Le début de la fin pour Trump ? Les signes d'un déclin politique
Déclin de Trump : les signes d'une fin de règne

Prédire la chute politique de Donald Trump s'est toujours révélé vain. Certains de mes amis les plus brillants ont annoncé, à maintes reprises, son effondrement imminent – et se sont trompés à chaque fois. Si vous regardez MSNBC ou écoutez NPR, vous avez peut-être cru, au fil de la dernière décennie, que sa campagne présidentielle n'était qu'un coup de pub désespéré ; que le Parti républicain allait le lâcher après la diffusion de l'enregistrement d'Access Hollywood ; qu'il n'avait aucune chance de battre Hillary Clinton ; que sa présidence serait si chaotique qu'il serait contraint de démissionner avant la fin de sa première année ; que l'enquête de Robert Mueller sur ses liens avec le Kremlin mènerait à sa destitution ; que sa gestion calamiteuse de la pandémie de Covid le rendrait infréquentable auprès des électeurs ; que sa défaite face à Joe Biden avait enterré sa carrière pour de bon ; qu'il serait destitué après l'émeute du Capitole du 6 janvier ; qu'il perdrait nécessairement la primaire républicaine face à Ron DeSantis ; qu'il serait forcément battu par Joe Biden ; puis qu'il le serait tout aussi sûrement par Kamala Harris ; et ainsi de suite.

Dix ans après son entrée en politique, l'erreur la plus évitable, pour tout commentateur, reste de sous-estimer la capacité de Donald Trump à survivre – et à revenir d'entre les morts. Et pourtant, j'en viens à penser – avec prudence – que cette fois pourrait être la bonne. Depuis dix ans, Trump règne sur la politique américaine comme aucun président de mémoire récente. Or, les signes d'une fin de règne se multiplient soudain. La terrible tentative d'assassinat dont il a été victime samedi nous rappelle, bien sûr, que l'avenir demeure imprévisible. Mais son emprise sur le pays semble enfin se relâcher. Pour paraphraser Winston Churchill, nous ne sommes peut-être plus à la fin du commencement : peut-être au commencement de la fin.

Le noyau dur ne suffit plus

Une minorité d'Américains a toujours été séduite par Trump précisément pour ce qu'il avait de plus outrancier. Ils aimaient sa vulgarité, savouraient ses sarcasmes, adhéraient sans barguigner à son radicalisme. Ce noyau dur pesait lourd dans sa base la plus loyale, mais il n'a jamais suffi à expliquer ses deux victoires présidentielles. Beaucoup d'électeurs décisifs ont, dès le départ, entretenu avec Trump un rapport plus ambivalent. Il leur promettait de les rendre nettement plus riches. Il baisserait les impôts, jugulerait l'inflation. Les coûts de l'assurance-santé reculeraient. La paix reviendrait au Moyen-Orient. Le pays renouerait avec sa grandeur perdue. On comprend sans peine que ceux qui étaient disposés à croire qu'il pourrait, au moins en partie, tenir parole, aient trouvé ces promesses irrésistibles.

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Promesses à crédit

Au cours de son premier mandat, Trump a certes engrangé quelques succès réels, de l'opération Warp Speed aux accords d'Abraham. Mais quand il a échoué, comme on pouvait s'y attendre, à tenir la plupart de ses promesses grandioses, il s'est révélé très doué pour trouver des explications. Il venait à peine d'arriver au pouvoir. L'État profond lui mettait des bâtons dans les roues. Le « HOAX RUSSE » l'avait empêché de gouverner. La pandémie avait tout chamboulé. La part des Américains réellement enthousiastes à son égard a rapidement fondu vers la fin de son premier mandat ; et pourtant, l'idée qu'il valait peut-être la peine de lui donner une seconde chance en 2024 – même après une moisson de promesses si maigre – a continué de trotter dans la tête d'un nombre étonnant d'électeurs.

Mais on ne peut pas éternellement remettre les promesses à plus tard sans voir les électeurs finir par s'impatienter. Comme Viktor Orbán l'a appris à ses dépens en Hongrie, vient toujours un moment où les dirigeants sont jugés sur leurs résultats plutôt que sur leurs discours. Pour Donald Trump, ce moment semble désormais arrivé.

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L'Iran, ou la guerre de trop

La cause immédiate de ses difficultés tient à sa guerre calamiteuse contre l'Iran. Dès le premier jour, l'idée que de stupides « engagements à l'étranger » avaient trop souvent entraîné l'Amérique hors de sa voie était au cœur de son personnage politique. Dans son deuxième discours d'investiture, il avait annoncé que « nous mesurerons notre succès non seulement aux batailles que nous remporterons, mais aussi aux guerres auxquelles nous mettrons fin – et peut-être surtout aux guerres dans lesquelles nous ne nous engagerons jamais ». D'où le coût politique, pour lui, d'avoir déclenché une guerre de choix en Iran sans prendre la peine d'en exposer clairement les raisons aux Américains, ni de s'assurer qu'il disposait d'une véritable stratégie de sortie. La seule grande promesse que Trump avait réellement tenue pendant son premier mandat était de ne pas lancer de nouvelle guerre majeure. Cela aussi ressemble désormais à une simple opération de communication.

Les contrecoups ont été violents sur les terrains mêmes où Trump se croyait le plus solide. Les Américains avaient sanctionné les démocrates de Joe Biden en grande partie à cause d'une inflation restée élevée après la pandémie, alimentée par les généreux plans de relance de son administration. Or Trump n'a pas vu venir que l'Iran choisirait de bloquer le passage des pétroliers dans le détroit d'Ormuz. Résultat : une nouvelle flambée des prix, et une chute vertigineuse de sa cote sur l'inflation et le coût de la vie – près de 40 points.

Trump vacille aussi sur d'autres sujets qui faisaient jusque-là partie de ses points forts, même s'ils sont moins directement liés à la guerre au Moyen-Orient. Beaucoup d'Américains en voulaient à Biden de ne pas avoir repris le contrôle de la frontière sud. Mais, depuis le début de son second mandat, Trump a mené une politique d'expulsions d'une brutalité si gratuite que, dans de nombreux sondages, une nette majorité d'Américains désapprouve désormais sa gestion de l'immigration.

Des sondages en chute libre

Les chiffres dessinent une tendance de plus en plus difficile à ignorer : le soutien global à Trump est tombé à son plus bas niveau historique, ou pas loin. Trump a souvent été bien plus populaire auprès des Américains que ses adversaires ne voulaient l'admettre. Cette fois, ses chiffres sont franchement calamiteux. Selon l'agrégateur de sondages de Nate Silver, près de 58 % des Américains désapprouvent sa manière d'exercer la présidence – la plupart fortement –, tandis que seuls 39 % l'approuvent, le plus souvent sans grand enthousiasme. Son solde d'approbation est aujourd'hui aussi mauvais qu'au lendemain de l'assaut du 6 janvier.

Jusqu'ici, Trump était honni par la gauche américaine, clivant chez les indépendants et largement soutenu par les conservateurs – moins une petite poignée de chroniqueurs attachés à leurs principes. Quand ses sondages baissaient, c'était généralement parce que les indépendants décrochaient. Aujourd'hui, il demeure toxique pour la gauche, il est rejeté par la plupart des indépendants, et il commence à fracturer son propre camp.

MAGA doute de son prophète

La mainmise de Trump sur la base républicaine commence à se relâcher. Jusqu'ici, ses critiques conservateurs lui reprochaient surtout d'avoir trahi l'héritage et les valeurs associées à des figures comme Ronald Reagan. Désormais, pour la première fois, les attaques venues de la droite le présentent comme celui qui trahit les valeurs mêmes sur lesquelles le mouvement MAGA prétendait s'être bâti. Certaines des voix les plus influentes de la droite américaine, de Candace Owens à Tucker Carlson, disent aujourd'hui regretter de l'avoir soutenu. Pour la première fois depuis 2016, l'emprise de Trump sur MAGA pourrait bien commencer à faiblir.

Le coût politique de cette séquence risque encore de s'alourdir dans les mois qui viennent. Les marchés de paris donnent aux démocrates environ six chances contre une de reprendre la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de novembre prochain ; malgré une carte électorale difficile, ils auraient aussi un peu plus d'une chance sur deux de conquérir le Sénat. Si le parti de Trump essuie bel et bien une défaite sévère aux midterms, son incapacité à faire adopter de grandes lois au Congrès, ajoutée à l'approche de la fin de son mandat, affaiblira encore son autorité sur son propre camp.

À mesure que les regards se tourneront vers les primaires de 2028, le pouvoir pourrait soudain commencer à filer entre les doigts de la Maison Blanche, comme après les élections de mi-mandat de 2006, lorsque la conquête des deux chambres du Congrès par les démocrates avait largement paralysé George W. Bush pour les dernières années de sa présidence. Plus vite qu'on ne l'imagine aujourd'hui, Trump pourrait bien apparaître comme un président en fin de course.

Une occasion gâchée

Lorsqu'il a été réélu en 2024 grâce à un électorat plus nombreux, plus jeune et plus diversifié, Trump pouvait donner le sentiment qu'il allait réellement imposer sa vision et ses valeurs au pays. Dans les premiers mois de son second mandat, son administration avançait à une cadence impressionnante. La résistance à son retour brillait par son absence. On avait l'impression que l'Amérique basculait pour de bon.

La fenêtre qui lui permettait de remodeler profondément le pays était, à mon sens, bien réelle. Mais aux excès culturels du Parti démocrate – et, plus largement, de l'establishment progressiste auquel il est de plus en plus associé dans l'esprit du public – Trump a répondu par des excès culturels encore plus radicaux, provoquant une contre-réaction bien plus large que les seules marches de résistance de son premier mandat. Il paraît donc de plus en plus raisonnable de dire qu'il a gâché cette occasion. Le second mandat de Trump laissera derrière lui une Amérique affaiblie, déclassée, fracturée ; mais il semble de moins en moins probable qu'il laisse une Amérique façonnée à son image.

Après Trump, le trumpisme

Il y a là de quoi nourrir un certain optimisme : les États-Unis se sont révélés plus résistants à l'attrait du populisme autoritaire que beaucoup ne le redoutaient. Pour transformer le pays en profondeur, il faudrait quelqu'un de bien plus populaire que Trump, et surtout de bien plus discipliné.

Reste qu'il est beaucoup trop tôt pour sabrer le champagne. Trump a encore trente-deux mois de pouvoir devant lui. C'est largement assez pour abîmer les institutions démocratiques, multiplier les affaires de corruption, et peut-être déclencher de nouvelles guerres irréfléchies. Selon toute vraisemblance, un Trump qui sent le vent tourner deviendra plus dangereux, non moins, pour la république américaine – et pour le monde.

Une menace continuera d'ailleurs de peser après son départ. Quand les démagogues quittent le pouvoir, même sous l'opprobre, leur mouvement ne disparaît presque jamais avec eux. Au Brésil, Jair Bolsonaro a perdu sa réélection et été emprisonné pour avoir tenté d'entraver le transfert pacifique du pouvoir ; son fils Flávio dispose pourtant, selon les marchés prédictifs, de près d'une chance sur deux de devenir le prochain président. Au Pérou, Alberto Fujimori a été éjecté de la vie politique il y a près de trente ans pour corruption massive et violations des droits de l'homme ; sa fille pourrait néanmoins être sur le point d'arriver au pouvoir.

Au Brésil, au Pérou et dans bien d'autres démocraties, des électeurs pourraient choisir d'accorder une deuxième, une troisième, voire une quatrième chance à des mouvements populistes, tant les alternatives leur paraissent pauvres. Et puisque la popularité du Parti démocrate demeure historiquement basse, il serait d'une grande naïveté d'exclure un scénario comparable aux États-Unis.

Trump semble donc bien parti pour commencer à s'effacer de la scène politique américaine dans les prochaines années. Mais la menace plus vaste du trumpisme, elle, pourrait fort bien survivre à son créateur.