La chute fulgurante d'un règne de trente-six ans
Trente-six années d'un pouvoir absolu et souvent sanguinaire se sont effondrées en l'espace de deux heures seulement. Ce samedi 28 février, à l'aube, alors que les chasseurs de l'Israeli Air Force décollaient de leur base, Ali Khamenei ignorait qu'il vivait ses derniers instants à la tête de la République islamique d'Iran. Les services de renseignement de la CIA et du Mossad, qui surveillaient ses moindres déplacements depuis des mois, avaient localisé une réunion secrète imprudente en présence du Guide suprême.
Une opération militaire d'une précision chirurgicale
Les deux agences de renseignement les plus puissantes au monde ont ainsi livré sur un plateau l'ennemi numéro un d'Israël. À 9h40, à Téhéran, des missiles à longue portée ont frappé le cœur du quartier Pasteur, tuant sur le coup l'ayatollah et plusieurs hauts responsables de l'État-major iranien. "Pour Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, le rêve est soudainement devenu réalité", analyse Danny Citrinowicz, chercheur à l'Institut for national security studies de Tel-Aviv.
Des scènes de liesse contrastant avec le fracas des bombes
Dans les heures qui ont suivi, avant même que la mort du Guide suprême ne soit officiellement confirmée par Téhéran, la nouvelle s'est propagée à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Sur les réseaux sociaux, des scènes de joie et de libération ont émergé, créant un contraste saisissant avec le vacarme des explosions - le Pentagone ayant ciblé plus de 1 250 objectifs dans les premières quarante-huit heures du conflit.
Pour mener à bien cette opération d'une ampleur inédite, l'armée américaine a déployé deux groupes aéronavals équipés de chasseurs de dernière génération, formant une "armada invincible" sans précédent depuis la guerre en Irak de 2003. Les opérations "Fureur épique" (côté américain) et "Rugissement du lion" (côté israélien) sont historiques tant par leur envergure que par leurs implications stratégiques.
L'héritage controversé de Khamenei
Cinq jours après le déclenchement des hostilités, l'incertitude plane quant aux conséquences mondiales de ce conflit. Cependant, une certitude demeure : l'Histoire retiendra le 28 février 2026 comme la date ayant mis fin à trois décennies de pouvoir absolu. Ali Khamenei avait transformé la République islamique, née en 1979, en une théocratie ultra-militarisée, verrouillée par les Gardiens de la révolution.
"Ne possédant pas l'autorité religieuse de son prédécesseur, Rouhollah Khomeini, il s'est appuyé sur l'appareil militaire pour consolider son pouvoir", rappelle Abbas Milani, directeur du programme d'études iraniennes à l'université Stanford. L'expert expose sans détour l'héritage funeste de Khamenei et la manière dont il a renforcé les piliers stratégiques du régime :
- Le programme nucléaire militaire
- La création et le soutien aux groupes proxys (Hezbollah, Hamas, Houthistes)
- L'inscription de la destruction d'Israël parmi les objectifs stratégiques à long terme
- Le refus systématique de tout dialogue direct avec les États-Unis
Une répression interne incessante
Sur le plan intérieur, Khamenei a inlassablement durci les restrictions visant les femmes dans l'espace public, renforçant la redoutable police des mœurs malgré l'élan du mouvement "Femme, Vie, Liberté", né après la mort de Mahsa Amini en 2022. C'est également sous son règne que la répression sanglante du mouvement des bazars a eu lieu, déclenchée par une crise économique aiguë, une inflation galopante et une dévaluation du rial, causant plusieurs dizaines de milliers de morts en janvier dernier.
La fracture persistante de la société iranienne
Les stratèges américains et israéliens savent pertinemment que le régime des mollahs fait face à un cycle quasi ininterrompu de soulèvements depuis le "Mouvement vert" de 2009, apparu après la réélection controversée de l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Ces vagues révolutionnaires ne semblent pas près de s'arrêter.
Washington et Tel-Aviv ont donc fait le pari de s'appuyer sur cette fracture persistante, convaincus, comme l'affirme Donald Trump, que le peuple iranien doit "reprendre son destin en main". Quelques jours avant la mort du Guide suprême, dans un élan de courage remarquable, les étudiants des principales universités du pays sont de nouveau descendus dans la rue, scandant des slogans hostiles au régime et brûlant des drapeaux de la République islamique.
"Cette conjonction a créé pour les Américains et les Israéliens ce qui peut être perçu comme une fenêtre d'opportunité : agir à un moment où la contestation interne reprend de l'ampleur", souligne David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique.
Un triumvirat pour assurer une transition incertaine
Face au déluge de feu américain et israélien - du jamais-vu entre les deux alliés -, Téhéran n'a pas courbé l'échine. Un triumvirat, composé du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï et de l'ayatollah Alireza Arafi, est déjà aux affaires pour assurer la transition avant la désignation d'un successeur par l'Assemblée des experts - composée de 88 religieux chiites - dans les prochains jours.
"Le régime est faible, mais il est résilient et ne va jamais se rendre ou capituler. Le temps joue en sa faveur", estime Danny Citrinowicz, fin connaisseur du dossier iranien.
Deux scénarios inquiétants se dessinent
À ce stade, deux scénarios principaux émergent :
- Un maintien du régime actuel accompagné d'une nouvelle vague de répression si la population répond aux appels à l'insurrection du président américain.
- La prise de contrôle de l'État par le pouvoir militaire, offrant "un nouveau Guide suprême comme symbole à des millions d'Iraniens conservateurs, mais dont le pouvoir serait fermement détenu par le corps des Gardiens de la révolution islamique", selon l'expert Jonathan Panikoff du Atlantic Council.
Les doutes stratégiques et les contradictions de Trump
Donald Trump a pris la décision de politique étrangère la plus spectaculaire des vingt-cinq dernières années : une intervention massive visant à mettre le régime à genoux en moins de "quatre semaines", torpillant au passage les négociations en cours sous l'égide d'Oman. Cet optimisme a suscité des doutes profonds parmi les stratèges américains, notamment le chef d'état-major, le général Dan Caine, qui a mis en garde contre les risques en pertes humaines et en épuisement des défenses aériennes.
Déjà, on dénombre six morts dans les rangs de l'armée américaine et 555 Iraniens selon le Croissant Rouge, avec des objectifs de guerre toujours aussi flous. "On n'a jamais changé de régime en se contentant de bombarder des ministères ou des casernes", rappelle l'essayiste Brice Couturier, auteur de l'ouvrage 1979. Le grand basculement du monde.
Un pari géopolitique risqué
Alors que les frappes s'intensifient sur l'Iran, une question cruciale se pose avec une acuité croissante : quelle est l'étape suivante ? Le sujet préoccupe de plus en plus les politiciens américains, notamment démocrates, irrités que cette opération ait été décidée sans l'aval du Congrès.
Conscient de la grogne montante, le Secrétaire à la guerre, Pete Hegseth, a tenu une conférence de presse le 2 mars pour rassurer une population dont seule une minorité (27%) soutient l'intervention, selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé avant l'annonce des premiers morts américains. "Ce n'est pas l'Irak. Ce n'est pas interminable", a assuré Hegseth.
"Trump a besoin d'une victoire rapide", avance le politologue Gilles Kepel. "Il ne peut pas se permettre un conflit qui s'éternise, surtout avec l'approche des élections de mi-mandat. Sa base Maga, qui a voté contre les opérations extérieures, aura du mal à comprendre comment on peut dépenser une fortune pour ces interventions".
Les contradictions flagrantes de la politique trumpienne
En réalité, Donald Trump, le "faiseur de paix" autoproclamé, a ordonné plus de frappes en quatorze mois depuis son retour à la Maison-Blanche que son prédécesseur, Joe Biden, durant tout son mandat. Mais l'homme n'est pas à une contradiction près.
"La politique des États-Unis a toujours été que ce régime terroriste ne pourra jamais posséder d'arme nucléaire", a-t-il déclaré le 28 février pour justifier le déclenchement des frappes. Pourtant, Donald Trump a toujours affirmé avoir "anéanti" le programme nucléaire iranien. Pourquoi, alors, s'attaquer à un programme qu'il prétend avoir déjà détruit ?
Un avenir incertain aux conséquences mondiales
Le "pari géopolitique" de Trump semble mal engagé. "C'est normal, car il n'a aucune cohérence", tranche Jacob Heilbrunn, directeur de la revue The National Interest. "Enhardi par ses succès militaires, dont l'enlèvement spectaculaire du président vénézuélien dans la nuit du 2 janvier, le sentiment d'hyperpuissance de Trump confine de plus en plus à la mégalomanie. Il joue sa présidence aux dés, mais il pourrait finir par perdre sa mise".
Bernard Haykel, grand spécialiste du Moyen-Orient à l'université Princeton, prédit : "Si le régime ne tombe pas ou ne change pas, et qu'au contraire il s'endurcit en faisant exploser le prix du pétrole, alors Trump prendra une énorme leçon, comme d'autres présidents américains avant lui".
Les conséquences d'un retrait américain précipité seraient incalculables : elles pourraient laisser un pays multiconfessionnel à feu et à sang, comme en Libye, et provoqueraient une nouvelle bataille énergétique mondiale. Rien n'est plus périlleux qu'un chef de guerre enivré par sa propre audace, alors que l'Iran entre dans une période de transition des plus incertaines et potentiellement explosive.



