se dessinent pour les prochaines semaines et mois.

Scénario 1 : L'échange de coups prolongé

Dans le scénario le plus probable, les coups vont continuer à s'échanger pendant des semaines, voire des mois. Lorsque les décideurs iraniens survivants ne pourront plus tirer, soit par destruction de leur arsenal, soit par son épuisement progressif, ils proposeront peut-être un arrêt des combats. Cette proposition sera probablement acceptée par la coalition israélo-américaine.

Donald Trump et Benyamin Netanyahou pourront alors se féliciter d'avoir écarté la menace nucléaire et conventionnelle iranienne, du moins temporairement. De leur côté, Ali Khamenei ou son successeur pourra affirmer que l'Iran a résisté à la plus grande puissance militaire du monde, préservant ainsi l'honneur national.

Scénario 2 : L'enlisement favorable à Téhéran

Dans un scénario favorable au régime des Gardiens de la révolution, Américains et Israéliens s'enlisent dans une guerre sans fin. Des frappes et des éliminations ciblées pendant des semaines ou des mois ne provoquent ni révolution populaire ni capitulation du régime iranien.

Israéliens et Américains subissent alors des pertes croissantes et frappent parfois accidentellement des populations civiles iraniennes, créant un sentiment d'indignation internationale. Le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le pétrole mondial, et les pays arabes voisins seraient mis en danger permanent. Les opinions publiques, surtout aux États-Unis, pourraient finir par se lasser ou s'effrayer et demander une sortie rapide du conflit, quelle qu'en soit la forme.

Scénario 3 : La victoire de la coalition

Dans un scénario favorable à la coalition israélo-américaine, l'arsenal balistique iranien et le programme nucléaire seraient largement détruits par les frappes successives. Le pouvoir à Téhéran vacillerait sous les coups répétés et une rébellion armée pourrait se former avec l'aide d'une partie de l'armée iranienne mécontente.

Au mieux, cette situation déboucherait sur un changement relativement stable de régime, avec l'installation d'une administration plus modérée. Au pire, elle conduirait à une guerre civile prolongée en Iran, avec des conséquences régionales imprévisibles. Dans les deux cas, l'équilibre géopolitique du Moyen-Orient serait profondément bouleversé.

Alors que les premières frappes ont déjà eu lieu, la communauté internationale retient son souffle, consciente que ce conflit pourrait redéfinir durablement les rapports de force dans une région déjà extrêmement instable.