La désillusion des soldats russes en Ukraine : une guerre devenue quête de survie
Désillusion des soldats russes en Ukraine : une guerre de survie

La désillusion des soldats russes en Ukraine : une guerre devenue quête de survie

Alors que le conflit entre la Russie et l'Ukraine entre dans sa cinquième année, une transformation profonde s'est opérée au sein de l'armée russe. Loin du zèle initial d'un agresseur convaincu de sa mission historique, les troupes se battent désormais principalement par nécessité financière et par peur. Cette observation n'émane pas d'un analyste extérieur, mais d'une journaliste russe qui, depuis 2022, couvre l'un des sujets les plus tabous et strictement censurés dans la Russie contemporaine : les hommes qui livrent cette guerre sur le terrain.

Le silence remplace la propagande

Chaque jour ou presque, cette journaliste pose aux soldats des questions impossibles à formuler publiquement en Russie. Pourquoi êtes-vous allés envahir un pays voisin ? Comprenez-vous les objectifs de cette guerre ? Que serait, pour vous, une victoire ? Il y a quatre ans, les réponses étaient immédiates et reprenaient fidèlement les discours de la télévision publique russe : Kiev allait tomber rapidement ; des milliers de « nazis » allaient être expulsés ; la Russie allait prouver qu'elle est l'armée la plus puissante au monde.

En ces premiers mois hivernaux de l'année 2026, la réponse la plus fréquente est désormais le silence. En 2022, de nombreux soldats parlaient encore d'une victoire triomphale et rapide. Cependant, en 2023 et 2024, ils ont été contraints de s'adapter à une réalité brutale : l'armée russe n'était manifestement pas la plus puissante au monde. Et, le plus souvent, elle se battait contre des drones. « Vous ne comprenez pas : c'est une guerre de robots. Nous n'étions pas préparés à cela », a crié un jour un parachutiste au téléphone, alors qu'il tentait de déserter – en vain. Il n'y est pas parvenu.

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La corruption mine le moral de l'armée

Depuis 2025, l'émotion qui domine chez les soldats, qu'ils soient mobilisés ou sous contrat, c'est le désespoir. Et les petites « victoires » officielles sur le champ de bataille n'y font rien. Un jour, un pilote de drones posté près de Kharkiv a expliqué comment, sur plusieurs fronts, l'armée « gagne à crédit » : elle déclare avoir conquis des localités ou des positions stratégiques avant même de l'avoir fait.

Dans une course folle aux médailles et aux promotions, les généraux revendiquent la prise de territoires ; ensuite, ils font des pieds et des mains pour réellement prendre ces territoires avant l'arrivée des inspecteurs. Parfois, ces « conquêtes » se résument dans la réalité à un drapeau planté, l'espace de quinze minutes, à la lisière d'une localité – tandis que la localité, elle, continue de faire l'objet de combats acharnés. Cette pratique illustre comment la corruption et la pression institutionnelle ont érodé la crédibilité des opérations militaires.

La progression n'est pas celle de la contestation ouverte, mais celle d'une désillusion profonde. Les soldats, autrefois portés par des slogans patriotiques, sont maintenant englués dans une guerre où la survie et les motivations économiques prennent le pas sur les idéaux. Cette évolution souligne les fractures croissantes au sein des forces russes, alors que le conflit s'enlise sans perspective claire de résolution.

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