Dnipro : un missile russe déchire une famille, huit morts dans une attaque
Dnipro : huit morts dans une frappe russe sur un immeuble

Le missile a coupé en deux l’immeuble de quatre étages. Debout au milieu des gravats, Mikhailo regarde son appartement éventré : là, c’est la cuisine ; on voit le lave-linge, la salle de bain et le rideau de douche ; le mur du salon et un bout de couloir. C’est là que se trouvait encore sa mère, Natalia, quand il lui a téléphoné à 3 heures 30 du matin, samedi. Ils se sont brièvement parlé : « “Dépêche-toi d’aller dans l’abri, vite, très vite”, je lui ai dit. Puis plus rien, elle ne parlait plus, mais n’avait pas raccroché. »

Une attaque massive sur Dnipro

La Russie a lancé, dans la nuit de vendredi à samedi, une salve de plusieurs missiles balistiques sur Dnipro, grande cité industrielle sur le Dniepr et troisième ville d’Ukraine par la taille. L’attaque a duré en tout une dizaine d’heures, coûtant la vie à huit personnes – dont cinq vivaient dans le même immeuble que Mikhailo et sa mère de 75 ans – et faisant plus d’une cinquantaine de blessés dont plusieurs dans un état grave. Le corps de Natalia a été le dernier à être exhumé des décombres.

Les villes ukrainiennes, notamment Dnipro, Odessa, Kharkiv et Tchernihiv, connaissent une recrudescence d’attaques russes contre les cibles civiles. La plus meurtrière depuis le début de l’année a eu lieu à Odessa le 16 avril et a tué 17 personnes. Alors que l’attention médiatique est tout entière concentrée sur le golfe Persique et les guerres menées contre l’Iran et contre le Hezbollah au Liban, la Russie redouble ses assauts en Ukraine et commet, en visant délibérément des civils, des violations du droit de la guerre.

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Le témoignage de Mikhailo

« Quand maman a arrêté de parler, j’ai rappelé ; ça a sonné dans le vide. » Le bâtiment à demi aplati par les missiles se trouve au milieu d’une vaste cour ceinturée par des immeubles. Tous plus ou moins détruits et ravagés. Une pelle mécanique déplace les dizaines de mètres cubes de débris, briques, plâtre et acier tordu confondus, vers une montagne de gravats, pendant que des jeunes femmes balaient, la mine sombre, le parvis. Deux carcasses de véhicules calcinés gisent sous des balcons en passe de s’effondrer. « Je travaille la nuit comme gardien dans une usine qui produit du matériel sensible, explique Mikhailo, et ça m’a sauvé la vie ».

Mikhailo voudrait récupérer quelques affaires qu’il voit dans son appartement baillant aux quatre vents, mais les pompiers l’ont averti que l’escalier risquait de s’effondrer à chaque instant. Il attend une échelle pour pouvoir grimper jusqu’au deuxième. Les habitants du quatrième ont eu le temps de se réfugier dans l’abri souterrain et ont eu la vie sauve. Une famille du troisième aussi. « Mais pas le couple qui habitait dans l’autre appartement du deuxième et qui a été pulvérisé, ni l’autre famille du quatrième. » Les bourrasques de vent soulèvent des tourbillons de poussière contraignant Mikhailo à se protéger le visage. « Quand maman a arrêté de parler, j’ai rappelé ; ça a sonné dans le vide, puis un pompier a répondu. Je lui ai demandé où était maman. Il ne savait pas. Je lui ai dit qu’il fallait chercher, qu’elle était là, quelque part. »

Mikhailo regarde alors son téléphone comme pour poursuivre la conversation interrompue. Puis relève la tête, les yeux rougis et mouillés : « Regardez derrière la télévision tordue qui pendouille à un fil, on voit une horloge murale. » L’aiguille des minutes tourne encore et elle est à l’heure.

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