Les derniers jours de Staline : agonie, complots et lutte pour le pouvoir
Derniers jours de Staline : agonie et lutte pour le pouvoir

La mort mystérieuse du « tsar rouge »

Le dictateur soviétique Joseph Staline, surnommé le « tsar rouge », est décédé le 5 mars 1953 dans sa datcha près de Moscou après quatre jours d'agonie. La version officielle attribue son décès à une hémorragie cérébrale, mais une thèse persistante suggère qu'il aurait été empoisonné. Cette mort survient dans un contexte de méfiance extrême au sein du bureau politique du Parti communiste, où Staline et ses quatre principaux collaborateurs entretiennent des relations marquées par la haine et la crainte mutuelle.

Une soirée fatidique à Kountsevo

Le samedi 28 février 1953, Staline travaille longuement dans son bureau du Kremlin avant de se rendre, comme à son habitude, à une projection de film en compagnie de ses plus proches collaborateurs. Cette soirée réunit Lavrenti Beria (54 ans, ancien chef de la police secrète responsable de 150 000 morts), Georgui Malenkov (52 ans, artisan des grandes purges des années 1930), Nikita Khrouchtchev (59 ans, chef du parti de Moscou) et Nikolaï Boulganine (58 ans, maréchal et ancien ministre des Forces armées).

Après la projection, le groupe se rend à la datcha de Staline à Kountsevo pour un souper qui se prolonge jusqu'aux petites heures du matin. Les convives quittent les lieux vers 5 ou 6 heures, visiblement ivres mais soulagés que la soirée se soit déroulée sans incident notable – une rareté en présence du tyran imprévisible.

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La découverte macabre et l'inaction calculée

Le dimanche 1er mars, l'inquiétude grandit lorsque Staline ne donne aucun signe de vie depuis ses appartements. Terrorisés par leur maître, les gardes et domestiques respectent scrupuleusement la consigne de ne pas le déranger. Ce n'est qu'à 23 heures que la femme de chambre Matriona Petrovna ose pénétrer dans sa chambre.

La découverte est glaçante : Staline gît au sol, inconscient, ses vêtements trempés d'urine, incapable de s'exprimer clairement. Les gardes le déposent délicatement sur un divan et alertent les hauts dignitaires. Mais Lavrenti Beria, introuvable dans un premier temps, tarde à réagir.

Quand Beria arrive enfin à 2 heures du matin le 2 mars, son attitude est jugée « inconvenante et triomphatrice » par les témoins. Il minimise la gravité de la situation, affirmant que Staline dort simplement et ordonnant à tous de quitter les lieux. Le dictateur reste ainsi seul et sans soins pour une deuxième nuit consécutive.

La lutte pour le pouvoir au chevet du mourant

Ce n'est qu'à 9 heures du matin que les médecins sont enfin autorisés à examiner Staline, mais il est déjà trop tard pour intervenir efficacement. Ses collaborateurs organisent alors une garde permanente à son chevet, par groupes de deux, autant pour surveiller le mourant que pour se protéger mutuellement d'éventuelles accusations d'assassinat.

Au chevet du dictateur agonisant, une lutte sans merci pour le pouvoir s'engage déjà. Beria, qui se voit comme le successeur naturel, exulte ouvertement. Il insulte Staline dans ses moments d'inconscience et lui baise la main dès qu'il montre des signes de lucidité. C'est lui qui rédige la version officielle pour l'agence Tass, annonçant que le « Guide » a été victime d'une crise cardiaque le 3 mars au Kremlin.

L'annonce officielle et les funérailles tumultueuses

Le 4 mars, le monde apprend que Staline est dans le coma. Le lendemain, à 21h50, la radio moscovite annonce sa mort à l'âge de 74 ans. Le communiqué officiel le décrit comme « le compagnon d'armes de Lénine, le porte-drapeau de son génie et de sa cause, le sage éducateur et guide du Parti communiste et de l'Union soviétique ».

Son corps est exposé dans un cercueil ouvert dans la « salle des colonnes » de la Maison des syndicats près du Kremlin. Pendant trois jours, des millions de personnes défilent devant la dépouille. Les funérailles solennelles du 9 mars donnent lieu à des scènes d'hystérie collective qui causent la mort de plusieurs centaines de personnes, piétinées ou étouffées dans la foule.

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Les mystères persistants et la bataille de succession

Depuis sa mort, de nombreuses questions demeurent sans réponse définitive. Pourquoi a-t-on attendu si longtemps pour lui porter secours ? A-t-il vraiment succombé à une hémorragie cérébrale ou a-t-il été assassiné ? Sa fille, Svetlana Allilouïeva, présente à son chevet, pointera plus tard la responsabilité de Beria sans disculper les autres compagnons, affirmant que son père « aurait pu être sauvé » mais qu'il a reçu « des médicaments absolument contraires à son état ».

Malgré leurs divergences, tous les témoignages convergent sur un point : ses plus proches collaborateurs n'ont montré aucun empressement à le sauver et ont même délibérément retardé l'intervention médicale.

L'après-Staline : Khrouchtchev l'emporte

Staline avait désigné Malenkov comme successeur, mais Beria s'arroge rapidement des pouvoirs considérables. Le 10 mars, il amnistie un million de prisonniers, déclenchant agitation dans les camps sibériens et les pays satellites. Craignant une démocratisation trop rapide, le présidium de l'URSS se réunit en urgence le 26 juin 1953.

Beria est arrêté et exécuté, Malenkov discrédité, Boulganine relégué à des rôles secondaires. Nikita Khrouchtchev reste seul en piste parmi les quatre principaux collaborateurs de Staline. Ancien responsable de milliers de condamnations à mort, il organise la mainmise de la nomenklatura communiste sur l'appareil d'État, établissant un système de privilèges qui perdurera jusqu'à l'effondrement du bloc soviétique en 1989.