Elle n'est pas la force maritime la plus perfectionnée, et elle n'est pas censée pouvoir pallier la destruction de 90 % de la marine iranienne que revendique le Pentagone. Pourtant, la « flotte moustique » mise au point par les Pasdarans perturbe les plans des États-Unis dans le détroit d'Ormuz. Plusieurs centaines de cibles ont déjà été visées et elle a montré « la capacité de ses embarcations à faire de multiples piqûres, pas mortelles mais suffisamment douloureuses » pour l'adversaire, explique au Point Jehan-Christophe Charles, chercheur associé à la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.
Elle peut même, selon l'expert, perturber durablement le trafic dans le détroit : « Elle menace, de manière assez efficace, le trafic commercial : un navire civil n'est pas là pour encaisser des coups et mettre en danger son équipage. Une simple piqûre suffit à immobiliser le trafic. »
Des vedettes de petite taille et fortement armées
Les bateaux de la « flotte moustique » sont, grâce à leur petite taille, dissimulés le long de côtes iraniennes sur plusieurs centaines de kilomètres, dans des grottes ou des abris sous les rochers. Parfois, ils sont également camouflés au milieu des embarcations de pêche.
En plus de leur discrétion, la rapidité de ces embarcations en fait un atout pour les Gardiens de la révolution iraniens. Jehan-Christophe Charles détaille en effet : « La base de cette force est composée de petites vedettes de 13 mètres, très rapides (allant jusqu'à 45 nœuds, soit 90 km/h) et faiblement armées (mitrailleuses, lance-grenades, canon sans recul). » Le chercheur précise que des drones aériens et des drones navals ont récemment été ajoutés. Au moins une attaque par drone de surface a été confirmée. « Les Pasdarans ont également des missiles antinavires, basés à terre, d'origine chinoise », souligne encore le chercheur. La « flotte moustique » peut aussi attaquer en groupe, à plusieurs embarcations contre un navire.
Si cette « flotte moustique » ne peut pas résister à une puissance navale organisée, elle peut faire des dégâts. « Remplacer une embarcation rapide de 13 mètres est facile ; réparer et remplacer une frégate de 130 mètres, et l'équipage qui va avec, l'est moins », explique Jehan-Christophe Charles.
Un terrain idéal dans le golfe Persique
Pour ce type de force navale, le détroit d'Ormuz et, plus globalement, l'ensemble du golfe Persique sont des terrains idéaux. Outre la possibilité de se dissimuler le long de la côte, elle peut lancer une attaque fulgurante entraînant la saturation des défenses ennemies.
« Plus le contexte politique est chaud, plus un incident peut dégénérer », prévient le chercheur. Selon lui, il ne faut rien exclure : « La volonté politique guide les opérations militaires. Le harcèlement iranien a deux objectifs : peser sur le commerce mondial, et entraîner les États-Unis dans une guerre navale potentiellement coûteuse. Le cessez-le-feu oblige le Pentagone à une certaine mesure - la négociation devant conduire à l'abandon du programme nucléaire iranien. Mais si les Iraniens ne viennent pas à Islamabad, rien n'empêchera les États-Unis d'être plus offensifs envers les Pasdarans en mer. » Qui plus est, le risque d'incident non maîtrisé est élevé dans cette zone : « Les officiers de marine sont formés à la gestion de ces rencontres. Les Pasdarans peut-être un peu moins. »
Le principe de la guerre asymétrique
Le procédé utilisé par cette « flotte moustique » repose sur le principe de la guerre asymétrique, qui consiste, pour une force belligérante, à résister à une puissance militaire plus forte avec des moyens militaires inférieurs. La stratégie n'est pas nouvelle. Comme le rappelle Jehan-Christophe Charles, elle a notamment été au cœur d'une controverse entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle : « Face à la suprématie de la marine anglaise, la Jeune École prônait une défense côtière à base de mines et de torpilleurs. La contestation du faible au fort a trouvé son acmé lors de la guerre sous-marine des Première et Seconde guerres mondiales. Le résultat a été le triomphe de l'escorteur et du porte-avions, modèle toujours en vigueur. » Et de souligner : « Régulièrement, le faible perturbe le fort avec des moyens légers et nombreux. Mais le fort triomphe toujours. » Pour ce faire, les États-Unis doivent « créer la supériorité locale avec des moyens nombreux et un fort soutien aérien ». À défaut de pouvoir remporter la bataille, Téhéran montre qu'il peut en fixer les règles et, au moins provisoirement, augmenter son coût pour son adversaire.



