Crise au détroit d'Ormuz : l'Afrique face au choc des engrais et à la menace alimentaire
Crise Ormuz : choc des engrais et menace alimentaire en Afrique

L'onde de choc du détroit d'Ormuz frappe l'agriculture africaine

Les conséquences du conflit entre la coalition américano-israélienne et l'Iran, marqué par les bombardements sur les sites pétroliers du Golfe et le blocage du détroit d'Ormuz, se propagent violemment sur les marchés mondiaux. Les prix du pétrole et du gaz s'emballent, entraînant dans leur sillage une crise majeure pour les intrants agricoles. Ce détroit stratégique, par lequel transite environ un tiers du transport maritime mondial de fertilisants, soit près de 16 millions de tonnes selon la CNUCED, est désormais quasiment à l'arrêt. L'Iran menace d'attaquer tout navire qui tenterait de le franchir.

Un choc historique sur le marché des engrais

La fermeture de facto du détroit d'Ormuz aura des répercussions directes et dramatiques pour les marchés agricoles et alimentaires de l'Afrique, alerte le cabinet Global Sovereign Advisory dans un mémo confidentiel. Comme après l'invasion de l'Ukraine par la Russie il y a quatre ans, le secteur subit un nouveau choc d'une ampleur inédite. Dès la première semaine du conflit, les cours des engrais ont bondi de plus de 30%, avec une hausse spectaculaire de 43% pour l'urée.

Cette flambée s'explique par une triple pression : l'envolée du prix du gaz naturel, qui représente 70% du coût de production des engrais azotés ; la hausse vertigineuse du fret et de l'assurance maritime ; et les anticipations de ruptures d'approvisionnement. Certains analystes estiment que les marchés n'ont pas encore pleinement intégré l'hypothèse d'une guerre prolongée, prévient le GSA. Dans ce scénario, les prix des engrais azotés pourraient doubler, tandis que ceux des phosphates augmenteraient de 50% supplémentaires.

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La dépendance critique de l'Afrique vis-à-vis des pays du Golfe

Cette crise frappe une zone de production essentielle. Les pays du Golfe – Iran, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Oman – représentent près de la moitié des exportations mondiales d'urée, avec environ 20 millions de tonnes par an. Pour l'Afrique, leur rôle est vital :

  • Ils ont assuré 16,7% des importations africaines d'engrais en 2024.
  • Pour les engrais azotés, cette part atteint 25%.
  • Le Kenya importe 30% de ses fertilisants de cette région, l'Afrique du Sud 50%.
  • La dépendance est extrême pour le Malawi (plus de 60%) et le Burundi (plus de 75%).

Cette situation s'explique par la proximité géographique et l'agressivité commerciale des géants saoudiens comme Ma'aden et SABIC. L'impact se concentre particulièrement sur l'Afrique de l'Est et australe, où la période des semis vient juste de débuter, rendant les cultures immédiatement vulnérables.

Les producteurs africains peuvent-ils prendre le relais ?

Les espoirs se tournent vers les producteurs de gaz africains – Égypte, Algérie, Nigeria – qui ont développé des filières d'engrais azotés. Cependant, leur capacité à compenser le choc reste limitée :

  1. En 2024, seulement 10% des exportations égyptiennes et nigérianes d'engrais étaient destinées au continent.
  2. L'Algérie n'exporte vers aucun pays africain.
  3. L'Égypte, avec une production annuelle de 12 millions de tonnes d'engrais, fait face à un déclin de sa production gazière et dépend d'importations israéliennes.

Le Maroc, premier producteur mondial d'engrais phosphatés et principal fournisseur de l'Afrique, pourrait jouer un rôle clé. Les États-Unis ont d'ailleurs engagé des discussions avec Rabat pour sécuriser leurs approvisionnements. Le groupe public OCP développe des alternatives comme les engrais NPK et accélère la recherche sur l'ammoniac vert. Sa filiale OCP Africa pourrait gagner 10 à 15% de parts de marché.

Mais le Maroc reste vulnérable : 50% de son soufre et 40% de son ammoniac proviennent des pays du Golfe. En 2025, le prix du soufre avait déjà augmenté de plus de 200%, pesant lourdement sur les coûts de production. La Tunisie, autre producteur de phosphates, est moins dépendante mais exporte peu vers l'Afrique.

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Vers une crise alimentaire continentale

L'Afrique du Sud dispose d'atouts avec Foskor (320 000 tonnes d'engrais phosphatés par an) et Sasol (plus d'un demi-million de tonnes d'ammoniac annuel produit localement). Cependant, Foskor importe plus de 80% de ses intrants du Moyen-Orient.

L'agriculture africaine, extrêmement dépendante des importations d'engrais, se trouve en première ligne de cette onde de choc. Outre le risque de baisse des rendements, les prix des denrées alimentaires importées pourraient grimper en flèche, aggravant les crises alimentaires dans les régions les plus fragiles – de la Corne de l'Afrique au Sahel, en passant par Madagascar. La fermeture du détroit d'Ormuz n'est pas seulement une crise énergétique ; c'est une menace directe pour la sécurité alimentaire de tout un continent.